Sarko 2007-2012, le Best-of, j-3 : Sarkozy se débat sur l'identité nationale

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 2 mai 2012, J-3: l'immigration et l'identité nationale

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Voilà un sujet qui n'a jamais vraiment quitté le devant de la scène depuis 5 ans et même un peu plus. La campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 visait à siphonner les voix du Front National. Il avait alors donné la petite musique lepéniste, mélange de xénophobie et de nationalisme revanchard, aux électeurs frontistes. « La France, tu l'aimes ou tu la quittes » était son crédo. Dès 2002, depuis le Ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait choisi de faire de l'immigration une question centrale et de durcir les textes sur le sujet. Sous Jacques Chirac, il aura déjà durci les conditions du regroupement familial, durci les condition d'accès à la nationalité (4 ans de mariage au lieu d'1 par exemple), allongé le délai d'intervention d'un juge avant les reconduites à la frontière, etc.

Nicolas Sarkozy aura fixé des objectifs sur le nombre de reconduites à la frontière. 25000 en 2007, 29000 en 2010. L'immigration légale elle restera stable à environ 130 000 par an depuis 2002, mais le Président actuel aura cherché à remplacer l'immigration « subie » par l'immigration « choisie ». Cette formulation aura provoquer un froid diplomatiques avec les africains qui ne voyaient pas d'un très bon œil leurs jeunes les plus qualifiés être accueilli à bras ouvert en France, tandis que les autres, les plus miséreux, être pourchassés en Europe.

A l'approche de la campagne électorale de 2012, les discours se sont fait plus rude envers les immigrés, qu'ils soient choisis ou subis. La chasse aux électeurs frontistes était repartie de plus belle notamment en promettant de rétablir les frontières nationales en cas d'échec à renégocier Schengen (renégocier quoi exactement ?) et une division par deux du nombre d'immigrés légaux en France. La circulaire durcissant les conditions d'accueil des étudiants étrangers en France aura fait grand bruit en 2011, notamment par son caractère rétrograde dans une période de vieillissement de la population européenne. Le bilan de cette politique d'esbroufe est simple : la complexification des conditions d'immigration légale auront fait augmenter l'immigration illégale … et donc la misère associée.

Nicolas Sarkozy aura aussi été, par le passé, le Ministre de l'Intérieur qui aura fait procéder à des interpellations pour « délit de solidarité ». Toute personne ayant aidé des personnes en situations irrégulières peut donc être poursuivie. Mieux, ces interpellations font l'objet désormais d'objectifs chiffrés comme le reste de la politique répressive du gouvernement. 5500 « aidants » sont donc ciblés tous les ans et vont être poursuivis. Symboliquement, la première femme interpellée sera une bénévole des « Restos du Coeur » et de « Terre d'errance ».

Nous reviendrons demain sur l'un des faits d'armes de Nicolas Sarkozy en matière d'immigration et de stigmatisation de l'étranger : le discours de Grenoble et l'idée stupide associé de déchéance de la nationalité.

Ces cinq dernières années n'en recèlent pas moins leur lot de propositions honteuses et de déclarations infâmes. Dès la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy déclarera sur TF1 : « Personne n’est obligé d’habiter en France. Mais quand on habite en France, on respecte ses règles, c’est-à-dire qu’on n’est pas polygame, qu’on ne pratique pas l’excision sur ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement.» On se souvient de l'épisode ridicule où Brice Horteufeux demandera ses papiers à un journaliste du Monde, Moustafa Kessous, venu l'interroger, ou du dérapage de ce dernier à propos des auvergnats : « quand y'en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ». L'an dernier, Claude Guéant ira jusqu'à déclarer que « contrairement à ce qu'on dit, l'intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d'origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés». Début 2012, les sondages ne sont pas bons et Claude Guéant se lance sur le terrain vaseux des civilisations « Toutes les civilisations, toutes les pratiques, toutes les cultures, au regard de nos principes républicains, ne se valent pas ».

Au-delà de ces dérapages, plus ou moins contrôlés, le Ministère de « l'identité nationale et l'immigration » et son débat resteront une tâche indélébile sur l'histoire récente de notre pays. Un coup de canif inacceptable porté à notre cohésion nationale et pour tout dire … à notre identité. L'identité nationale française s'est construite à la Révolution Française et à Valmy, où des soldats volontaires de toutes régions, de toutes origines et sans distinction, sont venus défendre la France, la République naissante et la Révolution contre les monarchies européennes venues, elles, à la rescousse de leur cousin Louis. Les communes sont également consubstantielles de notre identité en ancrant la démocratie au plus près des citoyens et lui donnant corps, dès la Révolution et la naissance de la République. L'identité nationale française s'est construite autour de lois symboliques et caractéristiques comme celles de 1905 et de 1901. Notre identité nationale ce sont les droits de l'homme et du citoyens et le préambule de notre Constitution. Notre identité nationale, c'est l'héritage du conseil national de la résistance. L'égalité, la liberté et la fraternité, auxquelles nous avons ajouté la laïcité. La France n'est pas une nation ethniquement homogène. Elle ne l'a jamais été. Elle ne l'a jamais été non plus homogène religieusement. Alors pourquoi opposer aujourd'hui immigration et identité nationale ? Pourquoi opposer islam et identité nationale ? Au prétexte que quelques femmes en France portent une Burqa. Notre identité nationale s'est aussi construite autour du droit d'asile mentionné explicitement dans le préambule de notre constitution. Enfin, notre identité nationale est née de l'association des notion de liberté et d'égalité. C'est pourquoi designer des citoyens de seconde zone, au prétexte d'une origine étrangère ou d'une religion, est foncièrement contraire à notre histoire et à nos traditions depuis plus d'un siècle.

Nicolas Sarkozy a continué sa campagne électorale de 2007 durant tout le quinquennat qui s'achève. Il avait réussi à détourner, au prix d'une campagne électorale très droitière et nationaliste, dans la continuité de son action au ministère de l'Intérieur, à siphonner une large part des voix du FN. Une fois élu, il a été contraint de constater tout l'intérêt économique de l'immigration. Les électeurs du FN allaient donc être déçus et il fallait donner le change. Nicolas Sarkozy a donc choisi d'utiliser ses talents de communiquant en organisant l'odieux débat. Au premier tour des élections présidentielles de 2012, les citoyens français reclus par le peur de l'étranger lui ont donné une réponse cinglante en retournant vers Marine Le Pen. Les valeurs fondamentales françaises ont donc été piétinées cinq ans durant … pour rien.

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