12 travaux pour l’Hercule Oeconomicus Socialiste Par Micaël FISCHER

Publié le par l'agora de Bretagne

La Gauche n’aime pas l’économie, ne comprend rien aux entreprises, ne sait qu’augmenter les impôts et le nombre de fonctionnaires… Les poncifs sur la politique économique de Gauche sont nombreux. Aucun ne résiste à l’analyse des années durant lesquelles le PS et ses partenaires ont dirigé le pays. Pour autant, depuis quelques années, le message socialiste sur les questions économiques n’est pas toujours apparu très clair, oscillant entre des discours libéraux, étatistes, parfois même marxistes.

Beaucoup de sujets sont à approfondir pour pouvoir définir ce qu’est le modèle économique et social que nous souhaitons pour notre pays. En voici déjà 12 pour contribuer au débat.

La réconciliation du parti socialiste  avec les entreprises : elle est passée ces dernières années par la sacralisation des PME sans vraiment assumer le fait que l’une des finalités d’une PME est bien de se développer et, si son marché le nécessite, de devenir un jour une grande entreprise. Il faut donc sortir d’un positionnement qui consiste à opposer grandes entreprises (CAC40) et PME. La double question est comment faire croître rapidement une PME (n’oublions pas que les droits sociaux sont moins respectés dans les PME qui ne disposent que de peu d’outils pour faire entendre la voix des salariés) et quelles relations entre les grandes entreprises et les PME (sachant que l’économie française est encore tirée par quelques grands groupes mondiaux), quelle construction stratégique commune et donc quelle solidarité ? La puissance publique a un rôle à jouer fort dans ces constructions de relations.

La question de l’innovation et de la culture stratégique : sortir de la logique du tout technologique. L’innovation est globale et concerne toutes les entreprises et tous les secteurs, y compris les plus traditionnels. La principale difficulté n’est pas l’innovation mais la construction d’une culture stratégique dans nos territoires et nos entreprises. C’est de la construction de cette culture stratégique que viendra l’innovation.

La question de l’intelligence économique et des stratégies d’influence : nous restons largement en retard sur ces questions en France. C’est vrai dans le domaine politique comme on le peut voir à Strasbourg et Bruxelles au niveau européen mais c’est encore vrai dans le domaine économique. Cette question est à relier à celle des fonds souverains. Ces derniers (en particulier chinois et issus de pays pétroliers) utilisent la crise actuelle pour investir à bas prix dans notre tissu industriel. Nous aurions besoin de mieux définir nos stratégies d’influence, de se doter d’outils plus efficaces (plus de moyens pour le FSI, réglementation sur les OPA un peu plus contraignante…) et en particulier d’un nouveau service public de l’intelligence économique à destination des PME capable de leur fournir des informations nécessaires à leurs décisions mais aussi capable d’assister nos grands groupes mondiaux.

La fiscalité : nous avons besoin de régénérer notre économie. Pour cela, il nous faut une fiscalité qui favorise clairement l’entrepreneuriat et défavorise la rente, et de l’autre favorise l’écologie contre le carbone. Pourquoi ne pas établir des droits de succession plus important qui serviraient à abonder les fonds existant au service du développement des PME ? Il est aussi urgent de revoir l’impôt sur le revenu, rouvrir le débat sur la TVA pour en faire un outil de justice fiscal ou de politique (augmenter les taux selon les produits, pourquoi pas selon leur niveau de carbone…). Avoir une fiscalité sur l’entreprise qui ponctionne les bénéfices sans aggraver les pertes et sans trop charger les coûts fixes.

La régulation financière : c’est le mythe du développement économique par la finance qu’il faut casser. Seule la logique industrielle de long terme crée des richesses. Pour la finance, nous pourrions réfléchir à une nationalisation européenne ou, plus, de certains acteurs et en premier lieu les entreprises boursières type NYSE-Euronext.

Les délocalisations, l’industrie : l’industrie est le cœur de l’économie française. Les délocalisations sont perçues comme une perte de substance économique et de déclassement social. Comme l’écrivais Jean-Louis Levet ( HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Levet" http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Levet), il n’y a pas d’avenir sans industrie. Parler d’industrie, c’est aussi se réconcilier avec l’ouvrier.

La décentralisation : un jeu concurrentiel se développe sur les territoires entre l’Etat et les collectivités, et parfois entre les collectivités. La question du développement économique local doit échapper définitivement à l’Etat. Il y a ensuite une réflexion à avoir sur les échelons locaux pertinents. Les régions ont un rôle stratégique, de coordination des acteurs mais à l’échelle départementale, il peut exister des compétence fines de connaissance et compréhension des territoires. Se Pose la question de la multiplicité des acteurs existants, consulaires ou non, sur chaque territoire qui au lieu d’être une courroie de transmission efficace sont surtout un facteur d’épuisement économique. Se pose aussi la question des pôles de compétitivité et des clusters de toute sorte qui au lieu d’être lieu de rapprochement stratégique d’entreprises et d’émergence de nouveaux projets sont parfois juste des lieux d’animation sans aucune valeur ajoutée pour les entreprises (il s’agit de lutter contre la mode « tel secteur est en crise, et bien créons un cluster »).

L’université, la recherche : est-il utile de multiplier les laboratoires de recherche travaillant sur des sujets communs ? N’est il pas temps d’aller vers plus de spécialisation ? Il faut à la fois une stratégie de recherche nationale mais aussi régionale. Les pôles régionaux devraient être en mesure d’orienter les recherches scientifiques en cohérence avec les stratégies régionales de développement économique. Il ne faut pas tomber dans le piège des classements mondiaux qui poussent à la concentration des moyens et oublie l’importance de l’accès au savoir pour le plus grand nombre.

Les subventions aux entreprises : l’ensemble est à revoir. Les entreprises n’ont pas vocation à se développer sur fonds publics pour masquer des projets non rentables. La priorité est la consolidation des fonds propres et l’accès à un crédit et des moyens financés adaptés. C’est la carence de ces éléments qui rendent les entreprises subvention-dépendantes.

La création d’entreprises, la régénération de notre économie : où sont nos Google ou nos Apple ? Notre économie meurt de la faiblesse de sa régénération. La question de l’accompagnement stratégique des porteurs est à poser. Il faudra revenir sur la SARL à 1€ et sur le statut d’auto-entrepreneur. La création d’entreprise ne doit pas être une voie de garage pour des chômeurs en fin de droit. Un service public de la création d’entreprises est à construire qui offre un véritable accompagnement stratégique des porteurs adapté en fonction de l’ampleur de leurs projets et qui soit capable de dire non à une création. Il y a là aussi une responsabilité locale de construire un système lisible pour les porteurs qui travaillent en coordination et pas dans la concurrence de celui qui aura le plus beau projet.

L’Europe : une politique industrielle est à construire avec les états et avec les collectivités. Ne pourrait elle pas être abondée par le paiement des amendes pour non respect des règles de la concurrence ? Dans un premier temps, une stratégie industrielle sur la filière automobile est à définir : quels modèles économiques pour la filière ? Quels choix technologiques ? Quelles politiques d’aides aux entreprises, aux territoires, aux salariés ?...

L’épargne populaire. Lors de l’annonce par le Président Sarkozy d’un Grand Emprunt, un sondage montra que 82% des français ne souhaitaient pas souscrire à ce grand emprunt. Une des explications est simple : les milieux populaires ne disposent pas/plus des moyens d’épargner. Cet emprunt pose en creux la question de l’épargne populaire. Avec la chute du taux d’intérêt du livret A, on a touché les économies des milieux populaires sans leur proposer de produits de substitution.

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