La construction d’un partenariat à gauche est l’élément clé de la Présidentielle 2012 Il ne suffit pas de chasser Sarkozy, la gauche doit dire ce qu’elle fera Par Christophe KERGOSIEN

Publié le par l'agora de Bretagne

La construction d’un partenariat à gauche est l’élément clé de la Présidentielle 2012

Il ne suffit pas de chasser Sarkozy, la gauche doit dire ce qu’elle fera.

Par Christophe KERGOSIEN


La donne présidentielle se précise à gauche. Il est probable qu’il y aura au moins cinq candidats : Philippe Poutou pour le NPA,  Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière, Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche, Eva Joly pour Europe Ecologie Les Verts et le candidat du Parti Socialiste qui sera désigné lors des primaires des 9 et 16 octobre. 

A droite, Nicolas Sarkozy demandera à nouveau la confiance des Français au nom de l’UMP, Jean-Louis Borloo représentera l’Alliance, François Bayrou le MODEM, Dominique de Villepin République Solidaire, Nicolas Dupont-Aignan Debout la République, Marine Le Pen le Front National.

Si tous ces candidats parviennent à obtenir les signatures nécessaires à la validation de leur candidature, nous aurons onze options de vote, cinq à gauche, six à droite. 
La droite semble donc ainsi plus divisée signe que le sarkozysme est loin d’être triomphant. Est-ce à dire que cette situation favorise la gauche ?

Un coup dans le rétroviseur

En 2007, il y a douze candidats dont sept à gauche. Nicolas Sarkozy (53,06 %) l’emporte aisément face à Ségolène Royal (46,94 %). François Bayrou joue les troubles fêtes (18,57 % au 1er tour). La gauche est plus éparpillée, elle perd.
En 2002, année record, on comptabilise seize candidats répartis équitablement entre la gauche et la droite. Jacques Chirac l’emporte (82,21 %) dans les conditions que l’on sait face à Jean-Marie Le Pen (17,79 %), Lionel Jospin échouant dès le 1er tour à 16,18 %. Malgré une répartition identique des candidats, la gauche n’est pas présente au second tour, ce qui est une « première » historique. 
En 1995, neuf candidats sont en lice dont quatre à gauche. Jacques Chirac gagne avec 52,64 % des suffrages devant Lionel Jospin (47,36 %), Edouard Balladur terminant 3ème du 1er tour avec 18,58 %. La gauche est moins éparpillée, elle perd.
En 1988, sur les neuf candidats, six se situent à gauche. François Mitterrand retrouve aisément son siège de président avec 54,02 % face à Jacques Chirac (45,98 %). Le troisième homme est cette année là Raymond Barre (16,54 % au 1er tour). La gauche est plus éparpillée, elle gagne.
En 1981, dix candidats se présentent dont six à gauche. On se souvient de la victoire historique de François Mitterrand (51,76%), l’échec de Valéry Giscard d’Estaing (48,24 %). Jacques Chirac réalise 18 % et Georges Marchais pour le PCF pèse encore 15,35 %. La gauche est plus éparpillée, elle gagne.

Bref, inutile de remonter plus loin pour comprendre que la victoire finale ne se joue pas en fonction du nombre de candidats. D’ailleurs en 1974, l’Union de la Gauche autour de François Mitterrand échoue, dans un mouchoir de poche mais elle est échoue. Ce n’est pas tant la multiplication des candidatures qui pose problème que les atermoiements, les divisions idéologiques des partis et l’absence d’un leader. Cela est vrai pour la droite dans les années 80 jusqu’au milieu des années 90 à la recherche d’un discours cohérent et de la meilleure personne pour le porter. Ce sera Jacques Chirac et le courant gaulliste qui l’emporteront sur les libéraux et le centre avant de céder la place aux troupes libérales atlantistes de Nicolas Sarkozy. 

Depuis le règne de François Mitterrand, force est de constater que la gauche n’a pas su trouver son second souffle. Usée par le pouvoir, elle et tout particulièrement le Parti Socialiste a peiné à renouveler son fonds idéologique (le fameux débat sur l’héritage marxiste ou bien la reconnaissance de l’évolution sociale démocrate) et dénicher le leader incontesté. Lionel Jospin a fait illusion entre 1997 et 2002 et à l’arrivée, c’est l’ensemble de la gauche qui a subi le traumatisme du 21 avril. 

La défaite, c’est avant tout l’absence d’un projet crédible incarné par un candidat

Placer cette défaite sous le signe de la division est une réalité mais pas celle du nombre. C’est avant tout parce que la gauche n’a plus de boussole qu’elle se perd et ne parvient pas à convaincre l’électorat, en particulier son électorat traditionnel qui constate, avec un sentiment d’abandon, la fracture culturelle qui le sépare des élites sensées historiquement le défendre. Les classes populaires sont ainsi déconnectées des partis ouvriers, du Parti Communiste Français puis du Parti Socialiste. Ce sont ensuite les classes moyennes qui s’interrogent sur leur avenir, les mieux à même de les protéger et de les faire évoluer dans un monde d’une mobilité parfois implacable qui fait fi de la solidarité. 

C’est aussi l’incapacité à s’emparer de sujets qui font société comme celui de l’écologie. Elle dérange à gauche dans le sens où elle remet en cause certains fondamentaux hérités du XIXème siècle et qui fonctionnent à plein dans une période de forte croissance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et l’acceptation de la finitude du monde réinterroge fatalement la notion de progrès telle qu’elle était perçue et proposée jusqu’ici. Le modèle avec ses valeurs, ses principes, ses outils est à revoir. 

Pour ce faire, la gauche élargie au centre a besoin de la réflexion de l’ensemble de ses composantes. Les empêcheurs de tourner en rond sont les bienvenus. Il ne s’agit pas simplement de se mettre d’accord sur des valeurs mais d’écrire un scénario crédible, qui fasse sens, autorise l’espoir en un changement. La gauche n’a d’autre choix que de revisiter profondément son corpus de pensées car la pensée en marche, c’est-à-dire l’évitement du dogmatisme imbécile, est le meilleur moyen de retrouver la confiance des citoyens.

Que se passera-t-il en 2012 ? La gauche n’a pas encore de leader incontesté capable de drainer des voix au-delà du périmètre socio-historique acquis, personne au Parti Socialiste ne ressort du lot même si Martine Aubry et François Hollande se détachent. Le projet existe mais il est encore largement incomplet. Surtout les autres partis se situent en opposition d’un PS qu’ils ne cessent de décrier, avec plus ou moins de vigueur. Un PS qui en retour ne parvient pas à ouvrir la porte de l’échange sur le projet et donc le programme.

Rétablir la justice sociale

Il ne reste pas beaucoup de temps à la gauche pour comprendre qu’elle peut certes présenter des candidats au 1er tour pour défendre l’originalité de ses composantes mais qu’elle doit aussi et surtout préparer le second tour sur la base d’un partenariat, d’un véritable contrat de gouvernement qui s’appuie sur un programme partagé, convergent. Et ce bien avant le premier tour, dès que la fumée s’échappera de la cheminée de la rue Solférino ! C’est ce message qui doit être envoyé aux Français, la gauche n’a pas le droit de ne pas se donner les moyens de gagner en 2012. Elle doit fonder ce rassemblement sur la base d’une profonde réforme fiscale et ainsi rétablir la justice sociale sans laquelle aucune autre réforme ne sera comprise et admise dans un société parcellisée, éclatée en îlots sans possibilité de contacts outre la violence, qu’elle soit symbolique ou réelle.

Le danger Le Pen n’est pas avant tout le résultat de candidatures multiples, pour un peu que l’on reste dans une équation raisonnable, mais bien de l’absence d’espoir en un changement possible, celui que doit pourtant incarner le candidat d’une Gauche élargie au centre, un changement qui ne s’oppose pas aux individus mais qui les invitent à s’assumer pleinement, y compris dans la collectivité. Mais c’est d’abord à la gauche de démontrer qu’elle est capable de dépasser ses clivages traditionnels pour se retrouver dans une démarche dynamique. Partons de l’objectif, la victoire en 2012 et remontons la pelote pour déterminer le meilleur chemin pour y parvenir. Sans oublier que pour avancer, il faut créer l’étincelle.

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