Le Parti Communiste Français s'efface derrière le Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon prend les clés de la Présidentielle

Publié le par l'agora de Bretagne

Le Parti Communiste Français s'efface derrière le Front de Gauche
Jean-Luc Mélenchon prend les clés de la Présidentielle


Vitré, le 19 juin 2011
Par Pierrick MORIN

On le savait en pole position depuis que le Conseil national du Parti Communiste Français l'avait intronisé candidat à la Présidentielle. Il lui fallait tout de même attendre que le choix de la direction soit confirmé par les militants communistes. Ce qu'ils viennent de faire. Leur choix s'est porté à 60 % sur le candidat du Parti de Gauche. Le candidat "maison", l'Auvergnat André Chassaigne n'a pas résisté à la vague "mélenchoniste".

Le PCF demeure décidément un parti discipliné. On peut imaginer que l'ex socialiste Jean-Luc Mélenchon, proche de Julien Dray quand ils animaient ensemble le courant dit de la gauche archaïque, sentait souffler le vent de la victoire. Ces derniers temps, le discours populiste et anti-système qu'il véhiculait s'était apaisé, preuve sans doute qu'il estimait acquis les suffrages communistes, sans lesquels sa candidature perdait de sa légitimité. Il a su surtout incarné la stratégie du Front de Gauche qui bouscule en interne le Parti Communiste Français. 

Le Front de Gauche est un mouvement hybride avec d'un côté, un PCF aux militants encore nombreux mais qui ne parvient pas à trouver un second souffle depuis la chute du Mur de Berlin, de l'autre le jeune Parti de Gauche regroupant des personnages décidés autour de la solution Mélenchon. Il y a aussi, ne l'oublions pas, la plus confidentielle Gauche Unitaire. 

L'objectif avoué de ce trio ? Imiter la démarche entreprise en Allemagne par Oskar Lafontaine, ex-leader du SPD. La création en 2007 de Die Linke (La Gauche comme si il n'y en avait qu'une !) a perturbé l'équilibre traditionnel de la répartition des forces de la gauche allemande. Die Linke prend le contrepied de la sociale démocratie et revient vers un discours plus marxisant, antilibéral. Ce parti s'appuie sur des transfuges du SPD et les militants du Linkspartei, l'ex Parti Communiste de RDA. Bien que jeune, ses scores électoraux sont en progression notamment aux élections fédérales de septembre 2009. Cette progession tend à démontrer qu'il existe un espace politique à occuper sur la gauche du SPD qui, lui, décline.

Est-ce le cas en France ? Il est très clair que le soldat de la République Mélenchon tente d'exploiter au maximum la brèche qui s'est ouverte lors du vote sur le référendum européen de 2005. La victoire des défenseurs du non a prouvé à ces derniers que l'occasion était venue de créer une nouvelle force politique. Mais le rassemblement des forces de gauche antilibérales a accouché dans la douleur avec de nombreuses pertes, comme le Nouveau Parti Anticapitaliste de Olivier Besançennot. La présidentielle 2007 a cristallisé les divergences car au-delà du "non" se posait la question des valeurs partagées et du leadership. L'Histoire étant ce qu'elle est, difficile de réunir dans la durée Troskystes et Communistes !

Le Front de Gauche est donc un rassemblement partiel qui s'appuie sur un PCF moribond mais avec de jeunes militants plutôt en phase avec la radicalisation proposée du discours. Avec cette candidature Mélenchon, le PCF s'efface derrière le Front de Gauche et admet d'une certaine façon qu'il est temps pour lui de disparaître même si bien entendu tous les militants sont loin d'être en phase avec ce choix stratégique.

Reste désormais à savoir quelle sera la ligne tenue par le candidat Mélenchon crédité de 6% dans les sondages d'opinion. Réussira-t-il à se débarrasser de ses oripeaux populistes ? Le voudra-t-il ? Rien n'est certain tant sa passion du verbe le conduit aux discours enflammés. Des dérapages lors de la campagne ne sont donc pas interdits. Mais il faudra aussi, outre le fait qu'il réussisse un bon score pour légitimer dans le temps le Front de Gauche et son leadership, qu'il ménage la monture de la gauche en vue du rassemblement du second tour. En espérant que la gauche soit en mesure de concourir dans la dernière ligne droite. C'est tout le danger d'une candidature Mélenchon aux accents démagogiques entendus et pleinement assumés car il n'est pas assuré de récolter le fruit des graines populistes qu'il a semé. Le Front National a déjà prouvé qu'il savait attirer à lui un électorat populaire en rupture culturel avec une gauche moderne, post marxisante et libérale. Quoi qu'il en soit, il faudra désormais composer avec Jean-Luc Mélenchon. Bon gré, mal gré. 

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