Décentralisation : existera-t-il une parole bretonne ?

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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« Le redressement productif allemand, ce sont les länder allemands », nous dit Alain ROUSSET, président de la Région Aquitaine et président de l’Association des Régions de France. Cette déclaration, il l’a faite la semaine dernière lors de la présentation des propositions de l’ARF dans le cadre de la réflexion gouvernementale engagée sur la décentralisation. Les Régions ont bien l’intention de peser sur le débat et surtout tirer profit de la réforme à venir, d’abord parce qu’elles s’affirment comme l’espace territorial pertinent pour élaborer des politiques économiques. Ce qui n’est pas anodin à l’heure de la crise. Une des réponses est effectivement de l’ordre institutionnel. Jean-Yves LE DRIAN, président de la Région Bretagne et ministre de la Défense, l’a souligné depuis longtemps en déclarant à l’occasion, « Face à la crise, on a tout essayé sauf la régionalisation ». C’est encore et toujours l’exemple allemand qui fonde cette motivation. Même si comme le dit Alain ROUSSET, « la décentralisation dépasse les clivages politiques », on ne peut que constater que les Régions sont presque toutes dirigées par la gauche. Cela reste un élément facilitateur à l’heure de lister des propositions. 

 

Sur le plan politique, les difficultés pourraient venir du Sénat où la gauche n’est majoritaire que de 4 voix. Il n’est pas certain que la gauche départementaliste et jacobine abandonne ses convictions à l’heure de voter la loi-cadre que Marylise LEBRANCHU, ministre de la Réforme de l’Etat, de la Fonction Publique et de la Décentralisation entend soumettre aux parlementaires d’ici la fin de l’année. 

 

Sur le plan technique, n’oublions que la France est un pays conçu et administré depuis son centre. Le moule étant ce qu’il est, il n’est pas dit que nos chers technocrates s’abandonnent aux douceurs d’une décentralisation trop prononcée : « Diantre, quitter Paris pour la Province mais autant nous muter au bagne ! ». Ils feront tout pour contrecarrer cette idée charmante de M. ROUSSET quand il déclare que « la décentralisation est la mère des réformes ». Où qu’ils soient, les jacobins affirmeront que l’Etat et le modèle français se confondent et que le remettre en cause revient à insécuriser le citoyen dans son quotidien. Cela sera bien entendu d’autant plus vrai que la crise frappe déjà durement les territoires. M. MONTEBOURG, ministre du redressement productif n’a-t-il d’ailleurs pas succombé à la facilité du mythe républicain en dépêchant dans chaque région des commissaires en charge du redressement à l’heure où pourtant le débat porte sur les contours de la future banque d’investissement. Belle illustration ici de l’Etat pompier en action ! Ne s’agit-il pas plutôt d’une manœuvre consistant à avancer ses pions le plus loin possible tant que la règle du jeu n’est pas encore précisément définie en partant du principe que ce qui est pris n’est plus à prendre. Autrement dit, n’est-ce pas une manière discourtoise de défendre ses prérogatives ?

 

Au-delà des réticences conservatrices et idéologiques, il y aura aussi dans les territoires eux-mêmes des freins à la régionalisation. Les départementalistes, guère vaillants à ce jour, peuvent compter sur la mobilisation des élus ruraux fortement échaudés par la Réforme de 2010. S’ils ne maîtrisent pas leur destin, ils ont pleinement conscience de ce qu’ils ont à perdre. Ils entrent parfois un peu vite en confrontation avec le fait urbain en oubliant qu’il est également valable à la campagne. Il est quelque part importé dans les valises des nouvelles populations amateurs de services en tout genre alors même que dans la réalité ils disparaissent condamnés par la logique de concentration et productivité. Les inégalités territoriales et sociales ne cessent ainsi de croître sans que le département embarqué dans sa gestion quotidienne de la crise ne puisse infléchir le processus, accéléré par les partisans de la métropolisation du pays. Pour ces derniers, on n’aurait d’autres choix que d’accepter la compétition imposée aux territoires, ne pas concourir revenant à disparaître. Là aussi, les clivages politiques traditionnels ne constituent pas des frontières permettant l’intelligibilité du débat. Finalement, ce débat ressemble fortement à celui sur l’école républicaine où la fabrique des élites ne doit pas être freinée par les cancres quitte à entretenir l’illusion égalitariste. De la même façon, les villes compétitives doivent pouvoir émerger coûte que coûte par une accélération du processus de décision. La vitesse et le capitalisme ou pour le dire en un mot la productivité sont ici les deux mamelles métropolitaines.

 

Il n’est pour autant pas question d’éliminer les Etablissements de coopération intercommunale (EPCI) qui malgré leurs imperfections demeurent une avancée considérable pour faire vivre des projets de territoire à l’échelle des bassins de vie. Il n’est pas non plus opportun de nier le rôle des grandes villes et des métropoles pour le dynamisme régional. Il s’agit juste de revenir à une réflexion plus globale et considérer les interdépendances positives et négatives. C’est parce que la Région est la coque de cet être hybride qu’est le territoire qu’elle doit être l’interlocuteur privilégié d’un Etat qui doit se penser en de multiples points du pays et plus seulement depuis son centre. C’est bien la Région qui permet les liens entre les différentes composantes de son territoire, leurs démultiplications. C’est bien la Région qui constitue le premier niveau de péréquation pertinent. C’est bien la Région qui est en France, pays qui s’est urbanisé plus tardivement que l’Angleterre ou  l’Allemagne, la meilleure chance d’exister à l’échelle mondiale. 

 

Aujourd’hui, sur de son fait, l’ARF propose et c’est bien de le faire. Mais il serait tout à fait bienvenu que, au-delà des institutions régionales elles-mêmes, les élus régionalistes de Bretagne contribuent plus directement au débat. C’est une des conditions pour échapper à l’échange technique sur un sujet pourtant essentiellement politique. Il devrait en ce sens intéresser l’ensemble des citoyens ce qui est loin d’être le cas à ce jour.  

 

Le dossier de presse de l'ARF à télécharger

 

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Commenter cet article

Publibreizh 15/10/2012 22:15

C'es un sujet que je ne maîtrise pas du tout, alors merci pour toutes ces informations qui permettent d'y voir un peu plus clair.

julie de breizh tarif climatisation 10/08/2012 01:41

je ne crois a la decentralisation

Gael 13/07/2012 11:42

Bon papier. je rajouterai néanmoins un élément pour que la Bretagne puisse apporter sa voix: la réunification. Si la régionalisation ne s'accompagne pas d'un redécoupage des territoires à l'échelle
d'un projet de société commun, alors on assistera à une déconcentration simple, une gestion technocratique d'un pouvoir toujours aussi parisien. Pour être plus métaphorique, on raccourcira le
manche du marteau!

Amitiés,

Gael.