Energies Marines : l’Irlande a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

agora-offshore.jpg

 

Pour les pays européens maritimes et tout particulièrement ceux situés sur l’Atlantique, la Manche, la Mer du Nord et la mer d’Irlande, le développement des énergies marines ou offshores représente, au-delà de la pertinence environnementale, un véritable enjeu économique. 

 

De nombreuses expériences sont engagées depuis plusieurs années avec plus ou moins d’envergures et de motivations. Ainsi, les objectifs environnementaux établis par l’Union Européenne agissent positivement à l’échelle des pays qui présentent à leur tour des objectifs et des plans d’action en fonction de leurs spécificités et des efforts à accomplir pour promouvoir des développements tenant compte des données climatiques et énergétiques. Il faut alors faire preuve d’observation, d’ingéniosité et de recherche pour trouver les solutions les plus appropriées aux contextes mais aussi, bien sûr, flécher des fonds publics conséquents, attirer des investissements privés, modifier les lois et réglementations pour autoriser de telles approches qui ne sont pas instantanément rentables.

 

La maturité des technologies passe par leur fiabilité technique et une rentabilité assurée, d’abord atteinte par des tarifs d’achat négociés, ensuite par leur propre rendement quand elles arrivent au niveau des modèles certes éprouvés mais souvent polluants. C’est le cas de l’éolien en mer ou des énergies marines. Si on voit se développer l’éolien en mer (1,5 à 2 fois plus efficace que l’éolien terrestre) dans plusieurs pays, on en connaît aussi les limites. L’Allemagne doit en complément du développement d’unités d’éoliennes offshores centralisées investir massivement dans l’extension de son réseau (4 300 km de lignes THT) pour permettre à l’électricité produite au nord d’être consommée au sud, là où la demande est la plus forte. Le Royaume-Uni est dans le même cas de figure avec une électricité produite offshore en Ecosse qui doit être acheminée vers le bassin londonien où se concentrent la population et l’économie du pays. Dans ce cas, la limite est financière et peut-être transgressée par simple choix politique dans le cadre d’une stratégie industrielle affirmée. L’affaire est encore plus complexe quand des obstacles techniques sont à surmonter. Aujourd’hui, l’éolien en mer est dit posé. Il faut donc fixer au sol les moulins à vent et pour cela trouver des terrains adéquats, dans des profondeurs limitées (moins de 30 m de fond). Les possibilités sont donc rares et le développement de ces machines relativement restreint. Pourtant, les potentiels de production sont particulièrement importants.

 

Aujourd’hui importatrice nette d’électricité, la République d’Irlande peut devenir demain un pays exportateur. A condition qu’elle parvienne à profiter des gisements éoliens de sa façade ouest et qu’elle se donne les moyens de réussir le pari des énergies marines. Le potentiel accessible en matière de vagues représentait l’équivalent de 75 % de la demande totale en électricité du pays en 2006 auquel il convient d’ajouter l’énergie produite par les marées et l’éolien offshore dont les perspectives sont très intéressantes à terme, vers 2020 ou 2030, avec la commercialisation espérée des techniques flottantes. La grande profondeur des eaux à l’ouest de l’île interdit avec les techniques actuelles toute possibilité de profiter de cet avantage naturel. Le pays a donc fait le choix, avec le soutien de sociétés privées, d’investir dans la recherche et les sites d’essai mais en tardant à créer les conditions réglementaires à un développement. Moralité, l’Irlande a beau disposé du plus beau potentiel en énergies marines, elle reste en retrait par rapport au Royaume-Uni qui a su prendre les dispositions nécessaires pour l’attribution des premiers permis d’exploiter des zones marines en Ecosse. La lenteur du processus administratif est ici un frein objectif.

 

L’Irlande doit également faire face à un autre obstacle de taille, la faiblesse de son réseau électrique. Elle va devoir le densifier à l’avenir pour profiter des gisements de l’ouest et véhiculer l’électricité vers l’est de l’île et les zones peuplées. C’est bien aussi pour cette raison que, bien que l’ouest constitue une mine de vent et de courants, il reste un trésor largement inexploité. Les projets se concrétisent majoritairement à l’est. 

 

La volonté politique ne suffit pas pour faire face au poids des investissements que requière un tel système électrique. L’ambition est d’ailleurs ouvertement contestée en Irlande. Le retour sur investissement et la création d’emplois de cette filière font l’objet de vifs débats. Pour autant, malgré les nombreuses difficultés, le gouvernement semble tenir le cap de l’économie verte en espérant profiter à plein de ses avantages naturels. Dans un secteur dont on oublie trop souvent qu’il est très concurrentiel, la capacité d’investissement pourrait faire défaut à l’Irlande à l’heure de concrétiser ses choix. Ce serait alors l’espoir d’une nouvelle filière industrielle qui s’envolerait bien que sa recherche soit à ce jour en avance.   

 

 

Publié dans ENERGIE

Commenter cet article