La tentation du repli national fait le lit du FN

Publié le par l'agora de Bretagne

 

 

Par Christophe KERGOSIEN

 

 

agora lit-bleu blanc rouge-chambre-enfant  En période de crise, la tentation du repli national ne fait que s’exacerber. Les visages de ce repli sont nombreux avec des motivations divergentes qui puisent leurs racines et leurs sens dans l’Histoire. Le nationalisme pensé par Maurice BARRES inspire toujours. Le Front National a ainsi depuis longtemps fait de l’identité nationale l’alpha et l’oméga de son idéologie, une identité qui se confond avec les frontières de la patrie et dont l’unité n’existe que par l’exclusion de l’Autre, dans un discours ouvertement xénophobe. La proposition de l’héritière Marine LE PEN de quitter la zone Euro pour se réfugier à l’abri de la France, tout en promouvant le travail social national, n’a pour le coup rien de surprenant. Elle accapare une bonne partie du vote populaire qui, après 30 ans de désindustrialisation et l’absence d’espoir à gauche, s’exprime dans la rancœur et la nostalgie d’un passé certes besogneux mais socialement reconnaissant.

 

On ne peut affirmer bien sûr que l’UMP suit cette pente nationale protectionniste mais on s’inquiètera quand même des dérives de la droite populaire et de M. GUEANT, ministre de l’Intérieur, dont les propos sur les étrangers et l’immigration, déclinés en objectifs et en actions, caressent dangereusement dans le sens du poil l’approche identitaire scandée par l’extrême droite. A l’heure des tours de chauffe de la campagne présidentielle, le climat est nauséabond, les sondages beaucoup trop favorables à Mme LE PEN.

 

Le repli national mâtiné de peurs savamment entretenues n’est malheureusement pas l’apanage de la droite. Les positionnements plus nationalistes que souverainistes affirmés depuis belles lurettes par Jean-Pierre CHEVENEMENT trouvent aujourd’hui un écho favorable au sein du Parti Socialiste. Le concept flou et à géométrie variable de la démondialisation défendue par Arnaud MONTEBOURG surfe bien sur cette idée que les frontières peuvent économiquement protégées les travailleurs français. Et il ne se cantonne pas à une approche économique, son protectionnisme embrasse la chose politique ce qui est autrement plus problématique dans un contexte où le navire européen tangue fortement Peut-on dès lors se satisfaire de classer ses récents propos germanophobes au rang des dérapages ? Ne faut-il pas plutôt les interpréter pour ce qu’ils sont, le révélateur qu’une partie de la gauche française renoue avec le protectionnisme politique qui avait marqué les débuts de la IIIème République, du temps de la première mondialisation.

 

Bien entendu, cette gauche souveraino-nationaliste, inquiète du monde, guère enthousiaste sur le fait européen comme sur le fait régional d’ailleurs, tentée par le repli à l’intérieur des frontières d’un Etat tout puissant, rassurant et même supérieur, est loin de suivre les pas xénophobes et antisémites d’un M. CHAUVIN. Mais il y a toujours au coeur de sa raison l’idée de la force maîtrisée pour mieux rayonner, et une défiance calculée vis-à-vis de l’extérieur qui nourrissent des analyses inquiétantes sur la société française et son rapport au monde. Il est tout aussi éclairant de constater les points de connexions croissants entre une certaine gauche radicale et l’extrême droite, au nom de la lutte contre l’obscurantisme, le fanatisme et le communautarisme.  

 

M. MONTEBOURG est certes, et fort heureusement, loin de représenter la majorité du Parti Socialiste mais il a quand même réalisé sur la thématique de la démondialisation un score de 17 % à la primaire citoyenne, preuve que les électeurs de gauche, à commencer par les écologistes, ne sont pas insensibles à cette rhétorique. En fallait-il plus pour faire le bonheur de M. MELENCHON ? Toujours prompt à déclarer sa flamme à la patrie, il s’est empressé d’adresser un message intéressé aux électeurs de M. MONTEBOURG, les invitant à voter pour l’original plutôt que la copie, ainsi ils ne seraient pas déçus. Léon BLUM qui honnissait l’idée incongrue du socialisme national et les dangers qu’elle porte en germes doit se retourner dans sa tombe !

 

Dans ce registre du national protectionnisme affirmé ou sous-jacent, et bien qu’ils restent marginaux et éparses dans leur expression, il ne faudrait pas oublier les décroissants qui se caractérisent par leur antiéconomisme et leur désir de renouer avec l’état stationnaire pré révolutionnaire. 

 

La volonté commune de Nicolas SARKOZY et d’Angéla MERCKEL de proposer dans les mois qui viennent une révision des traités européens –pourtant nécessaire- dans le même tempo que l’élection présidentielle française ne peut qu’amplifier cette inquiétante dérive politique et, si l’on ose dire, accélérer la « lepénisation » de la conscience politique des Français. Car au fond, avec de telles évolutions dans le débat public, c’est bien la gangrène fasciste si ce n’est l’émergence d’un néo totalitarisme qui progresse dans une société traversée par une profonde crise démocratique.

 

L’égalité, qui est la valeur socle du vivre ensemble et qui est en mal de contenu comme nous le rappelait récemment Pierre ROSANVALLON, ne doit pas se construire sur des valeurs négatives, par rejet ou exclusion, avec une identité mythique comme seul point d’accroche. Cette certitude synonyme d’espoir doit rester celle de la gauche et des démocrates car sinon, à défaut d’utopie révolutionnaire, quel projet seront-ils en mesure de construire et de proposer aux citoyens ?

 

Le repli national comme la fuite en avant du libéralisme conservateur, qui parfois s’épousent, ne forgent pas un avenir serein pour nos sociétés occidentales en transition dans un monde en plein développement. Succomber à ce qui s’apparenterait à une facilité électorale fatale serait impardonnable car elle ferait le lit des extrêmes. N’oublions pas qu’en 2007 Nicolas SARKOZY a joué cyniquement et avec succès de cet instrument. Il n’est pas certain que l’électorat FN se fasse piéger une seconde fois.    

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