Sarko 2007-2012, le Best-of, épisode 7 : la nombrilisation des pouvoirs

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 27 Avril 2012, N°7 : La « nombrilisation » des pouvoirs

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"Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution", dispose l'article 16 de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen du 16 Août 1789.

Le terme « pouvoir » qualifie l'emprise, la capacité, la domination, l'ascendant. Politiquement, il est d'usage de diviser le pouvoir, expression de la souveraineté et de la puissance, en trois. Le pouvoir législatif, qui dit la loi mais n'agit pas. Le pouvoir exécutif, qui agit. Le Pouvoir judiciaire qui fait respecter les lois et arbitre les litiges. Il est indéniable qu'il existe aujourd'hui deux autres pouvoirs. Le pouvoir « de l'information », que l'on peut associer aux médias, aux penseurs, aux intellectuels, aux philosophes, aux artistes, etc. Dans notre société capitaliste-libérale, il est indispensable d'ajouter un 5ème pouvoir : le pouvoir économique et financier. Il convient donc d'analyser le quinquennat de Nicolas Sarkozy, à l'aune de cette nécessaire séparation des pouvoirs.

La séparation des pouvoirs semblent être un frein à l'action politique dans l'esprit de Nicolas Sarkozy. Un frein à son action. Se considérant omniscient et omnipotent, il a, cinq années durant tout voulu gérer lui-même. Il s'est attribué cette mission et ce pouvoir, compte-tenu de son élection au suffrage universel direct, contrairement aux médias, aux magistrats ou aux banquiers et autre chef d'entreprises. La réforme du quinquennat, en 2002, et l'inversion du calendrier électoral associée ont réduit le parlement au rôle de laquais du Président de la République. En effet, l'élection présidentielle a désormais lieu un mois seulement avant l'élection des députés. Ces derniers sont donc élus pour donner une majorité du Président de la République. C'est d'ailleurs le sens des discours que l'on entend durant cette courte période puisque le parti du Président demande au peuple d'être cohérent avec leur précédent vote et que les autres partis se limitent déjà à être une opposition solide permettant d'éviter un trop grande concentration des pouvoirs. Nous y revenons.

Nicolas Sarkozy est allé beaucoup plus loin après son élection en 2007. Il a inventé et mis en œuvre le concept d'hyper-Présidence. L'hyper-Présidence consiste à réduire le Premier Ministre au rang de simple collaborateur, piétinant allégrement la constitution de la 5ème République, pourtant déjà largement monarchique. Cela consiste à gérer directement tous les dossiers, à concentrer à l'extrême toutes les décisions, à être dans l'immédiateté et à être omniprésent dans les médias. Le pouvoir exécutif est donc devenu complétement incarné et concentré à l'Élysée.

Nicolas Sarkozy ira même jusqu'à réduire encore le pouvoir du parlement en modifiant la constitution pour autoriser le Président de la République à s'exprimer directement devant le parlement réuni à … Versailles. Le Président par le pouvoir de dissolution possédait déjà la haute-main sur le pouvoir législatif. Les dernières réformes ont rendu ce dernier impuissant. Les seules concessions faites dans cette réforme concerneront la présidence de la commission des finances de l'assemblée nationale et de la cour des comptes, confiées à des opposants politiques.

Fort heureusement les français aiment contrebalancer les choses. Ils ont donc confié la gestion de la quasi totalité des collectivités locales à la gauche, ce qui permit le basculement historique du Sénat. Ce contre-pouvoir naissant au niveau local n'a d'ailleurs pas été du goût du Président qui décida donc d'une réforme des collectivités territoriales qui enlève aux conseils généraux leur compétence générale et qui met les régions sous la tutelle budgétaire de l'état. Les 37 000 communes françaises, nées de la Révolution, sont elles, en partie condamnées de manière insidieuse par la prééminence, notamment budgétaire, qui est désormais accordée aux EPCI.

Nous avons déjà traité ici des relations de Nicolas Sarkozy avec le pouvoir médiatique (voir épisode 12). Nous y démontrons la vision servile qu'a l'actuel Président des médias, qu'il souhaite mettre au service de sa communication. Il n'a par exemple pas hésité à mettre l'audiovisuel public sous la coupe de l'Élysée par la nomination de son PDG.

Nul n'ignore non plus les relations consanguines entre l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et avocat d'affaire avec les milieux de l'argent et du patronat. Beaucoup de PDG du CAC 40 et plusieurs grandes fortunes françaises comptent aux nombres de ses amis proches, comme Martin Bouygues qui est le parrain de son fils ou encore Liliane Bettencourt qui a … le droit à la présomption d'innocence.

Reste le pouvoir judiciaire. Ces cinq dernières années, les affaires ont succédé aux affaires. Dans ce contexte, le pouvoir exécutif a refusé d'avancer dans le sens de l'indépendance du parquet. Pire, Nicolas Sarkozy ira jusqu'à envisager de supprimer les juges d'instruction qui enquête sur les affaires sensibles, pour l'heure, en toute indépendance. En parallèle, ce sont succédées les nominations de complaisance, en contradiction avec l'avis du Conseil Supérieur de la Magistrature. Celle de Philippe Courroye à Nanterre, territoire sensible pour le Président, aura été particulièrement dénoncée mais un véritable coup de maître puisque Philippe Courroye aura instruit durant 6 mois l'affaire Bettencourt et mené des investigations contraires à la liberté de la presse pour identifier les sources de cette affaire. Ces six mois auront peut-être étés suffisants à l'ami du Président pour effacer toute pièce compromettante avant d'être dessaisi. Ceci pourrait passer pour être de « bonne guerre » mais il est important de rappeler que le Procureur Courroye était nommé, donc mis en cause, dans les fameux enregistrements de Mediapart, principale pièce à conviction de l'affaire la plus grave de la mandature … Accusé et procureur en même temps … République bananière avez-vous dit ?

On se souvient aussi très bien de ces diatribes incendiaires sur les « monstres » qui libéraient des récidivistes. Les juges étaient insultés et vilipendés à chaque nouveau fait divers pour être du côté des criminels plutôt que de celui des victimes. Les magistrats se sont révoltés à de nombreuses reprises contre les abus de pouvoir flagrants du Président et le non-respect de la séparation des pouvoirs. Ces derniers jours de campagne présidentielle ont confirmé cette tendance présidentielle.

On le voit, sur chacun de ces aspects, Nicolas Sarkozy aura tout fait pour concentrer le pouvoir à l'Elysée et démanteler, critiquer les « gêneurs ». Prétextant l'efficacité et le culte de l'action pour piétiner tout autre décisionnaire potentiel. Pourtant "Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir." disait Montesquieu. Nicolas Sarkozy aura été, pour une fois, infidèle à John Locke, fondateur de la philosophie libérale. Ce dernier considérait que le pouvoir exécutif doit être soumis au pouvoir législatif, pouvoir suprême car émanation de la société elle-même. Nicolas Sarkozy n'a peut-être jamais lu Locke. Il aura méprisé, cinq années durant, la séparation des pouvoirs en France. En conséquence, il serait logique, pour rester fidèle à la philosophie des lumières, que les français séparent Nicolas Sarkozy du pouvoir dans une semaine.

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