Rapport Energies 2050, « prudence est mère de sûreté ! »

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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Le rapport Energies 2050 qui vient d’être remis au ministre Eric BESSON fait la part belle au nucléaire. Ce n’est bien entendu pas une surprise. Ce rapport tient compte des différents scénarios échafaudés depuis l’accident nucléaire de Fukushima et dans la perspective de l’élection présidentielle, qu’ils soient issus des rangs des industriels ou de ceux des partisans d’une sortie du nucléaire.

 

Pour ses auteurs, « la contrainte environnementale prend aujourd’hui le pas sur celle du « peak-oil », ce qui signifie que la question climatique est prioritaire. Vu sous cet angle, il est évident que le nucléaire, malgré tous ses défauts, représente un avantage comparatif pour la France. On comprend à la lecture de ces lignes que le prolongement de l’exploitation du parc actuel constituerait l’option raisonnable qui permet à la France de maintenir ses emplois, une facture d’électricité relativement stable, une balance commerciale largement positive, sa compétitivité économique. Pour cela, il faudrait tenir compte des garanties de sécurité des sites industriels de production évalués par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Cette option se traduirait à l’horizon 2030 par des investissements mais à des niveaux moindres qu’un renouvellement du parc, qu’un rééquilibrage du mix électrique français ou qu’une sortie du nucléaire. Les auteurs du rapport semblent ainsi faire du proverbe populaire « prudence est mère de sûreté » leur ligne de conduite. Car l’option du maintien de la capacité actuelle du parc nucléaire ne fait que différer les investissements qui, quoi qu’il arrive et quel que soit la stratégie énergétique choisie, seront nécessaires. 

 

Alors, faut-il investir massivement entre 2020 et 2030 ou entre 2030 et 2050 ? Ce sera certainement l’une des questions cruciales du futur débat sur l’énergie promis aux français par certains candidats à la Présidentielle, à commencer par le favori des sondages, François HOLLANDE. Sauf que dès 2013 devra être arrêté le nouveau plan pluriannuel d’investissements (PPI). Il y a fort à parier que l’heure soit à la temporisation. Compte tenu du rapport de force politique et de la réalité de l’accord Verts-PS, une sortie du nucléaire paraît à ce jour tout à fait exclue. François HOLLANDE s’est certes engagé à fermer Fessenheim mais aussi à poursuivre la construction de l’EPR de Flamanville tout en fixant un cap, réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique à horizon 2025. On peut donc lire derrière cette annonce que d’autres fermetures de centrales suivront et qu’il faudra les compenser par des unités de production à partir de sources renouvelables couplés à des unités de production au gaz de type cycle combiné pour sécuriser la fourniture électrique du pays.

 

Ce n’est clairement pas l’option recommandée par le rapport Energies 2050 dont on peut douter de  l’impartialité tant ses conclusions épousent comme un gant le discours du désormais candidat président Nicolas SARKOZY. Pour autant, quelques questionnements de cette analyse demeurent pertinents. Le rééquilibrage du système électrique français se traduira par exemple par des investissements importants dans les réseaux pour rapprocher les zones géographiques de production -qui se multiplieront avec le choix des renouvelables, des lieux de consommation. Le schéma qui se dessine n’est pas celui d’une production locale pour une consommation locale. Il s’agit bien ici, comme le disent les auteurs de ce rapport, de « produire localement pour consommer globalement » dans un réseau de plus en plus interconnecté, nécessairement, à l’échelle européenne pour l’électricité, au-delà pour le gaz. Se posera donc à ce niveau la question de l’acceptabilité sociale des nouvelles infrastructures de production et de réseau. D’où l’importance du débat démocratique sur des orientations essentielles pour l’avenir de nos sociétés. 

 

Chacun va ainsi devoir s’atteler à bâtir des argumentaires crédibles qui dépassent les simples scénarios qui s’apparentent souvent, quel qu’en soient les conclusions, à des lectures de l’avenir inspirées de la boule de cristal. Les perspectives d’un changement de mode de vie imposé par une baisse drastique des consommations considérée comme acquise par certains écologistes est tout aussi anti démocratique et dangereuse que l’accaparement de la question électrique par le lobby nucléaire dont on connaît l’organisation militaire peu transparente. 

 

La maîtrise énergétique est un vrai sujet pour lequel on ne dispose pas encore de toutes les clés de compréhension ce qui est objectivement un facteur limitant des réponses apportées à ce jour. Il va quand même falloir revenir à la raison et admettre la problématique dans sa complexité pour apporter demain une ou des réponses qui aillent dans le sens de l’intérêt général. La réalité de la sortie du nucléaire est à ce prix. Elle passera comme en Allemagne par des kilomètres supplémentaires de réseaux (4 300 km de nouvelles lignes THT) et une augmentation provisoire (il faut l’espérer) des tonnes de CO2 dégagées dans l’atmosphère. Elle passera aussi par des compétences accrues données aux collectivités locales dans le domaine de la production mais aussi dans celui de la maîtrise énergétique tout particulièrement via des plans bâtiments ambitieux qui réclameront des moyens financiers conséquents et un cadre réglementaire opérant

 

La multiplication des investissements pose inévitablement la question de la répartition sociale de l’effort et de son inscription dans le temps. Un sujet hautement politique tout à fait passionnant à la condition qu’il puisse s’exonérer de la chasse aux hérétiques toujours à l’ordre du jour quand la société est dépossédée des débats qui la concernent par des croyants dogmatiques et leur relai, les idiots utiles, prompts à cliver l’échange par simplisme et souci d’exister.   

 

Le rapport Energies 2050

 http://www.strategie.gouv.fr/content/energies-2050-note-de-synthese-263-fevrier-2012

 

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