Ce qui sépare les écologistes de François Hollande Par Daniel CUEFF Conseiller Régional Maire de Langouët Président de la Communauté de communes du Val d’Ille

Publié le par l'agora de Bretagne

Jean-Yves Le Drian, Président de la Région Bretagne est fin connaisseur de la société et de la politique. Il appelle à voter François Hollande aux primaires socialistes. Tout conduit donc à penser que François Hollande gagnera les primaires.

Mais Hollande arrivera t-il à convaincre les écologistes de Bretagne ? Rien n'est moins certain.
Il y a d'abord la question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Même si les militants PS sont plusieurs à penser que cet aéroport est une aberration économique et écologique, il n'en reste pas moins vrai qu'ils n'en font pas une affaire. Or, le clivage n'est pas dans le fait aéroporté mais bien dans le modèle de société impossible qu'il induit à terme. Les écologistes, eux, en font une affaire majeure condamnant la consommation de foncier agricole pour un agrandissement inutile y compris d'un point de vue sécurité de l'avis même des pilotes, avec un coût écologique considérable. Les termes du débat sont connus.

Pour autant comme l'a dit François Hollande : « Personne n'imagine en France que l'alternance puisse ne pas se faire à cause d'un aéroport. » (Le monde du 17 juillet 2011).

Il est vrai que les écologistes sont prêts à tout pour éviter un second mandat de Nicolas Sarkozy mais ils peuvent aller jusqu'à admettre l'idée d'une nouvelle cohabitation avec un président de Gauche et un premier ministre centriste en traînant les pieds aux législatives par des désistements républicains non acquis.

Plus grave est encore la question du nucléaire qui demeure irrémédiablement clivant. La position de François Hollande n'est pas claire. Certes on peut espérer une renaissance de la filière photovoltaïque et une explosion des processus de Maîtrise de la Demande Energétique (MDE) et d'énergies renouvelables mais ira-t-on vers une dénucléarisation sur 20 ans à débuter dès le lendemain de l'élection présidentielle par l'abandon du programme EPR et en fermant Flamanville ?

Légitimement, les écologistes ne transigeront pas sur ce point. Le renoncement au nucléaire fonde en effet les bases d'une nouvelle société portée par une économie verte. Il faut donc d'ores et déjà négocier au risque de voir un électorat écologiste sensible à la formule  « bonnet blanc et blanc bonnet » se démobiliser d'autant plus que, grande sera la frustration si les Verts reviennent avec Eva Joly à un score à 1 chiffre au soir du premier tour.

D'autres fondamentaux écologistes feront l'objet de discussions certes serrées mais probablement constructives. Nous pensons à la question agricole. Les modalités de métamorphose de l'agriculture en Bretagne à travers la nouvelle alliance pourront servir d'exemples tout comme la politique de l'eau, la politique énergétique, la nouvelle politique foncière...

Plus compliquée sera probablement la question de la croissance. François Hollande veut une croissance estimant assez classiquement que la croissance du PIB est de nature à créer des emplois. Pour la majorité des écologistes la question de la croissance est « La question », en raison de l'épuisement des ressources qu'induit toute croissance, fusse t-elle verte. Sans parler nécessairement de décroissance, les écologistes optent pour une sobriété économique et pour une consommation à reconsidérer loin du modèle consommation-accumulation-gaspillage en œuvre aujourd'hui.

C'est à ce niveau que se pose la question sociale et la question de la pauvreté, questions fondatrices d'un projet à Gauche et dont les propositions devront être élucidées à l'occasion de la primaire socialiste et des négociations programmatiques ensuite. A ce stade, il ne pourra être fait appel à la sagesse du peuple et à sa capacité à attendre des jours meilleurs. Il faudra des actions fortes, immédiates :

- le retour à la retraite à taux plein à 60 ans avec des modalités de pérennité du système de répartition. Or les propositions alternatives pourtant proposées par des cercles de pensée proche de la gauche sont restées inaudibles : cotisations retraites des retraités aisés, retraite à la carte, retraite minimale fixée au SMIG et retraite maximale fixée à 3 fois le SMIG, bref autant de nouvelles pistes à explorer dans un accord de gouvernement ;

- la mise en place du revenu minimal inconditionnel dont les modalités devront être précisées à Gauche pour ne pas laisser Dominique de Villepin s'emparer de la question pour la traduire dans des modalités de droite.

Parmi les clivages de taille à transcender la question du temps de travail demeure La droite a réussi à porter les coups de grâce aux 35 heures et surtout réussi à faire passer l'idée que la réduction et le partage du temps de travail était non seulement une utopie mais était responsable de la crise des entreprises en France. Il convient de rappeler que les écologistes étaient partisans des 32 heures qui permettaient de créer des emplois et de réduire la pénibilité par l'automatisation sans augmenter les cadences humaines. Les écologistes y compris à l'Assemblée nationale ont rejeté la loi Aubry 2 en raison de l'introduction de la notion de travail effectif. Ils avaient raison, les entreprises se sont engouffrées dans cette brèche pour revoir les pauses et exclure les temps d'attente et ou de préparation, du travail rétribué. Par ailleurs, l'application des 35 heures dans l'administration hospitalière a, faute de personnel suffisant sur le marché du travail, dégradé les conditions de travail et augmenté le stress des personnels. Qui osera à gauche remettre au programme la réduction du temps de travail comme la valorisation du temps libre, espace de vie aussi fondamental que celui du travail ?

Puisqu'au final, il n'y a aura qu'un candidat à Gauche, aux écologistes de faire valoir leur point de vue en vue d'un accord programmatique dès maintenant.

Aux écologistes de faire savoir qu'ils participeront aux primaires socialistes et qu'ils voteront en fonction des réponses des candidats à la candidature

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