n° 29 : les sondages de l'Elysée

Publié le par l'agora de Bretagne

La chronique de Nicolas KERDRAON

 

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre ou se faire peur c'est selon, l'Agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de la période Sarkozyste. L'Agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !  

 

En ce 29 mars 2012, N°29 : les sondages de l'Elysée

 

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Une fois encore c'est au Canard Enchaîné (25/11/2009) que l'on doit l'information. L'Elysée s'offrait des sondages pour plusieurs millions d'euros, évidemment aux frais du contribuable, les amis d'Opinion Way, Pierre Giacommetti et Patrick Buisson étant très avantageusement intéressés à l'affaire.

La Cour des comptes met le nez dans l'affaire et confirme en novembre 2010 et ajoute même que, pris la main dans le sac en 2009, l'Elysée s'est évertué à faire peser sur le budget de Matignon (sous l'intitulé Service d'Information du Gouvernement, SIG) les désormais fameux sondages des années suivantes : « Si le budget « sondages » de l'Elysée a nettement diminué depuis 2008 - passé de 3,28 millions en 2008 à 1,3 million prévu pour fin 2010 - celui du SIG est en constante augmentation - de 3 millions d'euros en 2008 à 3,9 millions engagés pour 2010 et 4,3 millions demandés pour l'an prochain. « Le SIG a beaucoup plus servi à faire connaître à l'exécutif l'état de l'opinion des Français sur la politique menée par leurs dirigeants qu'à communiquer auprès des Français sur l'action du gouvernement ».

 

Rebelote. L’Elysée tente à nouveau de mettre la poussière sous le tapie en 2010, en maintenant stable le budget SIG mais en augmentant fortement les budgets sondages des ministères. On doit à nouveau l'info au “Canard”: En 2010, "les crédits sondages de l'Agriculture vont augmenter de 39%, ceux de l'Education nationale de 60%. Le ministère du Travail a fait encore mieux : le budget com' destiné aux "affaires sanitaires et sociales", qui avait perdu 1,24 million en 2009 au profit du SIG, regagne 1,26 million pour 2010. Et le Quai d'Orsay réalise une performance similaire". 

 

Le 10 novembre 2009, contre l'avis du ministère de la Justice et, évidemment du Château, le Président de l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer accepte la demande d'une commission d'enquête parlementaire formulée par les députés de l'opposition. Les socialistes pointent notamment la marge bénéficiaire réalisée par les cabinets privées et le fait que ces sondages soient en parallèle parus dans les médias. Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux au moment de l'affaire, refusait la création d'une telle commission au nom de la séparation des pouvoirs, au même titre que Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée: « Si l'Assemblée Nationale contrôle l'action du chef de l'Etat, on change de régime ». Est-ce une proposition ?

 

Finalement, la séparation des pouvoirs dans notre pays étant tout à fait relative et nous en reparlerons ici même, la commission d'enquête parlementaire était finalement rejetée par ce même Bernard Accoyer qui l'avait accepté quelques jours plus tôt. La Commission des lois et le bureau exécutif de l'Assemblée, tous deux à majorité UMP, ayant jugé la demande irrecevable et inconstitutionnelle.

 

Claude Guéant nous a bien expliqué que la publication dans l'organe de presse officiel de l'UMP (NDLR Le Figaro), des résultats des sondages commandés par l'Elysée, très peu orientés dans les questions, réalisés dans des conditions discutables sur Internet et laissant tous à penser que l'action du gouvernement était systématiquement soutenu par la population, n'était qu'une coïncidence. 

 

L'opposition et le Modem ayant dénoncé ces sondages comme instruments de manipulation de l'opinion, OpinionWay étant, à leurs yeux, subventionné pour fournir aux médias des enquêtes aux méthodes… discutables. 

 

Après tout, 53% des français ont voté pour Nicolas Sarkozy en 2007. Il est normal de les rassurer sur le bien fondé de leur choix en leur expliquant par A+B, dans la « presse », qu'ils sont d'accord, sans le savoir, avec le pouvoir.

 

 

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