Ah ça ira, ça ira, les défenseurs des langues régionales sont là !

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

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Il est tout chaud, il vient de sortir et il tombe à pic. Il s’agit de l’essai publié par la Fondation Jean-Jaurès et intitulé « Langues et cultures régionales, en finir avec l’exception française ». Tout un programme cosigné par Jean-Jacques URVOAS, député socialiste du Finistère, et par Armand JUNG, député Alsacien et président du Groupe d’études sur les langues régionales à l’Assemblée nationale, dont on espère qu’il trouvera un écho favorable dans la campagne présidentielle.

 

Cet essai replace la question des langues régionales dans le contexte historique. Cet éclairage a le mérite de donner du champ et de la profondeur à un sujet qui est tout sauf anecdotique dans une République française qui persiste à confondre égalité et uniformisation et qui s’accommode de sa marginalisation sur le plan international en jouant du « bras d’honneur ». Car la France ne cesse d’être pointée du doigt quand elle n’est pas tout simplement condamnée sur sa manière de traiter les minorités et leurs langues qui selon les « héritiers de la Révolution » constitueraient toujours un danger pour l’unité de la République. Hautaine dans son indécrottable approche jacobine, la France assume son particularisme avec orgueil et mauvaise foi sur la scène internationale, elle préfère manifestement camper sur une position inquiétante, avoir raison seule contre tous. Le pays de Voltaire sait manier l’exception comme nul autre au monde et trouve encore un certain écho positif dans ses frontières intérieures, l’Académie Française comme l’Education nationale sachant monter au créneau quand le conservatisme intellectuel et politique du Conseil Constitutionnel et du Conseil d’Etat ne suffit pas à freiner les évolutions frémissantes proposées ces trente dernières années. Orpheline de l’institution service militaire, l’école demeure ce foyer de l’assimilation consacrée ou pour le dire clairement de l’appauvrissement culturel de la France. L’école reste le meilleur symptôme de la pathologie française et de son immaturité démocratique.

 

Le regard de la France sur ses langues régionales a commencé à évoluer après guerre, timidement d’abord mais plus fortement à la fin des années 60 à la faveur da la montée en puissance des mouvements politiques prônant plus d’autonomie et la régionalisation du pays. François MITERRAND aura perçu cette inclinaison. A défaut d’armer les langues régionales d’un réel statut et d’une reconnaissance officielle qui leur font encore défaut, il aura su permettre des avancées significatives par leur prise en compte dans l’enseignement et la reconnaissance des acteurs du bilinguisme. On comprendra aisément à  la lecture de l’essai que la droite a toujours nourri une méfiance à l’endroit des langues régionales et que la poursuite de l’ouverture européenne s’est accompagnée d’un mouvement défensif que traduit parfaitement l’amendement LAMASSOURE entériné par la promulgation en 1992 de l’article 2 de la loi fondamentale précisant que « la langue de la République est le français ». Le coup frein à la dynamique engagée par François MITERRAND était ainsi donné, par effet ricochet.

 

Les années 90 et la présidence de Jacques CHIRAC confortent ce point de vue en situant définitivement à gauche l’espoir d’une évolution positive sur le dossier sensible des langues régionales. On se souvient du sort réservé au travail remarquable mené par l’équipe JOSPIN et Jack LANG son ministre de l’Education nationale tout particulièrement le projet d’accord sur le passage de Diwan du statut associatif au statut public. On se souvient également du blocage par le conseil constitutionnel saisi par Jacques CHIRAC du processus de ratification de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires initié par Pierre MOSCOVICI à Budapest en 2009. Le président proposera alors en échange une loi-programme pour le développement des langues et cultures régionales. Elle n’existe toujours pas, la droite de Nicolas SARKOZY s’inscrivant pleinement dans ce sillon tout en faisant miroiter à coup d’effets de manche qu’elle est porteuse d’une solution d’avenir. En fait, elle n’en cherche pas, elle gagne du temps, le gouvernement délaissant les langues régionales à leur sort, la disparition programmée, là où les collectivités locales mobilisent des fonds conséquents pour parer l’incurie de l’Etat. La vérité est que la droite sait pouvoir compter sur les conservatismes de tous bords qui, malgré deux siècles écoulés, se complaisent dans les paroles de l’abbé Grégoire qui voyait dans les langues régionales « l’enfance de la raison et la vieillesse des préjugés »

 

Jean JAURES dénonçait « le culte du monolinguisme dans le système éducatif français qui s’apparente à ses yeux à un épouvantable gâchis intellectuel ». « La pleine connaissance de soi est aussi la condition indispensable de la reconnaissance d’autrui dans son altérité » disait-il. Une phrase à méditer et que semble entendre le candidat François HOLLANDE dont on espère qu’il opèrera les changements nécessaires à la sauvegarde et au développement des langues régionales dont la compétence dans ce domaine semble devoir relever des Régions comme l’a démontré ces dernières années leur volontarisme politique. 

 

Pour la langue bretonne comme pour les autres langues de France, l’instant est décisif. Pour la bonne santé intellectuelle de la France également, l’uniformisation ne pouvant constituer l’horizon raisonnable de la bien belle idée de l’égalité qui est tout sauf la destruction des individus, de ce qu’ils sont et représentent.

 

L’essai d’Armand JUNG et de Jean-Jacques URVOAS est dans ce contexte un véritable appel à la « raison », celle du bon sens et de l’intelligence il va sans dire, en aucun cas celle de son fantôme « le surmoi jacobin (…) qui imprègne encore largement la haute administration et la classe politique française ». Il constitue également un cours de rattrapage pour ceux qui aurait pris du retard sur la question ! 

 

Cet essai est téléchargeable sur le site de la Fondation Jaurès :

 

 http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-essais/Langues-et-cultures-regionales-en-finir-avec-l-exception-francaise

 

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