22, v’là la gauche !

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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La Bretagne vient de connaître une nouvelle poussée socialiste à l’occasion des législatives 2012. Elle compte désormais 22 députés de gauche. 

 

Le Finistère est désormais totalement converti à la rose. Même les très traditionnalistes terres léonardes embrassent le mouvement. Sur Landerneau-Landivisiau, Jacques LE GUEN peut faire pénitence en confessant au soir de sa défaite face à Chantal GUITTET que « la droite bretonne est décapitée ». Jean-Luc BLEUNVEN sur Brest Rural, Richard FERRAND sur Carhaix-Châteaulin ont apporté au Parti Socialiste les deux autres circonscriptions qu’il lui manquait pour faire carton plein avec ailleurs des sortants réélus…dans un fauteuil.

 

Le Morbihan, petite mer rose

 

Dans le Morbihan, ce mouvement est encore plus retentissant dans un département historiquement de droite jusqu’ici considéré comme indéboulonnable. Les dernières sénatoriales, avec un PS victorieux sous la houlette d’Odette HERVIAUX avaient déjà bousculé cette vérité. Mais la droite ne semble pas avoir tenu compte de l’avertissement. Elle a poursuivi son bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Moralité, Jacques Le NAY et François GOULARD défaits aux sénatoriales viennent de connaître le même sort aux législatives. Ambiance de fin de règne donc dans le Morbihan où la gauche ne se contente pas d’éliminer une des figures emblématiques de la droite bretonne à Vannes puisque Ploërmel, autre bastion jugé imprenable, tombe dans son escarcelle. Le candidat régionaliste Paul MOLAC a su concrétiser le long travail de terrain entrepris par les militants socialistes locaux. Très contesté dans son propre camp, François GUEANT n’aura jamais réussi à faire oublier son parachutage. 

 

A l’est, rien de nouveau

 

L’Ille-et-Vilaine est désormais le département « le plus à droite » de Bretagne. L’est du département a résisté à la poussée de la gauche en conservant St Malo, Fougères et Vitré, forteresse transmise sans accroc par Pierre MEHAIGNERIE à Isabelle LE CALLENNEC. Le Parti Socialiste peut nourrir des regrets notamment sur Fougères et St Malo et on peut se demander si son organisation très renno-rennaise n’a pas sous-estimé les chances de bascule. En clair, le PS 35 a-t-il mis toutes les chances de son côté pour l’emporter sur ces territoires ? N’a-t-il pas considéré une peu vite qu’ils étaient ingagnables ?  

 

Une droite durablement marginalisée

 

Marc LE FUR qui a aisément conservé sa circonscription de Loudéac fait aujourd’hui figure de leader naturel de la droite en Bretagne. Sauf que le personnage n’est pas connu pour son sens collectif. La droite aura certainement du mal à bâtir un projet autour de ce personnage. Elle qui n’a pas anticipé le renouvellement de ses troupes et qui a oublié ses valeurs démocrates chrétiennes a devant elle un chantier politique des plus importants. Certains diront qu’avec l’inversion du calendrier électoral, cette victoire de la gauche était imparable. Peut-être mais il ne faut pas oublier qu’en Bretagne ce mouvement n’a pas surgi de la victoire de François HOLLANDE le 6 mai. Il s’inscrit au contraire durablement dans le temps avec un Parti Socialiste qui a mieux fait que résister en 2007, une Région acquise à la gauche avec une droite qui a sombré en mars 2010, des départements sérieusement ancrés à gauche à l’exception du Morbihan dont on peut imaginer qu’il constituera demain une nouvelle étape dans la progression électorale socialiste.

 

L’avenir de la gauche bretonne reste au centre

 

Bien que le Front National progresse en Bretagne, il reste en dessous de la moyenne nationale. Cela signifie que la majorité des bretons demeure insensible aux thèses extrémistes. Le sarkozisme n’a pas plus connu de succès dans notre région et ce n’est pas la direction impulsée par la droite populaire qui lui a permis d’augmenter ses suffrages. Les territoires de l’est de la Bretagne comme celui de Loudéac sont certainement ceux où le Front National réalise ses meilleurs scores. Ils sont ceux aussi où les candidats de droite parviennent à se sauver du raz de marée de la gauche. On peut donc considérer qu’ils ont bénéficié d’un bon report de voix. Mais on l’a vu dans d’autres endroits notamment à Landivisiau, cet électorat est incertain et les reports ne sont pas automatiques. En accompagnant cette dérive droitière, l’UMP scelle définitivement son divorce avec les forces modérées du centre dont les valeurs aujourd’hui se rapprochent naturellement de la gauche socialiste, tout particulièrement en Bretagne. Ce nouveau mariage consommé, il y a fort à parier que les exceptions de la cartographie électorale bretonne ne résistent pas au temps. Encore faut-il que la gauche se donne les moyens de cette ambition. Il faudra, pour cela, identifier des candidats en devenir et bien occuper le terrain d’un centre orphelin des valeurs démocrates chrétiennes abandonnées par l’UMP. 

 

Les écologistes bretons à la peine

 

Enfin, toujours à gauche, que dire de la déclinaison de l’accord Vert-PS en Bretagne ? Il s’est traduit partout par un cafouillage avec les militants socialistes et par l’émergence de candidatures dissidentes. Que ce soit Michel BALBOT sur la circonscription de Guingamp, Agathe REMOUE sur Fougère, Magali DEVAL sur Brest rural, aucun de ces écologistes n’a su être à la hauteur de l’accord. La tâche n’était, il est vrai, pas simple mais cela pose la question de la capacité des écologistes à présenter des candidats qui tiennent la route, de leur légitimité dans ce type de scrutin ! Il ne dépasse d’ailleurs que rarement là où ils se présentaient seuls les scores de 2007 !

 

Finalement, à ce petit jeu, il n’y en a qu’un qui s’en sort victorieux et c’est un militant culturel proche de l’UDB, Paul MOLAC à Ploërmel qui contrairement à Guingamp était une circonscription loin d’être gagnée d’avance. La première raison de ce succès est sans nul doute l’ancrage local du personnage. Il aura réussi à évacuer au 1er tour la dissidence socialiste et au final à l’emporter facilement face à un prétendant successeur de Loïc BOUVARD illégitime. 

 

Toutefois, avec une droite atone, des espaces politiques se libèrent pour les écologistes lors des prochaines municipales et des régionales. Particulièrement attachés à leur autonomie et peu avares de critiques envers le PS, il est tout à fait probable que les écologistes bretons, au final peu convaincus par l’accord national, persistent à creuser leur sillon. Auront-ils demain la capacité de faire douter le PS ? C’est une autre paire de manches. Jusqu’ici ils ont réussi au pire à le faire perdre comme à Morlaix et Landerneau, au mieux à bonifier son action municipale comme à Quimper grâce à l’ancrage d’un Daniel LE BIGOT, quand ils n’ont tout simplement pas disparu du conseil municipal comme c’est le cas à Rennes ou qu’ils ne siègent pas dans l’opposition comme c’est le cas à la Région depuis 2010. 

 

Passé le mirage Mélenchon, il y a de fortes chances pour que le Front de Gauche suive cette même pente dans les mois à venir avec des débats qui s’annoncent particulièrement rudes entre les élus sortants et une bonne partie de la troupe favorable à une radicalisation. L’avenir du Front de gauche se jouera dans les rangs communistes.  

Mais ces postures de la part des écologistes comme des communistes ne sont pas en phase avec la réalité de la sociologie politique bretonne avec une population guère inspirée par la radicalité.

 

 

 

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perrin 17/12/2012 15:56

mère de famille, handicapée, et résistante, je m'interroge sur l'impact des marchés financiers dans le logement social. Les bénéficiaires du deal , à Côtes d'Armor Habitât, restent Proglio, et les
sociétés pétrolières, alors que les familles pauvres sont appâtées avec des logements présentés comme moins chers que dans le parc privé.es. Ces personnes convergent sur ces lieux depuis divers
endroits de France, n'ont pas de point commun,hormis le soma de TF1, et ne savent pas se rapprocher pour s'organiser solidairement. Convaincue que la gauche doit persister, et reprendre des forces,
je souhaite adhérer à des mouvements, discussions, autour de Pontrieux. Serait-il possible de s'organiser pour remédier à cet éparpillement des forces de résistance, en donnant signe de la ^part du
comité ou qui traitera ce message ? merci de votre compréhension.