Le « maître chanteur » Europe Ecologie arrivera-t-il à ses fins avec le PS ? ... Par Christophe KERGOSIEN

Publié le par l'agora de Bretagne

L’alternance mérite mieux qu’un accord de façade

 

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« L’ambition du projet ne doit pas être indexée sur le pourcentage de Eva Joly au 1er tour des présidentielles sinon on continuera à avoir un cheval du productivisme pour une alouette de transition écologique pour aucune cohérence globale du projet ». Ces mots ont été prononcés par Dominique VOYNET, à Saint-Ciers-sur-Gironde lors des rencontres du Pôle écolo du PS dont elle était le grand témoin.

 

Mme VOYNET s’exprimait en toute liberté sur les négociations en cours entre les écologistes et le Parti Socialiste, plus largement entre les formations de gauche prêtes à gouverner ensemble. Fort de l’expérience de la gauche plurielle de 1997, elle invitait les différents partenaires à construire ensemble un projet. C’est en effet cette construction collective qui s’impose pour crédibiliser le discours du changement porté par la gauche et les écologistes. A contrario, si les accords bilatéraux permettent de satisfaire les partenaires des socialistes sur un certain nombre de revendications, ils interdisent toute cohérence au projet de gouvernement. Par conséquent, la dynamique du changement est d’entrée grippée.

Ainsi, Dominique VOYNET s’interroge ouvertement sur la stratégie de négociation de son parti : « Si nous affirmons comme une menace presque comme un chantage qu’il ne saurait y avoir de participation d’écologistes à un gouvernement sans loi de sortie du nucléaire alors nous donnons l’impression que c’est le PS et lui seul qui est l’arbitre de ce qui convient pour l’avenir du pays et pour l’avenir de la gauche, que c’est sur ce parti seul que pèse la responsabilité de gagner et de conduire le changement ». C’est pourtant bien le choix fait par la candidate Eva JOLY quand elle affirme lors des journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts qu’il n’y aura pas d’accord avec le PS sans sortie du nucléaire. Le risque est ici de cristalliser le débat sur cette question et de renvoyer au second rang d’autres préoccupations pourtant essentielles pour incarner un véritable changement de société. Il en va de même pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Agir de la sorte revient à fonctionner comme un groupe de pression ce que font déjà très bien Greenpeace, FNE ou WWF, en aucun cas comme un parti politique qui aspire à gouverner.

Cette posture limite considérablement l’échange alors qu’il s’agit bien de construire un projet cohérent de transition démocratique, sociale, économique et écologique. Comment par exemple s’inscrire dans une logique de production décentralisée d’énergie si l’Etat français demeure à ce point centralisé ? Pour changer de paradigme énergétique, la question des réformes institutionnelles et fiscales est tout aussi essentielle que l’inscription de la sortie du nucléaire dans un accord qui au-delà de la symbolique des mots ne dit à ce jour rien sur les objectifs et la manière d’y parvenir. Quid des conséquences de la raréfaction du pétrole ? La problématique est encore plus complexe car finalement c’est elle qui réinterrogera notre façon de produire, notre économie. A ce jour, à un peu plus de six mois du premier tour de la Présidentielle, on en parle peu ou pas du tout, la sortie du nucléaire accapare le débat entre socialistes et écologistes sans que le mode d’emploi soit à l’ordre du jour.

Discuter de la perspective d’une société sans pétrole est pourtant le bon angle pour réinterroger la pertinence du projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes qui, plus qu’un totem pour écologistes, représente le symptôme d’une société qui est persuadée qu’elle doit changer mais qui au fond n’y parvient pas. Les écologistes ont ici une responsabilité historique, être les artisans du changement de modèle dont ils possèdent en partie les clés. Pour cela, il faut construire avec le PS et la gauche une véritable ambition et définir ce que Dominique VOYNET appelle « la boîte à outils », à savoir les conditions réelles du changement.

Participer aux primaires citoyennes du PS aurait eu le mérite de mettre tous les sujets sur la table des débats et d’aller au bout de la logique d’alliance. Europe Ecologie comme le Front de gauche a préféré organiser son propre espace politique parce que, pour exister, il fallait coûte que coûte présenter un candidat à la Présidentielle. Rapport de force quand tu nous tiens ! Cette chance passée, il faudra maintenant négocier au lendemain du 16 octobre avec le candidat socialiste issu des urnes. Celui-ci ou celle-ci n’aura peut-être pas tout à fait la même approche qu’une Première secrétaire du PS, surtout si les primaires sont un succès populaire. Il n’est pas certain qu’il entende la musique du chantage écologiste de la même oreille. La pression du chantage risque alors de se retourner vers son initiateur, Europe Ecologie et condamnée Eva JOLY à faire un très bon score pour influer sur les choix du présidentiable socialiste, ce que raisonnablement ne souhaite pas Dominique VOYNET. Il ne resterait plus dans ce cas qu’à compter sur les convictions du futur Président de la République pour que la transition écologique constitue l’élément de cohérence de la gauche au gouvernement.

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