L’énergie osmotique, une énergie d’avenir pour la Bretagne ?

Publié le par l'agora de Bretagne

 

Par Nicolas KERDRAON

agora-osmotique.jpg

 

En novembre dernier, l’entreprise Norvégienne StarKraft (entreprise publique d’électricité) a inauguré son prototype de centrale osmotique à Tofte, sur les rives d’un des bras du fjord d’Oslo. L’énergie osmotique, Késako ? 

 

Comment ça marche ?

 

Comme le dit le document de la société StarKraft : « L’osmose est le phénomène permettant le transfert d’eau à travers une membrane d’un milieu de basse concentration en substances dissoutes (par exemple le sel) vers un milieu plus concentré ». Pour produire de l’électricité selon ce procédé, il suffit de disposer d’eau douce et d’eau salée au même endroit. Autrement dit, ce type de centrale se place à l’embouchure d’un fleuve ou d’une rivière. 

 

On ne peut pas dire que la Bretagne soit dépourvue de ce type d’environnement. Une centrale d’énergie est constituée de deux réservoirs que l’on remplit d’eau douce prélevée dans la rivière pour l’un et d’eau salée, prélevée dans la mer pour l’autre. Ces deux réservoirs sont séparés par une membrane semi-perméable qui retient le sel mais laisse passer l’eau. Cette membrane, au-delà de l’architecture de la centrale elle-même, représente le principal défi technique dans ce procédé. Le mécanisme est très simple. Il suffit de savoir qu’il existe une différence de pression, de densité entre l’eau douce et l’eau salée. L’eau douce va donc être comme attirée par l’eau salée et va franchir la membrane. Cette eau supplémentaire va induire une augmentation de pression du côté de l’eau salée. Pression qui peut facilement être exploitée pour faire tourner une turbine et produire de l’électricité. 

 

Schéma : Starkraft.

 

 

Une énergie propre ? 

 

A l’évidence, cette énergie est propre puisqu’elle ne produit qu’un seul « déchet » : de l’eau saumâtre. En Bretagne, on dirait « de l’eau ½ sel ». Evidemment, les impacts sur le milieu aquatique des rivières ne serait pas nul mais resterait faible puisque ce type d’installation ne ferait que pomper de l’eau comme le fait une station d’adduction d’eau potable aujourd’hui. La seule pollution serait visuelle et encore, avec un bon architecte…

 

Est-ce rentable ?

 

StarKraft a investi 25 M€ dans le prototype de Tofte. Ce coût n’est pas négligeable mais il s’agit d’un prototype. StarKraft détient le brevet sur les membranes. Si cette énergie se développe, cela pourrait s’avérer particulièrement rentable pour eux. Le jeu en vaut la chandelle de toute façon car l’on sait aujourd’hui que cela marche même si c’est très peu productif. Avec un effort international de recherche sur ces technologies, le potentiel d’amélioration est énorme sachant que l’énergie ainsi libérée au niveau d’un estuaire est équivalente à celle d’une chute d’eau de 120m de haut. 

 

Il n’est pas anodin non plus, en ces période de disette budgétaire, de rappeler ici que le déficit commercial de la France est essentiellement dû à nos achats d’énergies fossiles (48 milliards d’€ d’achat d’énergie pour 51 de déficit commercial). Dans tous les cas de figure, produire de l’énergie à partir de ressource disponible en quantité infinie comme l’eau de mer et ne générant pas de déchet est foncièrement rentable (si on inclut les coûts environnementaux, sociaux, politiques et de dépollution dans la facture des autres sources énergies). 

 

Qu’est-ce qu’on attend ?

 

Le vrai défi consiste à créer des membranes réellement efficaces. Aujourd’hui, le prototype de Tofte permet de générer 1W par m² de membrane. C’est évidemment beaucoup trop peu. StarKraft espère atteindre 5W/m² d’ici 2015. D’après l’électricien norvégien, une usine optimisée devrait atteindre les 25 MW dans quelques années pour une production de 166 GW/an. Cela correspond à l’énergie consommée par 10 000 ménages. Le potentiel mondial est énorme puisqu’il suffirait presque de disposer d’un petit fleuve côtier pour espérer installer une telle usine. 

 

Les décideurs auront-ils le courage et la clairvoyance d’investir dans ce type de projet, ne serait-ce que le centième de ce qu’ils investissent dans l’EPR ou dans ITER ?  Si ce n’est pas le cas, une région comme la Bretagne (entreprises et collectivités) pourrait être moteur tant notre potentiel paraît énorme. La Bretagne s’est d’ailleurs vouée à être pionnière dans le domaine des énergies maritimes.

 

http://www.statkraft.fr/images/Osmotic%202010%20FR_tcm26-11679.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans ENERGIE

Commenter cet article