Front National : gare au retour de flamme !

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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Il est toujours surprenant de lire les commentaires des analystes politiques concernant les succès électoraux du Front National qui parvient même à doubler son score en terre bretonne. Ces derniers sont systématiquement étudiés sous l’angle du vote protestataire, de la colère passagère qui, inévitablement, sera entendue par les candidats encore en lice. Or, au-delà du vote lui-même, les idées lepénistes progressent dans la société et d’ailleurs dans les autres partis politiques, on serait même tenter d’affirmer qu’elles s’enracinent, quitte à faire froid dans le dos. 

 

L’expression de la colère, ou l’explication minimale de ceux qui sont pressés de passer à un autre sujet de conversation sans avoir l’air de sous-estimer le problème posé par le succès électoral de Marine LE PEN, est une raison tout à fait insuffisante qui masque le phénomène d’adhésion qui caractérise le vote FN. La progression de celui-ci est constante depuis les années 80 ce qui n’a rien à voir avec des sautes d’humeur passagères ! Il y a certainement plus de colère à la pesée dans le résultat du Front de Gauche dont on constatera le recul lors des échéances électorales à venir, le tribun MELENCHON n’étant pas reproductible à la manière de la brebis Dolly !

 

Il y a aujourd’hui en Europe une extrême droite grandissante ce qui démontre de manière inquiétante qu’elle a réussi à faire germer ses semences idéologiques. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une exception française, il convient tout de même de constater que le terreau national est particulièrement propice à son émergence. L’Etat est à la France jacobine ce que la colonne vertébrale est à l’être humain, une nécessité. On vient d’assister, au grand dam des fédéralistes -particulièrement discrets pour ne pas dire absents- lors de la campagne présidentielle de 1er tour à un renforcement de cet invariant de la République Française : quand la France va mal, il reste toujours l’Etat garant d’une égalité qu’il n’assume pourtant pas. Mais le mensonge reste tenace, il faut alors le renforcer car la guérison viendra d’en-haut. La mystique révolutionnaire tourne ici à plein régime au-delà de la réalité jusqu’à se confondre avec les fantasmes les plus pures qui emportent même ceux qui en jouent le poing levé en signe de volontarisme politique. On surjoue ou on rejoue le récit national dans une partition anachronique.

 

Les relents nationalistes des candidats auront marqué cette campagne 2012 et ils ont été parfaitement perçus par les observateurs étrangers un tantinet inquiété par ce pays qui se croit toujours le nombril du monde. Cette campagne a conforté la France du non au Traité européen de 2005. La France château-fort, la France Vauban, la France Maginot, peu importe comment on la nomme, du moment que la frontière soit vécue non pas comme une possibilité de dépassement mais bien comme une ligne virtuelle infranchissable à l’intérieur de laquelle la République en déclin va se régénérer et se redresser ! Front contre front, M. MELENCHON s’imaginait déjà faisant barrage au FN. Il a échoué sur ce point. Le nationalisme de droite a encore progressé, celui de gauche à émerger, très clairement, mais on ne sait pas comment il évoluera dans un pays demain très majoritairement à gauche. 

 

Toutes les rênes seront entre les mains du PS et de ses alliés, un inédit historique qui n’a pourtant été précédé d’aucun dessein. Il n’en demeure pas moins que la responsabilité de François HOLLANDE est d’ores et déjà engagée, il n’a pas le droit à l’erreur avec ce « vent mauvais » qui a plus à voir avec le climat des années 30 qu’avec le spleen baudelairien. A 18 % avec un taux de participation qui enjambe les 80 %, le FN est une menace bien réelle. Il serait peut-être temps de répondre à ses « bonnes questions » si tant est qu’elles le soient comme le disait Laurent FABIUS en 1984 si on ne veut pas que ses « mauvaises réponses » deviennent majoritaires dans 5 ans.   

Publié dans POLITIQUE

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