Sarko 2007-2012, le Best-of, épisode 10 : Ce qu'il reste de l'école

Publié le par l'agora de Bretagne

En ce 24 Avril 2012, N°10 : L'école, ce grand corps malade à qui l'on impose une saignée

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S'il existe une institution qui ressort en lambeaux de ces cinq années de Sarkozysme, c'est bien l'école. Nicolas Sarkozy n'a aucune vision de l'école. Il n'a de vision que du statut de fonctionnaire. Une vision libérale, plongeant corps et âme dans le dogme de l'école de Chicago et considère que l'argent public sent moins bon que l'argent privé. Il décide donc, à peine élu à la Présidence de la République, de réduire la voilure de la fonction publique.s Tout y passe. Réforme de l'hôpital, centralisatrice, pour créer des usine à gaz hospitalières, entourés de déserts médicaux. Réforme de la carte judiciaire, là encore pour priver la France péri-urbaine et rurale de ses institutions. Pas rentable. Et puis, il y a l'école. Mammouth au sein du mammouth. L'école était le premier poste budgétaire de l'état en 2007 (depuis dépassé par les intérêts de la dette). C'est aussi le plus grand réservoirs de fonctionnaires, catégorie honnie. Ce sera donc la plus grande victime de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) lancées par Nicolas Sarkozy. La RGPP se résume à un chiffre : 1/2. Un fonctionnaire partant à la retraite sur deux ne sera plus remplacé. La crise qui viendra frapper notre économie de plein fouet en 2008, servira du justification au durcissement de cette politique. Plus de 154 700 postes d'enseignants ont été supprimés entre 2000 et 2011. 16 000 nouvelles suppressions sont déjà inscrites dans la carte scolaire de la rentrée 2012. Or seuls 5% des suppressions d'emploi ont affecté l'enseignement privé sous contrat entre 2004 et 2009 alors qu'il scolarise 20% des élèves, plutôt socialement favorisés. Le budget du ministère de l'Education Nationale ne représentait plus que 21% du budget de l'Etat en 2010 contre 28% en 2007.

Pourtant, la candidat UMP écrivait dans son projet, qu'Il faut d’abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. Ils sont la clé de la réussite de tous les élèves.À 35 élèves dans des classes de CP, il semble qu'il soit nécessaire à Nicolas Sarkozy de ré-expliquer comment il comptait mettre les enseignants dans de « bonnes conditions » et comment assurer « la réussite de tous ».

Les conditions d'enseignements se sont considérablement dégradées. Notamment par l'augmentation du nombres d'élèves par classe mais aussi par la suppression de l'année de formation et de stage des enseignants. Économiser l'année de formation sur plusieurs milliers de profs permet d'économiser aussi beaucoup d'argent puisque ces stagiaires étaient payés. Ce sont les élèves et les jeunes enseignants qui essuient les plâtres. Cette réforme, associée à la « masterisation », a créé un déficit de vocation. Aujourd'hui, il y a moins de reçus aux concours dans des matières comme les Math, que de postes à pourvoir.

Au bilan de ce quinquennat, au delà de la suppression (du non remplacement) de plus de 100 000 postes, on trouve pèle mèle :

  • La suppression des RASED, qui permettaient de dédier des enseignants au soutien des élèves en difficulté

  • La suppression de la carte scolaire qui devait s'accompagner d'une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire des effectifs – le résultat est sans appel : 40% des établissements classés « réseaux ambition réussite » sont moins fréquentés ; 10% d’entre eux ont vu déguerpir un quart des élèves, souvent les plus favorisés d'après l'étude du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (Snpden)

  • La semaine de 4 jours, qui fût pourtant dénoncée et abandonnée par l'UMP au moment de la construction du projet pour 2012, pour avoir généré un beau bazar dans les écoles (là encore, des économies énormes ont été faites, notamment sur les remplacements).

Quel est le résultat de cette politique ? Il est difficile, tant l'inertie d'un système éducatif est grande. Le fait est qu'au bout de cinq ans de Sarkozysme et de dix ans de Présidence de droite, les statistiques ne sont pas bonnes. La France reste notamment est l’un des pays qui amplifie le plus sur le plan scolaire les inégalités sociales avec une part croissante d’élèves en difficulté : 15% en 2000 contre 20% en 2009, selon l'enquête PISA menée par l'OCDE.

Nicolas Sarkozy déclarait en février 2006 : « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de “La Princesse de Clèves”... Imaginez un peu le spectacle ! ». Cette citation célèbre désormais, permet de mieux cerner la vision éducative du Président actuel. Une vision purement fonctionnelle, économique, pratique. L'école doit fournir de la chair à usine productive et docile. La culture, l'instruction, l'élévation intellectuelle, la curiosité, le savoir gratuit et improductif, relève apparemment du sadisme. Surtout pour une simple guichetière, visiblement réduite à un sourire niais par l'actuel Président. La Princesse de Clèves c'est pour les autres, les sadomasochistes qui s'imposent ce type de lecture d'un autre temps.

Nicolas Sarkozy envisage donc, s'il est réélu, de continuer la RGPP sur les mêmes bases, ce qui n'offre comme perspectives d'avenir à nos enfants qui ne peuvent pas présider l'EPAD, que la compétition scolaire, les cours du soirs avec Acadomia pour les plus aisés et le désespoir de l'éternelle reproduction des inégalités sociales pour les autres.

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