L'écologie et la dialectique par Daniel CUEFF (Conseiller régional délégué à l’écologie urbaine) ... 24/05/2011

Publié le par l'agora de Bretagne

La première année de notre mandat de conseillers régionaux de Bretagne Ecologie a été marquée par la signature du Pacte électrique breton. Celle-ci a soulevé la réprobation des milieux écologistes dits autorisés. Notre collègue Dominique Ramard, délégué à l’énergie, a été mis à rude épreuve ainsi que ceux qui, parmi nous, l'ont soutenu.

Pourtant, la mise en œuvre de ce pacte s'appuyait sur une vision dialectique, c'est-à-dire une vision du mouvement  nécessaire pour avancer vers une société non nucléaire visant à réduire par ailleurs les gaz à effet de serre 

La dialectique se base sur une analyse pointue de la réalité et surtout des points de contradiction favorables au mouvement. Concernant le Pacte électrique :

première réalité. L’augmentation de la consommation d’électricité est un facteur de risques considérable pour la Bretagne sur le plan social comme sur le plan économique. Il ne sera plus possible de fournir de l'électricité aussi abondamment. Le modèle du tout électrique porte donc en lui les conditions même de sa disparition. D'où l'accent mis sur la maîtrise de la demande électrique (MDE) mais qui pose de gros problèmes d'efficience car les individus ont du mal à réduire leur consommation comme le montre le programme territorial vir'volt ( HYPERLINK "http://www.pays-de-saintbrieuc.org/c/214/p/3dd1cb587dc39dcbba3cf30acac619c9/pays-saint-brieuc-energie-operation-maitrise-de-la-demande-en-electricite.html" http://www.pays-de-saintbrieuc.org/c/214/p/3dd1cb587dc39dcbba3cf30acac619c9/pays-saint-brieuc-energie-operation-maitrise-de-la-demande-en-electricite.html). 

deuxième réalité. Le combat politique et les catastrophes nucléaires menacent de plus en plus la logique du tout nucléaire pour aller progressivement vers l'abandon de cette industrie électrique mortifère et économiquement aberrante. Donc les énergies renouvelables (EnR) montent en puissance mais de façon non suffisante, le gouvernement pro- nucléaire freinant un mouvement de fond (contrainte contre l'éolien, moratoire voltaïque, etc.). Le Pacte électrique avec son volet EnR fait sens dans le combat contre le nucléaire en sachant qu'il faudra de nombreuses années encore pour voir les hydroliennes fonctionner.

troisième réalité. La centrale au gaz qui vise à n'être qu'un appoint si les deux premiers piliers fonctionnent, est un passage obligé vers la transition de sobriété de la consommation que nous souhaitons liée à une production équivalente par les EnR. Le gouvernement n'a pas cette position, souhaitant une centrale qui réponde au risque de pics électriques en hiver mais qui satisfasse le toujours plus d'électricité. 

Le rôle du politique est double. D'une part, ne pas oublier l'objectif, en l'occurrence la sobriété électrique et la production équivalente en EnR mais aussi de pousser les contradictions du système dominant qui porte en lui les éléments  de sa disparition.

Il s'agit par conséquent d'une métamorphose.

Le mouvement donc le changement est empêché de deux manières :

quand les productivistes électriques s’arc-boutent sur leur point de vue et tentent toutes les solutions possibles pour ne pas changer de modèle,

quand les idéalistes, essentiels pour porter la contradiction au modèle dominant, campent sur leur position d'un  modèle alternatif sans travailler sur les conditions du changement. 

Ces deux postures sont conservatrices car elles empêchent tout mouvement. Pourtant, le rôle du politique est bien de passer du dire au faire.

L'histoire le dira mais le Pacte électrique breton constituera vraisemblablement une étape importante vers le projet idéal souhaité par les écologistes car il appuie là où cela fait mal, dans les contradictions du système dominant, un système à bout de souffle mais qui n'a pour autant pas fini de résister.

Le Pacte électrique est un excellent exemple de ce qu’est une approche dialectique en politique.

Au final, c'est quoi la dialectique ?

La dialectique est la bête noire de l'extrême gauche qui y voit une compromission avec le capitalisme. L'extrême gauche opte plutôt pour une non gestion du système en prônant la révolution et au final la dictature pour imposer un point de vue, celui des opprimés. L'analyse du capitalisme est souvent pertinente, Karl Marx étant toujours considéré, y compris dans le champ universitaire, comme un auteur majeur pour comprendre la logique du capital. L'écologie a contribué à comprendre en quoi le capitalisme non seulement détruisait l'être humain en tant que travailleur mais aussi la planète, donc à terme l'ensemble de l'Humanité.

La dialectique est combattue à gauche par les gestionnaires qui reprennent volontiers la formule de Marx selon laquelle le capitalisme profite aussi aux travailleurs même si cela se fait de façon très inégalitaire. Il s'agit donc d'améliorer le capitalisme, de l’humaniser. 

La dialectique appartient à un courant qui va rechercher le mouvement du réel vers un idéal constitué. L'enjeu de la dialectique est donc de prendre en compte la réalité dans sa complexité et de poser les bases d'un idéal qui par essence est une critique de la réalité tout en étant consubstantielle à  cette même réalité. Il s'agit d'un mouvement agissant, visant à la métamorphose du réel. La métamorphose prend essence dans le réel et notamment dans les contradictions du système capitaliste.
Le mouvement dialectique cesse quand les conservateurs disent « La réalité est comme cela : on n'y peut rien ». Il cesse aussi quand les dogmatiques assis sur leur position, espèrent que le mouvement se fera par l’injonction, sans agir sur le réel. Cela finit généralement par un enfermement sur soi-même et/ou son expérience personnelle. Ces deux approches ont comme conséquence le maintien en l'état de la réalité voir  l'aggravation de la condition humaine. Répétons le, elles sont par essence conservatrices.

La dialectique est bien entendu combattue par la droite qui la qualifie de manipulation oubliant par là que le mouvement voulu se fait sur la base d'un idéal qui est connu, développé, argumenté, sur le plan politique notamment. La manipulation existe à partir de moment où l'on conduit la société et les citoyens vers des idées non identifiables et donc non débattues de façon transparente.

Je prendrai un second exemple pour illustrer et conclure mon propos, un exemple plus lointain que celui du Pacte électrique mais vraisemblablement fondateur d’une approche dialectique en politique, celui du combat des femmes pour le droit de vote.Louise WEISS ( HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Weiss" http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Weiss) se lance en 1934 dans la lutte pour le droit de vote des femmes faisant le choix d'actions médiatiques. En rupture avec les actions violentes des suffragettes anglaises, elle utilise l'actualité à des fins de propagande féministe et fait preuve d'imagination. Elle convainc ainsi les trois plus grandes aviatrices françaises de participer à un meeting à Bordeaux en faveur du suffrage des femmes. Lors de la finale de la Coupe de France de football, elle lâche des petits ballons rouges auxquels sont attachés des tracts féministes que le vent entraîne jusqu'à la tribune présidentielle. 

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