L’offre Free, à prendre ou à laisser ?

Publié le par l'agora de Bretagne

Par BONZI

 

agora-I_m_free.png

 

L'annonce des forfaits mobiles de Free, gérée de main de maître par les communicants de Xavier Niel, a fait le buzz cette semaine. Free propose donc un forfait illimité low-cost à 20€ et un forfait dit social à 2€ par mois. Free tente de rééditer le même coup que sur le fixe où son arrivée sur le marché, moquée au départ (Xavier Niel ayant démarré dans le monde des « nuits parisiennes »), avait réellement fait bouger le domaine grâce à des forfaits peu onéreux, tout inclus et s'appuyant sur les désormais fameuses et incontournables « box ».

 

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

 

Les autres opérateurs vont devoir s'aligner ou s'approcher des tarifs de Free sous peine d'assister à une chute importante de leurs parts de marché. Le peuvent-ils ? A l'évidence oui, tant le domaine du mobile est « LA vache à lait » des opérateurs depuis de nombreuses années. Par ailleurs, il est de notoriété publique que les trois opérateurs français actuels s'entendaient très largement dans un pacte de non agression, comme il est de coutume dans un tel oligopole. Les tenants du libre marché et de la concurrence auraient dû depuis longtemps réclamer l'ouverture de ce marché à de nouveaux acteurs. Les opérateurs virtuels (Virgin, La Poste, etc.) ne pesant pas lourds en France. Les consommateurs devraient donc voir globalement leur facture de téléphone mobile baisser et les trois grands voir leurs parts de marché chuter dans des proportions imprévisibles.

 

Que cache cette annonce ?

 

Comme dans le domaine du fixe, Free propose toujours des offres attrayantes mais avec un certain nombre de coûts cachés. Par exemple, l'envoi des cartes SIM sera facturé 10€ ou encore, les clients devront payer un dépôt de garantie de 200€ dans certains cas. Par ailleurs, Free n'est pas connu pour la qualité de son SAV dans le fixe et on ne voit pas pourquoi il en serait autrement sur le mobile même si, dans ce domaine, aucun des trois autres opérateurs ne peut se considérer exempt de reproches.

La qualité de service (débit sur le réseau Free et aussi le débit accordé aux clients Free sur le réseau Orange) étant l'inconnue de l'équation. Si elle est trop mauvaise, Free ne fera pas long feu mais ce type de crainte existait aussi sur le fixe et Free s'en est très bien sorti.

 

Free peut-il gagner de l'argent avec de telles offres ?

 

Ce qui est clair c'est que Free ne gagnera pas d'argent, et peut même en perdre beaucoup sur le forfait à 2€. Les opérateurs se facturent entre eux ce qu'on appelle des terminaisons d'appel (TA). Par exemple, si un client Free appelle un client Orange, cela coûte à Free environ 1,5 c€ par minute. Par ailleurs, si les clients Free utilisent le réseau Orange, selon l'accord passé entre les deux sociétés (Free ne couvre que 30 % du territoire), cela lui coûtera aussi, environ 2c€ par minute. Il faut considérer également dans les coûts l'amortissement des matériels, la hot-line et les coûts d'exploitation. On voit qu'il est très difficile pour Free de gagner quoi que ce soit sur ce type de forfait. Il s'agit donc d'un coup de pub. Sur l'autre forfait, la marge reste raisonnable si Free parvient à maximiser l'utilisation de son réseau et aussi à atteindre rapidement un nombre de clients élevé car à chaque appel, à chaque SMS, envoyé en direction d'un autre opérateur, Free devra payer la terminaison de l'appel.

 

Quelles conséquences pour les Orange, Bouygues et SFR ?

 

Il est clair que ceux-ci vont devoir s'aligner d'une manière ou d'une autre sur les tarifs de Free. Ils en ont a priori la capacité. Le problème est ailleurs. Aujourd'hui on assiste à une progression géométrique des débits « data » sur les réseaux mobiles. La demande en bande passante croît à une telle vitesse que les opérateurs vont devoir investir lourdement dans les réseaux dans les années à venir et anticiper des évolutions comme le déploiement de la 4G (LTE). Or les marges de ces derniers sont déjà mises à mal aujourd'hui par les acteurs « Over The Top » comme Skype, Facebook, Google, Nimbuzz, etc. Les OTT consomment énormément de bande passante et proposent des services « gratuits », concurrents directs de services payant comme la VoIP, proposés par les opérateurs. On voit donc que les opérateurs de réseaux sont à la croisée des chemins : leurs besoins en investissements sont importants alors même que leurs marges sont à la baisse. Une telle équation ne peut être résolue qu'en diminuant les dividendes versés et en diversifiant leurs offres en se concentrant sur leur métier d'opérateur c'est à dire sur les réseaux, les plateformes et sur la relation de confiance qu'ils ont avec les clients et qui leur permet d'être au cœur du processus de facturation et d'accès au réseau.

Publié dans ECONOMIE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article