Les atomes crochus de la filière nucléaire et du centralisme jacobin ... Par Christophe KERGOSIEN

Publié le par l'agora de Bretagne

L’avenir énergétique passe par les territoires d’une République régionalisée

 

La France est un pays centralisé. Elle est aussi celui où l’idée de progrès se perpétue dans une croyance technologique assez exclusive et illimitée qui se matérialise par l’existence d’une technostructure elle-même pyramidale. L’accointance hiérarchique des organisations politiques, administratives, scientifiques et industrielles a des incidences sur l’approche des systèmes comme réponses à des enjeux à l’instar de ceux de l’énergie. Ce n’est pas un hasard si la France est le seul pays au monde à avoir développé à ce niveau la filière électronucléaire, jusqu’à exploser son seuil de rentabilité que des spécialistes comme Bernard LAPONCHE estime à 50 % de la production d’électricité ( HYPERLINK "http://www.senat.fr/notice-rapport/2006/r06-357-1-notice.html" http://www.senat.fr/notice-rapport/2006/r06-357-1-notice.html). Nous en sommes aujourd’hui à 75 % !


Un tel projet était tout à fait à même de flatter le génie national et la sphère technicienne qui compose l’élite de notre pays. Par conséquent, aborder la question nucléaire sous le seul angle de la substitution n’est pas en soi satisfaisant. Il s’agit aussi de réinterroger la notion de centralisation qui influe toujours sur les décisions stratégiques de notre pays. A l’heure des réseaux, nous demeurons enfermés dans la logique « top down », les décisions viennent toujours d’en haut. Or, cette réflexion est tout à fait essentielle pour passer d’un modèle énergétique centralisé de production de masse à un modèle énergétique décentralisé et interconnecté de production adapté aux usages et aux disponibilités locales de la ressource. Oserait-on dire régionalisé ?!

Comment passer d’un système productiviste basé sur l’offre à un système basé sur la demande ? Ainsi posée, la réflexion devient ouverte, elle élargit considérablement le spectre des acteurs potentiels de l’énergie. L’idée même de « décentralisation-déconcentration-régionalisation » passe inévitablement par une réappropriation locale de la problématique. Les sources de production énergétique et leurs potentiels ne sont pas les mêmes en Alsace où par exemple les possibilités géothermiques sont importantes et en Bretagne qui dispose elle d’un gisement d’énergies marines tout à fait considérable. De la même façon, les conditions climatiques (ici l’ensoleillement) ne permettent à la Bretagne d’espérer les rendements de la Provence Côte d’Azur pour le photovoltaïque. Cela signifie une prise en compte de la réalité des territoires dans l’élaboration d’une réglementation énergétique nationale. Il n’est pas non plus envisageable de s’enfermer dans une règle rigide concernant l’enjeu essentiel de la réhabilitation thermique et électrique du bâti. Au niveau de la conception de l’habitat, l’humidité est à la Bretagne ce que la chaleur est à la Provence, une réalité climatique qui appelle une résolution technique et l’emploi de matériaux spécifiques.

Les territoires ont ici des réponses tout à fait originales à apporter. Et elles sont un facteur de dynamisme, de la vie démocratique, de l’économie locale, de l’emploi, de la santé, du social, etc. Encore faut-il leur en donner les moyens ! Il faut bien en avoir conscience, l’ombre de la filière nucléaire centralisée empêche aussi à cette puissance créatrice de rayonner. Dans le domaine de l’énergie comme dans bien d’autres, l’avenir de notre pays passe par les territoires qui sont par excellence des lieux de richesses vecteurs d’innovations et de développement. « Et si le Progrès, durant le 21ème siècle  se mesurait à la capacité de nos sociétés à se réconcilier avec les contraintes et les opportunités de leur environnement ? Et si ce siècle était celui de la « revanche des territoires » ?, écrivait très justement Gérard MAGNIN, délégué général d’Energy Cities  HYPERLINK "http://energy-cities.eu/-Articles-" http://energy-cities.eu/-Articles-. Et si la régionalisation de la République était l’un des enjeux majeurs de la prochaine campagne présidentielle ?

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