Sarko 2007-2012, le Best-of, épisode 12 : Sarko et la presse

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 20 Avril 2012, N°12 : : sarkolâtre ou anti-sarkozyste : la presse française divisée après 5 ans de bataille rangée

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« C’est marrant, je connais tous vos patrons » lançait l'actuel locataire de l'Elysée lors de la campagne présidentielle de 2007 aux journalistes chargés de le suivre. Nicolas Sarkozy ne plaisantait pas. La liste fait même frémir dans un pays démocratique. Martin Bouygues, propriétaire ou actionnaire majoritaire de TF1, LCI, TF6, TV Breizh, TMC et TPS, est  considéré comme le meilleur ami de Nicolas Sarkozy. Il aura été le témoin de son mariage avec Cécilia et il est le parrain de « Prince Jean », obscur conseiller général des Hauts de Seine. Arnaud Lagardère, patron de sociétés d'édition comme Fayard, Grasset et Stock, et des journaux Paris Match, Journal du dimanche, Nice matin, La Provence, etc., est aussi un proche du Président qui l'a aidé à régler la succession de son père en tant qu'avocat. Nicolas Sarkozy est aussi parti en vacances avec Edouard de Rothschild, actionnaire majoritaire de Libéet le tableau ne serait pas complet sans citer Serge Dassault, le patron du Figaro et actionnaire de Valeurs actuelles et de l'Express.

 

Pourtant Nicolas Sarkozy, en difficulté dans les sondages et malmenés par les médias sur son bilan, n'hésite pas, dans cette campagne 2012, à se poser en victime de l'univers médiatique parisien. "Jamais on a vu de telles forces mises en avant. Et malgré tout, je sens le peuple de France exaspéré à un point qu'on n'imagine pas dans certains milieux et dans certaines élites", a-t-il déclaré hier. Ajoutant : “Notre énergie, notre unité, notre rassemblement, renversera les montagnes, les montagnes de papier qu'ils veulent dresser devant vous, devant nous, devant moi". Ce rôle ne convient pourtant pas à un Nicolas Sarkozy, sacré Président de la République par TF1 dès 2002. La chaine de Martin Bouygues ayant largement servi de relai à l'activisme du Ministre de l'Intérieur de l'époque.

 

A ces organes de presse privés, Nicolas Sarkozy, à peine élu à la Présidence, a cru bon d'ajouter le service public de l'audiovisuel à son escarcelle en en nommant le patron lui-même. Tous les autres candidats de 2012, même Marine Le Pen, sont pour la suppression de cette loi. L'argumentaire déployé par l'UMP au moment de cette décision fait même frémir. Il consistait à expliquer que Nicolas Sarkozy était propriétaire de l'audiovisuel public en tant que Président et qu'il était donc normal qu'il nomme le chef de son « entreprise ». L'UMP oubliant au passage que tout service public, fût-il de l'audiovisuel, appartient à tous les français et donc à aucun. Certainement pas au pouvoir exécutif. Nicolas Sarkozy nommera donc des présidents moins récalcitrant et plus proches de lui à la tête de France Television (R.Pflimlin) et de Radio France (J.L.Hees).

Les médias seraient donc devenus Sarkophobes en 5 ans alors qu'ils étaient largement Sarkolâtres en 2002 et en 2007 et que depuis l'influence de Président de la République s'est accrue sur l'univers médiatique français. On sait qu'il a réclamé et obtenu la tête de plusieurs journalistes, dont Patrick Poivre d'Arvor du 20h de TF1. Il aurait également obtenu le licenciement d'Arlette Chabot de la direction de l'information de France 2 pour un traitement trop honnête du divorce de Nicolas 1er et de Cécilia. Il se dit aussi dans les milieux autorisés que pour un traitement déplaisant de ce même sujet, Alain Genestar de Paris-Match aurait pris la porte. Enfin, les rumeurs ont couru sur les déprogrammations de Franz Olivier Giesbert, que Nicolas Sarkozy aurait menacé physiquement ("Cet article est une saloperie qui mérite un cassage de gueule" aurait-il déclaré à FOG, à propos d'un article où Carla Bruni était dépeinte en croqueuse d'hommes) et Guillaume Durant de la grille de France 2, ainsi que du départ d'Eric Zemmour de l'émission « On est pas couché ! » animée par Laurent Ruquier. Au délà des journalistes on se souvient de plusieurs humoristes qui auraient pris la porte pour des chroniques ou des canulars que le Président aurait peu goûté, de Stephane Guillon à Didier Porte, virés de France Inter, à Gérald Dahan évincé de Rire et Chanson. Déjà, en 1994, alors Ministre du Budget, Nicolas Sarkozy avait obtenu la mise au placard d'une journaliste de France 2 qui avait démontré lors d'un reportage au 20h que les baisses d'impôts du gouvernement étaient accompagnées d'une hausse de la CSG et qu'au final, les français seraient plus taxés.

Les médias se seraient-ils retournés contre « la main qui les nourrit » suite à cette série d'acte de censures, témoignant de la main-mise de l'Elysée sur les médias français ? C'est envisageable, d'autant que la relation de Nicolas Sarkozy à la presse a toujours été conflictuelle. Nicolas Sarkozy aime être interviewé par des journalistes complaisants (L.Ferrari, J.P.Pernaud, Quiconque du Figaro) et organiser des parades médiatiques millimétrées. Il a toujours traité avec mépris les journalistes opposants comme ceux de Libération, du Nouvel Obs ou de Marianne. Une journaliste de CBS, la chaîne de télévision américaine, se souviendra longtemps du départ fracassant du Président français après seulement quelques minutes d'interview, suite à une nouvelle question sur sa vie privée qu'il a pourtant lui même mis sur la place publique.

La presse étrangère n'appréciera guère l'OVNI présidentiel français et son comportement en particulier. Nicolas Sarkozy s'en était aussi pris à des journalistes l'interrogeant sur l'affaire Karachi : « Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n’y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétrocommissions sur des sous-marins au Pakistan ? C’est incroyable et ça devient un sujet à la télévision. Et vous, j’ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l’a dit ? J’en ai l’intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier ? Et ça devient “je ne suis pas pédophile ».

Au delà de nos frontières, la presse étrangère, elle, ne se prive pas de caricaturer notre Président, dès 2007. Le correspondant à Paris d'une radio suédoise s'interroge : « Sarkozy ne représente-t-il pas un risque de dictature ? »Le Süddeutsche Zeitung Munich dépeint un macho sans scrupule et brutal qui joue avec la peur des gens . Le Frankfurter Allgemeine Zeitung lui décerne le prix de l'homme politique le plus ambitieux et plus impitoyable d'Europe. D'après El Pais, Nicolas Sarkozy “se vautre dans l’exhibitionnisme”et “rabaisse la République au niveau de Monaco”.Il serait d’une “incurable hypertrophie de l’ego”.

Évidemment, cette chronique ne serait pas complète sans évoquer les fadettes de l'affaire Bettencourt, mais cette affaire fera l'objet d'une chronique ici même.

En conclusion, Nicolas Sarkozy semble considérer les médias comme un support pour sa communication et n'a pas hésité à mettre au pas le service public de l'audiovisuel. Les médias privés appartenant à des amis à lui, ne lui suffisaient visiblement pas. Mais il aura eu une relation conflictuelle avec tout organe de presse non complaisant ou qu'il n'aura pas pu mettre à son service. C'est sans doute là que se trouve le nœud de son impopularité médiatique. A force d'être étiqueté « gauchiste » ou d'être mis au placard à la moindre critique un peu virulente, la presse française non soumise au candidat de l'UMP aura finit par tomber dans l'anti-sarozysme. Nicolas Sarkozy aura été l'objet mais aussi la source d'un clivage fort au sein de l'ensemble du microcosme médiatique français et il semble que les anti-sarkozystes soient en train de gagner ce combat là aussi. Le Président semble lui-même le percevoir comme tel.

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