Sarko 2007-2012, le Best-of, J-2 : l'ignoble de Grenoble

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 3 mai 2012, J-2: Le discours de Grenoble et les roms

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Nous sommes en 2010. Deux incidents graves se déroulent, deux nuits consécutives.

Dans la nuit du 15 au 16 Juillet, deux délinquants braquent le casino d'Uriages-les-bains. Pris en chasse par les policiers, les braqueurs ouvrent le feu blessant un adjoint de sécurité. Dans la bataille, qui se déroule au cœur d'un quartier d'habitation, un des braqueurs est tué par la BAC. S'en suivent plusieurs nuits d'émeutes urbaines dans la ville de Grenoble où les émeutiers tirent sur les forces de l'ordre à balles réelles. 

La nuit suivante, un jeune homme de la communauté des gens du voyage tente de forcer un barrage dans le Loir et Cher. Il est abattu par un gendarme. Deux jours plus tard, plusieurs membres de sa famille mettent à sac le village de Saint-Aignan. Ils démolissent notamment la gendarmerie.

Le 30 juillet Nicolas Sarkozy prononce, à l'occasion de l'installation d'un de ses proches comme Préfet de l'Isère, un discours qui marquera son quinquennat et un point de non-retour sur le chemin de l'extrême droite.

Dans ce discours, d'une très grande brutalité, Nicolas Sarkozy en appelle pourtant à l'unité nationale derrière nos forces de l'ordre, « sans considération partisane », évidemment. Comme si mener une politique ultra-répressive et teinté de racisme au prétexte de ne pas se laisser malmener par des émeutiers, lui, le champion de la lutte contre l'insécurité depuis 2002, pouvait être de nature à rassembler toutes les familles politiques.

Lors de ce discours, Nicolas Sarkozy fait de nombreuses annonces, dont certaines s'avèreront parfaitement impossible à mettre en œuvre car anticonstitutionnelles, rien de moins. Il proposera notamment le port du bracelet électronique pour les récidivistes « après la fin de l'exécution de leur peine ». Les principes même de notre système judiciaire, basé sur le pardon et sur la réinsertion, en seraient bafoués.

La proposition la plus choquante et la plus irrationnelle consistera à demander la « déchéance de la nationalité pour toute personne d'origine étrangère qui aura porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ». Et d'ajouter qu'il souhaite que « l' acquisition de la nationalité française pour un mineur délinquant , ne soit plus automatique au moment de sa majorité ». Malheureusement, les sondages réalisés rapidement après le discours montrent que qu'une assez large partie de l'opinion publique française approuve ce type de déclaration. Pourtant, cette proposition, nie les principe même de la citoyenneté française. En effet, l'idée proposée ici créerait, de fait, une classe de sous-citoyen : les citoyens français « d'origine étrangère ». Or la citoyenneté française est une, unique, binaire. On est français ou pas. De même qu'on est italien, américain, chinois, ou pas. Il n'existe pas plus de « citoyen d'origine étrangère » que de citoyen parlant breton ou de citoyen avec les cheveux roux. Et pourtant Nicolas Sarkozy ose parler de « bon sens ». Cette proposition, sortie de la bouche même de celui qui est sensé rassembler les français et être le garant de notre constitution, rappelle effectivement les heures sombres … La dernière fois que la France a voulu créer une catégorie de sous-citoyen, c'était à cette époque honnie.

Bien sûr, à Grenoble, le Président de la République ne « prétend pas détenir toute la vérité » et veut que l'on discute de la « réforme profonde du droit pénal applicable aux mineurs » et de l'ordonnance de 1949, « sans tabous ». Il ajoutera que la responsabilité des parents des mineurs délinquants doit être engagée sur le plan pénal. Il semble donc que la qualité d'une éducation soit un critère de sanction pénale dans l'esprit du Président. Souhaitons-lui de ne jamais voir un de ses enfants sortir des « clous ». Il enchainera sur la suppression des allocations familiales pour les enfants qui ne seraient pas assidus à l'école, toujours dans l'idée très « frontiste » de considérer les pauvres et les gens en difficulté comme responsables de leur malheur, niant ainsi la corrélation très nette entre échec scolaire et condition sociale de vie. Enfin, il annonce l'ouverture d'une vingtaine d'établissement d'éducation renforcée pour les jeunes qui « gênent les autres ». Là encore, il ajoute que « ce n'est pas une question de droite ou de gauche ». Il proposera également la création d'un fichier des jeunes « décrocheurs » qui quittent l'école à 16 ans. Réussit à l'école mon enfant, sinon Sarkozy va te ficher ! Finalement, avec tous les fichiers que la droite Guéantienne et Sarkozienne a voulu créer en 5 ans, on finit par se dire que tout citoyen serait fiché d'une manière ou d'une autre un jour …

La deuxième partie de son discours sera axée sur les « 50 années d'immigration insuffisamment contrôlée » qui sont derrière nous et qui auraient abouti à un échec de l'intégration. Nicolas Sarkozy propose donc de « mieux réguler l'immigration » pour « réussir l'intégration ». Il demandera à ce que les prestation sociales des étrangers en situation irrégulières soient revues et demande au Ministre de l'Intérieur de mettre fin à « l'implantation sauvages de campements de roms, qui sont des zones de non-droit que l'on ne peut pas tolérer dans notre pays ». Là encore, « il ne s'agit pas de stigmatiser les roms ». Annonçant que dans les trois mois, la moitié des campements aura disparu du territoire français. Enfin, il s'en prend « aux aides au retour ».

Cette partie du discours a été le point de départ d'une longue polémique. En effet, les roms sont citoyens européens, notamment roumains et bulgares. L'Union sera donc très largement vent-debout contre Nicolas Sarkozy. Cette chasse aux roms est d'autant plus stupide que dès 2013, ces citoyens auront le droit de circuler dans l'espace Schengen et donc de venir en France … La polémique rebondira encore plus fort lorsque Le Canard Social de Nantes mettra la main sur une circulaire du Ministère de l'Intérieur, ciblant directement les roms pour les expulser en priorité. Or les roms sont un peuple et la France n'avait pas connu de circulaire ciblant une ethnie depuis la Libération. Il s'agit en fait de 3 circulaires. La deuxième, celle du 5 Août, est celle qui rappelle au Préfet les engagements du Président en matière d'évacuation de roms et leur demande de cibler particulièrement les campements de ce peuple. Dans celle du 9 Août, le Ministère demande au Préfet de signaler toute évacuation qui mériterait un traitement médiatique … La campagne électorale à caractère frontiste, en vue de 2012, commençait donc 2 ans avant l'échéance. Le plus ironique dans cette affaire est le fait que les « casseurs de gendarme » de St Aignan n'étaient pas des roms, mais des « gens du voyage ». Des nomades, bien de chez nous. Français. Pas à moitie. Complètement français. Pas encore déchu de leur nationalité.

Après ce discours, une partie de la droite républicaine et des centristes prendra ses distances, notamment Dominique De Villepin, François Bayrou, Jean-Louis Borloo ou Hervé Morin. Ce discours piétine un grand nombre de nos valeurs républicaines. En particulier cet amalgame malsain entre immigration et délinquance et bien évidemment la chasse aux roms qui mettra la France au ban des nations européennes durant de longs mois et Viviane Reading, commissaire à la Justice et aux Droits des Citoyens,annoncera même le lancement d'une procédure contre la France pour infraction.

Ce jour-là, le 30 Juillet 2010, à Grenoble, Nicolas Sarkozy a définitivement quitté la droite républicaine (bonapartiste) pour intégrer la droite légitimiste et traditionaliste. C'est aussi pour cela que François Bayrou, un soir de mai 2012, déclarera qu'il préfère voter pour François Hollande que pour Nicolas Sarkozy. C'est aussi pour cela que la droite explosera si Nicolas Sarkozy est battu le 6 mai au soir. Rien que pour Grenoble, l'hésitation et le vote blanc ne sont pas de circonstance.

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