Dialogue PS-Verts : faux-pas et vrai débat

Publié le par l'agora de Bretagne

par Maud Lelièvre, avocate en droit de l'environnement et Cyrille Le Déaut, ancien conseiller de coopération-adjoint près l'ambassade de France

 

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En quelques semaines, la gauche est passée du succès d'un grand débat public – la primaire citoyenne – à une phase de discussions byzantines entre appareils Parti socialiste (PS) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

De déclarations officielles en sentences lapidaires, tout indique que les récentes négociations se sont bloquées autour d'une formule devenue incantatoire – "la sortie de la France du nucléaire" – et du dossier de l'EPR de Flamanville. Cela, sans réflexion plus globale sur la réforme de la politique énergétique de la France au sein de l'Union européenne. Est-il pensable de traiter des questions aussi lourdes sans débat citoyen, sans une évaluation sérieuse des scenarii possibles ? Nombreux sont les écologistes qui souhaitent que le futur gouvernement de gauche prenne pleinement en compte le paradigme écologique. Or, celui-ci ne se résume pas à la seule thématique du nucléaire !

Certes, après Three-Miles Island et Tchernobyl, le drame de Fukushima a fait prendre conscience à nouveau des risques que représente la production d'électricité à partir de centrales thermonucléaires. Depuis cette dernière catastrophe, plusieurs gouvernements ont ainsi annoncé leur intention de "sortir du nucléaire". Il convient cependant de ne pas idéaliser ces projets : la voie allemande par exemple, passe par la construction de centrales thermiques au gaz ou au charbon, donc par une relance des émissions de CO2 aggravant le réchauffement climatique. En Allemagne comme ailleurs, aucun projet de sortie du nucléaire n'est réalisable sans une réduction importante des consommations d'énergie, et la montée en puissance des énergies renouvelables. Nous en sommes encore loin. Et pourtant, c'est bien cet aspect qui devrait faire d'abord l'objet de négociations et d'une réflexion poussée sur les investissements à venir. Il est étrange ce monde où les ultimatums et la vocifération tiennent davantage lieu de politique plutôt que la négociation et la réflexion.

En France, il est malheureusement difficile d'effacer d'un trait de plume les décisions politiques majeures pro-nucléaire prises au début des années 1970 (sans débat et pour des décennies) par les gouvernements de l'époque (Pompidou, Messmer, Giscard d'Estaing).

Comment faire ? Organiser le débat et la prise de décision par un votation citoyenne, relancer vigoureusement la chasse aux gaspillages énergétiques, investir réellement sur les énergies renouvelables, continuer à diminuer la part des énergies fossiles et peut-être considérer que, paradoxalement, l'achèvement de la construction de l'EPR de Flamanville (qui a déjà coûté plus de 6 milliards d'euros), permettra (à condition que les conditions de sécurité soient réunies) d'accélérer la fermeture de plusieurs centrales nucléaires vieillissantes ? Même si les citoyens français n'ont jamais été consultés sur le lancement de l'EPR, jeter, en période de crise, 6 milliards d'euros par la fenêtre n'est pas l'attitude d'un leader politique responsable. La seule question qui vaille à ce stade est donc de savoir si la durée de vie de l'EPR de Flamanville doit être menée jusqu'à son terme (60 ans) ou si un moratoire décidera de l'arrêter d'ici à trente ans ?

Dans cet intervalle, réduire d'un tiers la part du nucléaire en France d'ici à 2025, comme le propose François Hollande, représente un grand pas vers la dénucléarisation et l'écologisation de la France. Usant du populisme le plus éculé, certains considèrent cet objectif comme dérisoire. Pour y parvenir, il faudra pourtant une volonté politique forte. François Hollande serait ainsi le premier homme d'Etat français à aller vers le désengagement nucléaire. Il paraît plus responsable de retenir cette perspective et de mener fermement ce changement de cap d'ici à 2017 que de s'engluer dans des querelles d'arrière garde. Il sera temps alors de faire le point sur la réorientation de la politique énergétique de la France, pour aller encore plus loin vers des modes de production et de consommation d'énergie durables et responsables.

Les citoyens français ont pris conscience depuis plusieurs années de l'ampleur de la crise environnementale : réchauffement climatique, problèmes de santé publique, pollutions chimiques, périls sur la sécurité alimentaire mondiale, dégradation de la biodiversité. Pour ne prendre que ce seul exemple, cette dernière a subi des atteintes inégalées ces cent dernières années au point que de nombreux biologistes se demandent si l'on n'est pas à la veille d'une Sixième extinction des espèces dont les causes seraient cette fois-ci anthropiques. En incluant, les problématiques actuelles (dette de Etats, paupérisation), les défis auxquels sont confrontés tous les pays de la planète, et en particulier les plus pauvres, sont immenses. Hier, ils étaient le seul apanage des Etats du Sud… Ils sont désormais partagés par ceux du Nord. A condition d'agir avec humilité et consensus avec ses partenaires, la France peut encore conduire une politique internationale forte. Mais, la résolution de la plupart de ces questions passera obligatoirement par une mutualisation globale des moyens des États et une véritable solidarité Nord/Sud. Solidarité qui pourrait également passer par le lancement d'une véritable économie sociale et environnementale au service du développement via le micro-crédit/micro-assurance, l'entrepreneuriat social et l'accès des populations aux services essentiels.

Dans tous ces domaines, les écologistes réalistes – qui seront appelés à se rassembler dans les prochains jours – souhaiteraient aussi que le Parti socialiste et EELV puissent parvenir un accord ! Car, il ne faudrait pas que "l'arbre" du nucléaire cache la forêt des autres enjeux écologiques.

Le Grenelle de l'Environnement avait suscité l'espoir. C'est un échec. Il n'y a qu'à voir la gêne des ONG partenaires pour s'en convaincre. Il a davantage servi la communication tous azimuts au président Sarkozy qu'assuré la mise en œuvre de mesures environnementales ambitieuses. L'heure est donc venue de lancer un véritable Programme Commun de l'opposition pour l'Écologie et le développement durable. Encore faut-il que les différents partis qui présideront selon nos vœux aux destinées de la France soient en ordre de bataille. Sans union, la défaite de ces idées fondamentales pour le devenir de notre pays et de l'humanité, est assurée.

Au PS, tous ne mesurent pas encore l'ampleur des défis écologiques à relever. EELV, de son côté, semble s'enferrer dans des positions figées au risque de l'isolement et de la cacophonie.

Nous ne voulons pas revivre le traumatisme du 21 avril 2002 ! EELV oublie que le succès d'Europe Ecologie aux élections européennes et aux régionales manifestait une prise de conscience écologique et un désir de renouvellement à gauche, pas un quitus au programme et au parti des Verts. La primaire citoyenne n'est pas davantage un quitus au Parti socialiste. C'est une dynamique inédite : à cette occasion, près de trois millions de nos concitoyens (y compris si l'on en croit les dirigeants d'EELV, de nombreux écologistes) ont manifesté un immense désir de participation à la vie publique et exprimé l'espoir qu'une autre politique est possible. La gauche doit poursuive sa rénovation. Nous n'en montrons pas encore le chemin !

Pour toutes ces raisons, et quelle que soit l'issue des négociations PS/EELV dans les jours à venir, les écologistes réalistes seront nombreux à soutenir dès à présent le candidat désigné par la primaire citoyenne pour mettre enfin en œuvre en 2012, à travers un dialogue ouvert mais exigeant, les grands changements dont la France a besoin, et en particulier la mutation écologique de notre économie et de notre société.

Maud Lelièvre est aussi ancienne membre de la direction nationale des Verts ;

Cyrille Le Déaut est aussi ancien adhérente des Verts.

Publié dans POLITIQUE

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Serge 04/12/2011 22:30

L'EPR n'a pas coûté six milliards d'euros pour l'instant, après quatre ans de construction, mais c'est ce qu'il coûterait s'il était mis en service dans cinq ans (en décembre 2016). Dans ce cas,
l'électricité produite le serait au prix de 81 euros le MWh (sans nouveau retard ou coût supplémentaire).

Lire : http://energeia.voila.net/nucle/reacteurs_trop_chers.htm

Cela est plus cher que les éoliennes terrestres (voir même site).

Et aussi plus cher que le prix moyen du photovoltaïque en 2016-2017 (même site).

En fin de comptes, il est plus économique de passer par pertes et profits les dépenses déjà engagées que de continuer avec ce réacteur, qui produirait de l'électricité hors de prix pendant 40
ans.

François et ses conseillers devraient en prendre conscience et arrêter la construction de l'EPR, tout comme les recherches du CEA pour d'autres réacteurs atomiques. L'argent de la recherche serait
mieux utilisé ailleurs.