Sarko 2007-2012, épisode 22 : L'Europe, beaucoup de bruit pour rien

Publié le par l'agora de Bretagne

 

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

 

En ce 7 Avril 2012, épisode 22 : L'Europe, beaucoup de bruit pour rien

 agora merkozy

La victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 passait par la récupération des voix du Front National. Il en a encore besoin en 2012. Lors de la précédente édition de l'élection présidentielle, fort de son statut de Ministre de l'Intérieur pendant presque cinq ans et d'une campagne de presse que l'on peut qualifier de flatteuse, il avait opté pour l'angle de la sécurité et de la lutte contre l'immigration pour flatter le nationalisme revanchard des électeurs de l'extrême droite. Ce fût un succès électorale même si la migraine était au rendez-vous quelques mois plus tard pour ces électeurs qui s'étaient visiblement fait berner. En 2012, toujours pour récupérer des voix sur sa droite, il s'attaque, depuis quelques semaines, à un autre bouc-émissaire classique des électeurs Lepenistes : l'Europe.

 

Ainsi, Nicolas Sarkozy dénonce les accords de Schengen, qui permettent la libre circulation des citoyens ('entendez « travailleurs ») sur les territoires des pays concernés. Quelques jours plus tard, il indique vouloir geler la contribution financière française à l'union. Ce faisant il appuie sur deux ressorts du vote nationaliste et frontiste : la peur du fameux « plombier polonais » et le mythe de la France qui paie pour tous les autres. Or Nicolas Sarkozy a plaidé pour les différents traités, de Maastricht à Lisbonne, qui ont institué cette libre circulation et, plus récemment, le Mécanisme Européen de Stabilité financière (MES) que Sarkozy nous a vendu, il y a quelques semaines, comme la bouée de sauvetage non négociable de l'Europe. Ne représente-t-il pas une contribution supplémentaire pour notre Pays ? En relisant le traité, cela paraît pourtant évident … En faisant de tel déclaration, Nicolas Sarkozy semble vouloir revenir sur les traités européens en vigueur, lui qui indiquait il y a seulement quelques jours que François Hollande était naïf de croire qu'il pourrait renégocier le MES voté en février. Finalement, sur la question de l'Europe comme sur les autres questions, la grande force de Nicolas Sarkozy est d'avoir bien compris que la télévision est le seul vecteur d'information d'une large partie de l'électorat français et qu'elle n'a pas de temps pour l'analyse, le recoupement et la confrontation des propositions et des idées. C'est pourquoi quelques phrases suffisent même si pas une des personnes « du premier rangs » (journalistes, suiveurs, amis politiques) ne croit un seul mot de ce qui est dit. Nicolas Sarkozy considère l'élection présidentielle comme un joueur italien considère un match de foot : « qu'importe les moyens … ». Après tout, l'actuel locataire (en fin de bail) de l'Elysée n'a-t-il pas rejeté, lors de sa campagne de 2007, toute forme de repentance vis à vis du passé ?

 

Avant l'élection présidentielle de 2012, il y a quand même eût 5 ans d'Europe sous Sarkozy. Une chose est certaine, la situation de l'Union est toujours très fragile, pour ne pas dire critique. Une deuxième chose est incontestable : ayant présidé le conseil européen en 2008, le G8 en 2010, le G20 en 2011, sans oublier la grotesque et effrayante succession de sommets européens piloté avec Angela Merkel en 2011/2012, Nicolas Sarkozy est comptable de l'état de l'Union en 2012. Lui considère que l'Europe est aujourd'hui sauvée or de nombreux économistes et observateurs avisés considèrent que rien n'est réglé et qu'au contraire, la récession générale en Europe vers laquelle nous nous dirigeons à coup d'austérité contre-productive, va faire plonger bien plus que la seule Grèce. Grèce, dont le Président actuel, annonçait fièrement sur TF1, en mars, qu'elle était sauvée mais prophétise aujourd'hui un destin « à la grecque » aux français qui prendrait le risque d'élire François Hollande.

 

Après l'échec des référendums français, hollandais et irlandais sur le traité constitutionnel européen, on se souvient de l'agitation de Nicolas Sarkozy pour faire adopter un traité simplifié, devenu Traité de Lisbonne. Traité permettant en théorie quelques avancées au milieu d'un océan de renoncement. On pense notamment à la création d'une Présidence et d'un poste de « Ministre des affaires étrangères » de l'Union qui devait permettre à l'Europe de parler d'une seule voie sur la scène internationale. Malheureusement, les chefs d'états des plus grands pays européens, dont l'actuel Président français, se sont ensuite entendus pour tuer dans l'œuf ces avancées, en plaçant des pantins à ces postes emblématiques et dépourvus de pouvoirs réels. Seuls des personnages charismatiques, comme Joshka Fisher par exemple, auraient pu donner de l'ampleur à ces fonctions. Erman Van Rompuy est probablement un technocrate compétent mais son charisme de remuait déjà pas les foules en Belgique et l'anglaise Catherine Ashton, sensée être la voix de l'Europe à travers le monde, était connue comme euro-sceptique avant d'être nommée. Placer ces deux personnes aux postes clés de la nouvelle Union revenait à en faire des postes honorifiques, non encombrant pour les chefs d'états.

 

En 2007, Nicolas Sarkozy avait promis « l'Europe qui protège » mais il s'est rapidement aligné sur la politique conservatrice de la CDU dès que la crise a envahi la zone euro. Cette politique peut difficilement être qualifiée de « protectrice ». L'Europe aura été, depuis 2 ans, le jouet du couple Merkozy et en particulier du Président français, désireux de gommer son image « Bling-Bling » en « faisant Président » sur la scène internationale. Finalement, les choix opérés en Europe ces deux dernières années auront été ceux du Fond Monétaire Internationale et de ses inspirateurs ultra-libéraux. L'Europe aura aussi servi, notamment en période électorale, de punching-ball à Nicolas Sarkozy. C'est également le cas de ses homologues chef d'états européens, surtout les socialistes (Papandréou, Zapatero et pour des prédécesseurs illustres Schroeder et Blair). Ils auront permis à Nicolas Sarkozy de se laisser aller à ses grands écarts habituels : un jour il vante le courage des ceux qui ont voté la règle d'or ou la rigueur, le lendemain il voue aux gémonies les mêmes, notamment George Papandréou et Jose Luis Zapatero, qui ont conduit leur pays à la faillite par leur politique « socialiste ». On se souvient aussi du traitement qu'il aura réservé aux « petits pays » et à leur représentants, notamment au plus fort de la crise, où ceux-ci n'étaient tout simplement pas invité à la table des négociation et encore moins aux conférences de presse. En 2008, il a même envisagé, on s'en souvient, de présider lui-même l'Union jusqu'en 2010, en supprimant la rotation habituelle et en méprisant le peuple tchèque et ses dirigeants, il est vrai fort peu européens dans l'âme : droite bonapartiste, vous avez dit ? La presse anglaise se souviendra du « tais-toi » adressé à David Cameron, tout comme la presse espagnole se souvient des propos du Président actuel sur Jose Luis Zapatero, le considérant comme « pas très intelligent ».

 

Quel bilan tirer de tout cela ? Essentiellement que l'Europe aura été un « boulet » pour Sarkozy car, quel que soit l'avis que chacun porte sur ses choix politiques, il est évident que la crise européenne a pesé sur les résultats économiques de la France. Mais elle aura aussi été « sa bouée » car sans cette crise européenne où Nicolas Sarkozy s'est présenté comme « chef et sauveur », il n'aurait pas pu détourner les regards du « Bling-Bling » et du bouclier fiscal, ni se présidentialiser.  Le plus terrible, c'est qu'au delà de ces considérations de politique politicienne, le bilan de Nicolas Sarkozy sur l'Europe est un échec car il n'a pas su sortir l'Europe de ses crises : politique, économique, démocratique, institutionnelle et monétaire. Il l'aura enfermé dans ses contradictions et posé les barbelés face aux avancées fédéralistes pourtant devenues indispensables et urgentes.

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