Que M. DELAVEAU cesse de jouer « Rennes Man » !

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Pierrick MORIN

 

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La rencontre organisée par les cinq agences d’urbanisme de Bretagne, jeudi à Rennes, a tenu ses promesses. L’échange portait sur l’avenir des villes en Bretagne. Au menu, deux tables rondes, celle des experts et celle des maires. 

 

On a pu se rendre compte de l’isolement du maire de Rennes, Daniel DELAVEAU, mal embarqué dans un processus de métropolisation dont il ne tient ni le volant, ni les pédales mais qu’il se borne à défendre en s’appuyant pour cela sur les échanges entre la capitale bretonne et son territoire dans le cadre des pôles de compétitivité. 

 

Il n’avait pas à ses côtés, pour débattre de la question, les « mystiques » qu’il avait identifiés dans la liste des signataires de l’Appel pour l’équilibre de la Bretagne quelques mois plus tôt lors d’une intervention à Concarneau, mais des compagnons de la chambrée PS qui avait pour nom Loïc CAURET, maire de Lamballe, Norbert METAIRIE, maire de Lorient, Bernard POIGNANT, maire de Quimper, ces villes de « second rang » comme les a qualifié avec le mépris qui le caractérise Yves MORVAN, bombardé pour l’occasion animateur du débat, lui qui a pourtant une idée arrêtée sur le processus de métropolisation. Une véritable erreur de casting qui n’a pas servi de bouée de sauvetage à Daniel DELAVEAU. 

 

Au contraire, sa suffisance a d’emblée libéré la parole des « maires de second rang », piqués au vif et qui ont su de manière poli et raisonnable démontrer que, en poursuivant dans sa démarche, M. DELAVEAU ne ferait pas de Rennes une ville de l’Archipel urbain breton qu’il appelle de ses vœux mais une île isolée ou déconnectée de la Bretagne. M. MASSON, adjoint de la ville de Brest, membre du pôle métropolitain Loire-Bretagne, semblait gêné aux entournures et découvrir la dérive possible des pôles, comme s’il n’avait pas mesuré l’impact politique d’une décision qui entre en collision avec les principes de coopération si chers aux élus bretons. 

 

Il est « amusant » de constater que sur la forme M. DELAVEAU reproduit vis-à-vis des élus locaux la même erreur que le Président de la République quand ce dernier a voulu leur faire avaler sa mauvaise réforme territoriale qui entérine les propos introductifs du géographe Philippe ESTEBE sur « la dislocation du système vertical de la solidarité nationale ». 

 

Le processus de métropolisation est un accélérateur de ce mouvement technique au service d’un discours intellectualisé « pop », paresseux et simpliste, incapable de reconnaître « la pluralité des modèles territoriaux », désincarné, déshumanisé et par conséquent ignorant le « chantier des solidarités horizontales » à l’heure où le prix du litre d’essence passe la barre symbolique des 2 €. Ce ne sont pas les ménages les plus aisés et les plus urbains qui pâtiront de la hausse du prix du carburant mais de ceux que les métropoles rejettent à l’extérieur sans leur donner d’autres alternatives que l’usage de leur automobile. 

 

Tout l’enjeu ici est bien celui de la captation des richesses dans un contexte de délitement social. Succomber aux sirènes de la concentration métropolitaine comme seul espoir est une facilité qui s’inscrit dans la logique de la compétition initiée par les ultralibéraux qui laisse derrière elle le cortège des territoires et des citoyens éliminés. Il est grand temps d’arrêter de confondre la compétition, avec ses gagnants et ses perdants, et la concurrence qui est une réalité économique qui, elle, n’impose pas la mise à mort de l’autre, bien au contraire, car sinon cela en est fini de l’échange ! 

 

Les choix faits à l’issue des appels à projets généralisés par le gouvernement (pôles de compétitivité, Plan Campus, Investissement d’avenir) démontrent que la concentration appelle la concentration et que cette méthode idéologique, qui met clairement les territoires en compétition, ne correspond aucunement à la réalité de la coopération bretonne. Concernant l’université et la recherche, la Bretagne reste à l’écart des financements publics les plus structurants. C’est ici M. DELAVEAU, en pleine campagne présidentielle avec l’espoir d’un changement incarné par M. HOLLANDE, l’occasion de revoir la règle du jeu politique ! Est-ce au moins envisageable ? Bernard POIGNANT semblait jeudi résigné, preuve qu’une partie de la troupe socialiste, malgré les années 90 purgatoires, n’est toujours pas guérie de la maladie TINA, There is no alternative ! 

 

Pour le maire de Quimper, la négociation du contrat de projets Etat-Région sonnera l’heure de vérité sur les intentions et les responsabilités réelles des uns et des autres. On peut tout de même espérer que d’ici là, la Région plébiscitée par les Bretons comme l’incarnation de l’équilibre territoriale et de l’ouverture de la Bretagne au monde, reprenne la main sur un débat qui fait sens pour l’avenir de nos territoires. On ne peut qu’espérer aussi que, suite à ce débat, M. DELAVEAU consente à revoir son positionnement. On ne peut avoir raison tout seul ! Quand on fait fausse route, il n’y a aucun déshonneur à revenir en arrière. Il en va de l’intérêt général de Rennes et de la Bretagne.

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