L’énergie en Ecosse, un bel exemple mais à relativiser

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

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En Bretagne, l’Ecosse est souvent citée dans le domaine énergétique comme étant l’exemple à suivre, comme si ce pays détenait une certaine vérité dans le déploiement des énergies du futur. A y regarder de plus près et en se disciplinant pour faire en sorte que ce regard conserve son objectivité, on constatera tout de même que l’Ecosse est tout sauf un paradis énergétique, qu’elle ne prétend d’ailleurs pas être. Ce n’est en aucun cas un idéalisme béat qui la pousse à investir le champ des énergies renouvelables mais bien un intérêt économique des plus réalistes motivé par de forts potentiels identifiés et des moyens financiers in situ, ceci dans le cadre d’une politique définie à Londres.

 

Les réseaux électriques intelligents constituent en effet un point essentiel de la stratégie énergétique du Royaume-Uni. Celle-ci a été bâtie en fonction des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 30 % d’ici 2020, 80 % d’ici 2050 selon le climat change acte. La décarbonisation de l’économie britannique passe par l’électrification des transports et du chauffage domestique. Les organismes officiels prévoient ainsi une forte augmentation de la production d’électricité pour répondre à la demande, la consommation devant logiquement doublée d’ici 2050. Le développement des énergies renouvelables constitue un axe déterminant avec de forts potentiels marins identifiés notamment en Ecosse où se concentrent le savoir faire des grands groupes pétroliers dans les plate forme offshore (BP, Shell) rejoints par des leaders internationaux comme EDF et des organismes financiers relativement attentifs.

 

Avec l’épuisement des forages en Mer du Nord, la Grande-Bretagne devient de plus en plus dépendante de l’extérieur concernant sa fourniture en énergies fossiles, pétrole et gaz, le pays étant depuis 2004 importateur net de gaz. Elle travaille par conséquent à une alternative du tout électrique qui se construira sur plusieurs dizaines d’années. Aujourd’hui, la production électrique britannique provient à 47 % du gaz, 28 % du charbon, 16 % du nucléaire (19 réacteurs civils) et 7 % des énergies renouvelables. L’Ecosse seule accueille à ce jour sur son territoire, principalement entre Edimbourg et Glasgow soit la partie du pays la plus densément peuplée, deux centrales nucléaires, trois centrales à cycle combiné gaz, trois centrales à charbon et une turbine à gaz à flamme. Le modèle actuel repose essentiellement, à 91 %, sur les combustibles fossiles. 

 

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Si la part des renouvelables va aller croissant avec l’exploitation maximale des gisements marins (éoliennes offshore, énergies des courants, des vagues...) –l’objectif est de 30 %-, le programme nucléaire est également poursuivi. Le chef du gouvernement David CAMERON a autorisé la construction de 10 nouvelles centrales nucléaires. Ce n’est pas pour autant que le gouvernement anglais abandonne les énergies fossiles. Celles-ci demeurent en effet tout à fait essentielles pour assurer une sécurisation des approvisionnements notamment dans les périodes dites de pointe. Cette sécurisation est aussi l’une des conditions du développement du potentiel renouvelable. Le gouvernement s’attache à travailler à des solutions permettant de capturer le CO2 de ses centrales à charbon et il privilégie la construction de centrales à cycle combiné gaz, idéales pour répondre aux pointes de consommation électrique (back up) qui peuvent dans le cas britannique augmenter de 50 % en 2 h.

 

Un autre élément de l’équation est celui des réseaux de transport de l’électricité et particulièrement des besoins en lignes très haute et moyenne tension, entre 275 et 400 kV pour digérer les nouvelles productions. La géographie des sites de production ne correspond que rarement aux lieux de consommation. Ainsi, la problématique des autorités n’est pas tant celle de produire de l’électricité au nord de l’Ecosse, dans le Pentland Firth et autour des îles Orcades que de l’acheminer d’un lieu de production largement inhabité vers les grands centres de consommation situés au sud de l’île, Londres notamment. Les investissements sont également conséquents à ce niveau pour consolider le réseau. Les interconnexions (Super-Grid) avec le continent seront également nécessaires notamment avec la France pour permettre au Royaume-Uni d’atteindre ses objectifs tout en participant à ceux de l’Europe, une lettre d’intention ayant été signée avec la Commission européenne pour la construction d’une ligne haute tension sous-marine permettant le transfert de l’électricité produite par les éoliennes offshore de la Mer du Nord pour un coût estimé de 20 milliards d’euro ! Les interconnexions serviront aussi à palier la chute des moyens de production prévus en 2020 avec la fermeture d’un quart des centrales nucléaires et à charbon, dans l’attente également de la montée en régime des moyens de production de remplacement. 

 

Le chantier est vaste. C’est un véritable défi pour un pays dont la consommation finale brute d’énergie provenant de sources renouvelables n’était que de 1,3 % en 2005. La Commission européenne a poussé le curseur à 15 % en 2020 ! Le réseau électrique intelligent britannique s’appuiera dans un premier temps sur le triptyque suivant : le développement du nucléaire, les centrales à cycle combiné gaz et la séquestration des gaz à effet de serre. Ensuite viendront les énergies renouvelables et le stockage de l’électricité sur lesquelles se concentre la recherche avec une implication importante des groupes privés notamment parce que le système électrique est ouvert à la concurrence mais aussi parce que l’un des enjeux est de baisser au plus vite les coûts dits de génération. Il n’y a pas en tant que tel d’axe privilégient la maîtrise énergétique. Ce n’est pas pour autant qu’il n’existe pas, au minimum sous l’angle de l’efficacité. Avec un accroissement conséquent souhaité de la production et de la consommation électrique, la relation à la consommation va évoluer en fonction de l’offre électrique disponible qui sera beaucoup plus flexible, car plus intermittente mais aussi plus aléatoire. D’où le déploiement des compteurs électriques intelligents. D’où en parallèle de la construction de fermes éoliennes, l’installation de capacités thermiques équivalentes en puissance.

 

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On remarquera sur ce dernier point une certaine ressemblance avec ce qui se profile en Bretagne, puisque la zone de production installée offshore de la baie de Saint-Brieuc sera de 500 MW là où la future centrale à cycle combiné gaz sera de 450 MW. Il existe également des ressemblances entre l’Ecosse et la Bretagne, ces deux régions n’étant aucunement compétentes dans le domaine des énergies la question revenant au pouvoir central. L’énergie échappe au paragraphe 5 du Scotland Act. Les interventions des deux régions sont donc volontaristes et s’intéressent principalement à l’essor des énergies renouvelables éoliennes et marines. Là où il existe une divergence importante, c’est sur la question du nucléaire, les décideurs écossais étant peu soucieux du contenu du mix écossais en complément des renouvelables. La Bretagne rejette au contraire la possibilité d’une implantation d’une centrale nucléaire sur son sol et ambitionne avec le pacte électrique breton de réduire sa dépendance au combustible nucléaire.

 

On constatera également que passer l’affichage des objectifs la question de la maîtrise énergétique est au même stade d’un côté comme de l’autre de la Manche avec au Royaume-Uni une forte inclinaison pour l’efficacité électrique qui ne vise pas forcément la diminution globale de la consommation, bien au contraire. En Bretagne, il s’agit bien d’inverser la tendance haussière de la consommation avec dans un premier temps un objectif réaliste de contrôle de la croissance. 

 

A lire

Le passionnant dossier rédigé par Olivier GLOAGUEN :

 http://www.bulletins-electroniques.com/rapports/smm11_030.htm

 

Ainsi que le dossier réalisé par Joël CONSTANT :

http://www.bulletins-electroniques.com/rapports/smm10_047.htm


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