La compétitivité, une rhétorique bien commode pour les conservateurs !

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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Ce ne sont pas les marchés mondiaux qui définissent ou non la bonne santé d’une économie nationale. Pourtant la compétitivité reste chevillée aux discours politiques, tout particulièrement dans les pays occidentaux. L’idée que les pays, à l’instar des entreprises, seraient engagés dans une compétition sans limites au risque de faire faillite semble ne plus devoir être remise en cause, malgré le brillant éclairage de Paul R. KRUGMAN à la fin des années 90. 

 

Il va pourtant de soi que le bilan comptable qui dresse le bilan de santé d’une entreprise n’a strictement rien à voir avec les outils de la comptabilité nationale. Les conséquences ne sont pas les mêmes. Des entreprises grecques disparaissent chaque jour, la Grèce non ! Aucun pays européen, pour autant qu’une telle situation soit possible, n’aurait d’ailleurs intérêt à ce que cela se passe ainsi car, au bout des bouts, le libre échange serait tout simplement menacé. 

 

Dans la campagne électorale en cours, la cocarde est de sortie avec plus ou moins de vigueur, à gauche comme à droite. M. MONTEBOURG, lors des primaires, avait surfé avec un certain succès sur la démondialisation là où d’autres, Mme LE PEN ou encore M. MELENCHON revendiquaient un protectionnisme national. Ces postures plus ou moins profondes et idéologiques selon les rhéteurs ont fait leur chemin dans cette campagne. Même le centriste François BAYROU invoque le produit français quand Nicolas SARKOZY va défendre en personne les « Lejaby » ! 

 

Qu’est-ce à dire ? Le libre échange et la concurrence des pays du sud menaceraient notre économie et tout particulièrement notre industrie, ils seraient la cause du chômage galopant. Voilà de quoi brosser dans le sens du poil les classes populaires et tous les déclassés de ce pays ! A part cela, cette vision économique dominante, parce que fort commode, constitue un véritable bras d’honneur à la vérité dont on sait avec Michel FOUCAULT qu’elle ne fait pas bon ménage avec la politique. Quelle est-elle ? La modernisation via l’innovation et la nouvelle organisation de l’appareil industriel via le management sont à l’origine de la disparition des deux tiers des emplois de ce secteur ces dix dernières années. La recherche de la meilleure productivité et l’externalisation de certaines activités vers les services constituent par conséquent les principales raisons du recul de l’industrie et de l’emploi industriel dans ce pays. C’est le prix à payer de la modernisation et d’une société qui a fait le choix de développer les hautes technologies synonymes de fortes valeurs ajoutées. 

 

Le seul problème est que la valeur ajoutée se détermine en fonction du rapport capital-travail. Plus ce rapport est élevé, plus la valeur ajoutée est élevée, autrement dit la valeur ajoutée par travailleur est beaucoup plus importante dans le raffinage de produits pétroliers ou dans l’automobile que dans l’électronique. « L’idéologie » de la compétitivité permet ainsi d’escamoter le seul débat qui vaille, celui de la productivité qui a beaucoup plus à voir avec des choix économiques et politiques intérieurs qu’une prétendue menace extérieure, en général lointaine dans l’esprit du quidam. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder les chiffres du commerce extérieur de la France mais aussi ceux de nos voisins pour se rendre à l’évidence que nos échanges sont pratiqués avec des pays aux structures économiques similaires. Selon les Douanes, 71,65 % de nos exportations se font vers ces pays dont 62,7 % vers l’Union Européenne. 60,2 % de nos importations proviennent également de l’UE, seulement 14 % depuis l’Asie !

 

Alors plutôt que de faire croire à une pseudo compétition internationale, notre pays serait bien inspiré d’assumer ses choix économiques ou d’en changer. Il est rassurant de constater que le problème est avant tout intérieur ce qui, en tordant le coup des protectionnismes de toute sorte et plus ou moins nauséabonds, nous laisse entrevoir quelques marges de manœuvre. Malheureusement, la qualité du débat économique de la campagne présidentielle parasité par le recours au fumigène de la compétition mondiale à outrance montre que le choix économique des services et de la finance opéré à la fin des années 60 a encore de beaux jours devant lui.

 

Cedi dit, on a tout de même entendu reparler d’industrie ce qui n’est pas de mauvais goût quand on prétend développer une économie verte. Ce sont des choix politiques internes qui pourraient être mieux assumés à l’échelle européenne, par exemple dans le domaine des énergies renouvelables, pour lesquelles une coopération serait la bienvenue compte tenu du poids qu’elles doivent normalement tenir dans le futur mix électrique. Les croissances ne s’annulent pas, elles se partagent, plus qu’on ne l’imagine !      

Publié dans ECONOMIE

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