L’inégalité scolaire, tout un programme pour Sarkozy

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Nicolas KERDRAON

 

 

Jeudi 5 Janvier, à Poitiers, Nicolas SARKOZY présentait ses vœux au monde de l'éducation. Compte tenu de la disparition de 100 000 postes en 5 ans, il eût peut-être été plus honnête de sa part de venir présenter des excuses.

 

En fait de vœux, Nicolas SARKOZY a exposé son projet pour l'éducation. On ne peut évidemment qu'être curieux, au vu du démantèlement de nos services publics engagé par l’actuel locataire de l’Elysée, de savoir comment il compte porter le coup de grâce à notre système éducatif dont les défauts, réels, servent d'arguments à l'UMP pour discréditer l'ensemble du modèle. 

 

Pour Nicolas SARKOZY et l'UMP, le problème porte un nom : les professeurs. Fainéants, incompétents, rigides, idéalistes plutôt que pragmatiques, démotivés et sans fil conducteur éducatif quand ils n'utilisent pas les cours pour faire du prosélytisme de gauchiste ; il n'est pas besoin, selon l'UMP, d'aller chercher plus loin les raisons de l'échec. Pour l’UMP, la solution est tout aussi simple : le marché. La démarche est limpide. On s'attarde sur les échecs (échecs sciemment orchestrés par la droite et dont le Président de la République est très largement comptable) pour mieux en désigner à la vindicte populaire, les soi-disant coupables (les enseignants), et on en profite pour proposer une politique de la terre brûlée. Nicolas SARKOZY semble être venu jeter son gant à la figure des enseignants à quelques mois des élections présidentielles pour lesquelles il ne semble pas compter sur eux.

 

Nicolas SARKOZY résume son projet éducatif par des termes (excellence, justice, unité) qui font écho au slogan de la convention UMP organisée en novembre sur le même thème : autorité, autonomie et mérite. Quiconque veut bien y réfléchir et élaborer une école-fiction sur la base de ces propositions, voit clairement apparaître un autre triptyque : marché de l'éducation, traditionalisme et soumission à l'économie. 

 

La droite ne se cache pas : elle veut donner de l'autonomie aux équipes, recentrées autour du chef d'établissement. Ce dernier évaluerait les profs et les recruterait pour mettre en œuvre son projet d'établissement : il devient littéralement le « manager » de l'école. Avec la suppression de la carte scolaire et les lamentables évaluations du CE1 qui permettent de classer les écoles, nous voyons là poindre une atomisation de notre système éducatif et la concurrence généralisée. Le marché libre et non faussé au secours de nos enfants… C'est bien connu : « l'école n'a pas assez évolué » et « la question n'est pas celle des moyens »

 

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L’actuel Président n'étant pas à une contradiction près, il veut personnaliser l'enseignement mais réduit violemment les moyens. Il dit qu'« un enfant différent doit recevoir un enseignement différent » mais il dénonce aussi les méthodes centrées sur « l'épanouissement de l'enfant ». Il n'hésite pas, lui qui a supprimé 100 000 postes d'enseignant en 5 ans pour satisfaire les agences de notation, à dénoncer « la société actuelle, centrée sur le court terme et le confort du présent, prête à sacrifier l'avenir ». Il veut enfin l'autonomie des écoles mais montre du doigt les enseignants et dénonce le pédagogisme.

 

Arrêtons-nous sur la notion « d'enfant différent ». Qu'est ce qu'un enfant « différent » ? Et différent comment ? Différent de qui ? La différence est, par définition, relative. Un enfant est unique, c'est un fait. Il n’est pas « différent » ou alors il existe un enfant étalon quelque part duquel naîtrait cette différenciation. Non, les enfants de banlieues, de familles monoparentales ou de zones rurales reculées ne sont pas « différents ». Ils ne sont ni attardés, ni handicapés, ni même mal élevés ou mal-aimés. Ils sont juste nés dans un milieu modeste, dont les parents n’ont pas les moyens, la culture ou le temps de leur fournir le nécessaire stimulation intellectuelle et culturelle qui permet à tous les enfants de développer leurs facultés dès les premiers mois de leur vie. Ils n’ont donc pas à être traités « différemment » mais au contraire, ont besoin d’être stimulé par la société dès 2 ans, pour compenser cette différence de stimulation. 

 

La droite préfère trier et différencier. Comment peut se traduire cette différenciation ? Si on en juge par les internats d'excellence, il semble qu’elle ne cherche qu’à extraire les élèves « méritants » des écoles ghettos, dans la grande tradition d'une vision accusatrice de la pauvreté et de l'échec. Pour Nicolas SARKOZY, ceux qui sont pauvres le méritent et les quelques enfants dignes d'intérêt pour l'économie française chez les plus pauvres doivent donc être détectés précocement et mis à l’abri de leurs congénères « normaux ». Au final, pour la droite, un enfant « normal » ou « moyen » au niveau de ses résultats est en fait un cancre à abandonner à son sort. Et puis les « autres » sont à l'école privée. Elle veut par ailleurs supprimer le collège unique. 

 

Cette vision de l'égalité est incohérente et malhonnête puisqu'elle consiste à l'appuyer sur une inégalité (enfant différent) qui serait corrigée par une discrimination (dite positive). Pour la droite, on voit que l'égalité se résume à tenter de « rééquilibrer » les choses à posteriori pour quelques « méritants ». C'est évidemment bien plus commode que de s'attaquer à l’inégalité originelle, celle de la condition que Nicolas SARKOZY n'hésite pas à ranger au rayon des détails en considérant que « l'inégalité la plus choquante n'est pas dans l'écart de richesse mais dans l’écart d'éducation ». Faignant ainsi de ne pas faire le lien et de ne pas voir que les deuxièmes sont consécutives aux premières.

 

Nicolas SARKOZY est enfin transparent sur sa vision de la mission de l'école : elle doit fournir des machines productives et non former des citoyens. Là encore, il n'hésite pas à être dans la contradiction totale en déclarant en introduction que « la mission de l'école est de donner un socle de connaissance, une culture et des valeurs » avant de conclure que « le but d'un diplôme, c'est de donner un emploi », rien de plus. Les valeurs, la culture, la connaissance c’est bon pour le primaire. Au Lycée, les jeunes commencent à voter, il faut donc surtout leur éviter d’être cultivés et ouverts d’esprit.

 

Tout cela est particulièrement effrayant et le plus surprenant reste l’apathie générale devant une telle attaque, annoncée avec le sourire, en donneur de leçon. Il semble que Nicolas SARKOZY soit fermement décidé à aller au bout de son projet de marchandisation de l'école et de mise au pas du monde enseignant ; peut-être est-ce là la vengeance d'un cancre ? (Ah! Princesse de Clèves). François HOLLANDE avait appuyé sa campagne des primaires sur un projet pour la jeunesse et pour l'école. Un approfondissement et une clarification de ce projet serait non seulement salutaire pour sa campagne mais aussi et surtout, pour le pays.

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