Après la défaite interne de Dany, c’est l’écologie politique qui risque de boire la tasse.

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN, Rennes le 1er Juin 2011

Dany Cohn-Bendit a perdu. Le "père fondateur" de Europe Ecologie n'a pas réussi à contrer la reprise en main manu militari par l’appareil Verts du mouvement né à l’occasion de la dernière et brillante campagne des Européennes. A quelques jours du congrès de la Rochelle, la victoire de la secrétaire nationale Cécile Duflot est très nette, tout comme peut l’être la faible participation des adhérents d’Europe Ecologie.

Il y a un mois, nous écoutions Dany Cohn-Bendit à Nantes (voir les vidéos ci-dessous). Lui qui déteste les appareils et le jeu des motions en vue d’un congrès faisait pourtant campagne. Certainement pour sauver encore ce qui pouvait l’être de l’aventure Europe Ecologie face à la rigidité empreinte de sectarisme et de conservatisme du parti Les Verts. Il disait ceci : « Si on n’est que 10 000 adhérents, c’est qu’on s’est trompés ! ».

Dany Cohn-Bendit voulait au contraire créer les conditions pour relancer une dynamique démocratique amorcée avec succès lors des Européennes de 2009, déjà passablement essoufflée lors des Régionales 2010 et aujourd’hui totalement enlisée à dessein dans le marasme organisationnel Vert. Difficile de sortir les « Verts de terre » quand ces derniers avancent au frein avec la seule idée en tête de garder le contrôle !

Le reflux de l’intelligence collective

Le congrès de la Rochelle ne sera pas celui de l’ouverture mais bien le symbole du reflux de l’intelligence collective qui est pourtant la seule à même de renforcer la place de l’écologie politique dans la société française, comme cela se fait chez nos voisins allemands, tout en renouvelant la vie politique de notre société par une adaptation des organisations partisanes à la réalité des citoyens qui ont soif de débats, non l’inverse. Les Verts ne l’ont manifestement pas compris, on ne peut que le regretter et constater qu’une fois de plus, ils ne sont pas à la hauteur des enjeux politiques qu’ils prétendent incarner.

En son temps, en 2007, le député Vert Yves Cochet prônait la disparition pure et simple des Verts, gangrenés par les luttes internes, nombrilistes à souhait, incapables de faire preuve d’empathie et de réelle ouverture sur le monde ce que Jérémy Rifkin considère pourtant comme indispensable à l’essor de l’écologie au risque sinon d’échouer comme les partis traditionnels nés dans un XIXe siècle industrieux. Il n’y a rien de pire qu’une idéologie bureaucratisée totalement déconnectée des réalités de la société, enfermée dans un rêve de pureté. A ce niveau, ce n’est plus de la politique dont il s’agit mais de religion, celle de la vertu qui a plus à voir avec l’An 2 de la Révolution française qu’avec la volonté d’écouter pour convaincre dans le cadre d’un débat démocratique. Le problème est qu’ils ne disparaîtront pas d’eux-mêmes et que l’effet repoussoir dont ils sont à l’origine empêche d’autres initiatives de prospérer.

Dany a perdu, vive Dany !

L’incantation du parti de l’exclusion (nous sommes tous des « duchmol » !) ne parvient qu’à caresser les oreilles de militants-soldats d’un autre temps qui s’auto-persuadent d’être les dépositaires d’une Vérité. Nous sommes bien ici dans ce que Cornélius Castoriadis qualifiait de « clôture de l’imaginaire institué » : «  C'est parce qu'il y a croyance en l'existence d'une vérité concernant la politique que certains individus peuvent prétendre que leur opinion n'est pas une simple opinion que l'on pourrait discuter et éventuellement contredire, mais correspond à cette vérité (sacrée ou rationnelle), qui rend légitime le fait qu'ils exercent le pouvoir, décident pour l'ensemble de la communauté de ses lois et de ses objectifs, etc. »

L’épisode électoral interne qu’Europe Ecologie vient de vivre ne se résume donc pas à une défaite personnelle de Dany Cohn-Bendit. Il consacre avant tout l’impossibilité objective de réinventer la façon de faire de la politique à partir du socle vert. Bien que la tâche soit ardue, on ne peut qu’espérer que Dany Cohn-Bendit ne jettera pas l’éponge et que les 23 % des votants qui l’ont soutenu soit encore à ses côtés demain. Les Verts ou leur faux-nez EELV ne peuvent être la matrice d’une écologie politique ambitieuse qui a un rôle déterminant à jouer dans le camp démocrate. C’est un nouveau mouvement de l’écologie politique, à l’écart des Verts, qu’il faut créer pour ouvrir demain le champ des possibles. Dany a perdu, vive Dany !

En images, ce que disait Dany à Nantes fin avril

Chapter 1 ... Réinventer la façon de faire de la politique

http://www.dailymotion.com/video/xj31d6_chapter-i-reinventer-la-facon-de-faire-de-la-politique-par-dcb_news

Chapter 2 ... L’aventure Europe Ecologie vue par son fondateur

http://www.dailymotion.com/video/xj31rl_chapter-2-l-aventure-europe-ecologie-vue-par-son-fondateur_news

Chapter 3 ... L’ancrage de l’écologie politique en France

http://www.dailymotion.com/video/xj325j_chapter-3-l-ancrage-de-l-ecologie-politique-en-france_news

Chapter 4 ... A contre-courants, pour l’ouverture !

http://www.dailymotion.com/video/xj32rb_chapter-4-a-contre-courants-pour-l-ouverture_news

Chapter 5 ... L’aveu, le « niet » des Verts !

http://www.dailymotion.com/video/xj33ek_chapter-5-l-aveu-le-niet-des-verts_news

Chapter 6 ... La sélection naturelle des Verts

http://www.dailymotion.com/video/xj345z_chapter-6-la-selection-naturelle-des-verts_news

De A à Z, l’intervention de Cohn-Bendit à Nantes

http://www.dailymotion.com/video/xip86q_dany-cohn-bendit-a-nantes-jeudi-12-juin-2011_news

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