En 2012, la transition sera la clé du changement

Publié le par l'agora de Bretagne

voiture du futur

Par Christophe KERGOSIEN

 

Cela ne fait aucun doute, la question économique sera une nouvelle fois au cœur des débats de la campagne présidentielle. Elle sera bien présente mais dans un contexte très contraint sur le plan budgétaire. La crise est en effet toujours d’actualité avec les risques d’effondrement de la zone euro, une véritable épée de Damoclès qui est tout sauf un gage de confiance. Il va donc falloir dégager des marges de manœuvre, « faire mieux avec moins » comme le répétait hier soir mon ami Denis BAULIER. 

 

En 2010, la France a certes renoué avec une croissance positive de 1,5 point. On revient de loin avec en 2009 à l’échelle des économies dites avancées un repli de l’activité de 3,4 %. Est-ce à dire que les plans de relance initiés par les gouvernements ont été efficaces ? Plus ou moins tant il est évident que c’est avant tout la dynamique de la demande des pays émergents qui a amorti le choc de la crise avant de permettre la relance du commerce mondial. Tout ceci reste donc bien fragile avec une croissance française qui repose principalement sur la consommation des ménages et dans une moindre mesure sur la variation positive des stocks, en aucun cas sur l’investissement qui lui est en berne même si c’est moins pire qu’avant (– 1,2 % en 2010 après – 9 % en 2009). 

 

Les entreprises françaises investissent peu dans l’appareil de production ce qui n’est pas de bon augure. Ainsi, est-il si surprenant que PSA annonce un nouveau plan d’économie qui pourrait se traduire par la suppression de 6 500 emplois, soit l’équivalent d’un site de production comme celui de La Janais à Rennes ? Si on chausse deux secondes les lunettes du chef d’entreprise qui s’inscrit dans un jeu globalisé, on comprend qu’il a tout intérêt à délocaliser son activité au plus près des marchés porteurs, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Amérique Latine. Pourquoi ? Tout simplement parce que le marché européen stagne irrémédiablement. Il est saturé avec un niveau de motorisation très élevé. Passée la période de croissance artificielle créée par la prime à la casse, véritable subvention déguisée, cette réalité économique de la dernière décennie réapparaît brutalement. Ce n’est donc pas sur ce marché, avec des produits chers et peu adaptés à la demande, que les constructeurs historiques européens peuvent tirer leur épingle du jeu de la concurrence auquel cas celui-ci se transformerait en champ de ruines industrielles.

 

Le frémissement économique mondial, tout incertain soit-il, se traduit déjà par un renchérissement du prix des matières premières, marche elle aussi inéluctable qui a connu une accalmie au moment de la crise de 2008 quand l’appareil de production était en panne. En 2010, la demande mondiale de pétrole excède l’offre et les prix explosent à nouveau grevant le budget des ménages dont on vient de constater qu’ils étaient les moteurs de la relance de l’économie française. Cela est vrai pour les prix à la pompe mais aussi pour la majeure partie des produits qui intègrent l’augmentation des coûts de fabrication liés à la facture énergétique des entreprises. L’ère de l’énergie bon marché est terminée comme celle des matières premières et des matériaux bruts de plus en plus rares. Aucune amélioration n’est à attendre de ce côté.

 

L’industrie automobile doit donc s’adapter en développant de nouvelles technologies de propulsions, de nouvelles gammes de modèles. Elle doit intégrer la problématique écologique dans sa réflexion stratégique à long terme, de la conception au recyclage en passant par la production et l’utilisation, avec comme impératif, l’application de la règle des trois « R », les réductions de la taille, de la vitesse et du poids, bref être moins gourmande et plus efficace. 

 

Les besoins en terme de mobilité existent toujours, ils se démultiplient, mais ils ne sont plus les mêmes. Les limites du monde, trop vites oubliées, ressurgissent et il faut faire avec elles. C’est ce nouveau paradigme que les industriels et les entreprises doivent intégrer, même au pays de l’automobile ! 

 

La réussite de cette transition industrielle est l’un des éléments clés des changements à venir, qu’il s’agisse d’adaptation de l’outil comme dans le domaine automobile, ou de création de nouvelles filières comme celle des énergies renouvelables qui, plus que des appels à projets qui entretiennent la concurrence entre les territoires, méritent un plan d’ensemble cohérent à l’échelle nationale. Il n’existe pas de nouvelles filières industrielles sans entorse de l’Etat aux règles de la concurrence. Pour réussir, il faut qu’elles soient massivement aidées et nous sommes bien ici dans le périmètre de la décision politique.

 

Les conditions de la transition économique de la France, tout aussi évidentes qu’elles puissent paraître, restent à inventer. C’est sans doute l’un des enjeux majeurs de la Présidentielle 2012 auquel les candidats auront à répondre : définir les outils et les leviers, qu’ils soient réglementaires, fiscaux, incitatifs, pour accélérer cette transition qui est à ce jour le facteur le plus sûr d’innovation –y compris entrepreneuriale-, de richesse et de création d’emplois. 

 

Le chômage persistant, dit structurel, ou encore la précarité galopante, la mal être au travail, les maladies professionnelles, la culture très libérale du management sont les indicateurs les plus visibles d’une société trahie par l’idée même du progrès adossée au productivisme capitaliste.

Cette notion de progrès n’aura encore un sens que si elle intègre la réalité des limites du monde et qu’elle fasse son deuil du productivisme qui est, au final, tout sauf un vecteur de bien être social.  Sans évolution, le progrès restera cette religion matérialiste d’élite portée par la gauche. Il convient au minimum de redonner du sens à la croissance. Plus qu’une contrainte, l’écologie fait figure ici de bouée de sauvetage pour les valeurs de la gauche. François HOLLANDE sera-il la saisir ? On ne peut que l’espérer quand il écrit sur son site Internet que « le plus grand défi de notre siècle est la transition énergétique de nos sociétés et de notre modèle économique ».


Publié dans MOBILITE

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