Sarko 2007-2012, le Best-of, Jour J : "Quelle affaire !"

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 3 mai 2012, Jour J: Ne mettez pas votre nez dans mes affaires !

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Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à parler de Dominique Strauss-Kahn à François Hollande lors du débat d'entre deux tour. Il souhaitait éclabousser le candidat socialiste du déshonneur et de l'opprobre qui frappe l'ancien patron du FMI. François Hollande s'en est tenu au strict respect de la présomption d'innocence. Pourtant, peut-être aurait-il dû faire valoir la « présomption de légitime défense », en retournant au candidat sortant la petite liste d'affaires qui s'approchent de plus en plus de lui. François Hollande n'a bien évidemment rien à voir avec les égarements de DSK. Nicolas Sarkozy est, lui directement visé dans plusieurs affaires nauséabondes.

Essayons de synthétiser. La première affaire concerne le financement de sa campagne électorale de 2007. C'est une affaire à tiroirs qui comprend plusieurs sous-affaires. En effet, il existe des investigations et des mises en examens, notamment de Patrice de Maistre et d'Eric Woerth, dans l'affaire « Bettencourt ». Il serait question de plusieurs centaines de milliers d'euros qui seraient passés, presque directement, des comptes de la milliardaires française et ceux de la campagne de Nicolas Sarkozy. Cette affaire a connu de nombreux rebondissement et notamment lorsqu'à éclaté celle des « fadettes ». Le procureur Courroye, nommé à Nanterre contre l'avis du conseil supérieur de la magistrature par Nicolas Sarkozy, et lui même nommé directement dans les enregistrements pirates à l'origine de l'affaire, s'est permis de réclamer à France Telecom, la liste des communications passées par des journalistes afin de savoir d'où pouvaient venir les fuites sur les perquisitions menées par la juge d'instruction Isabelle Prévost-Deprest. Cette dernière, enquêtait alors sur l'autre affaire Bettencourt, celle qui concerne la tutelle de la milliardaire ou plus exactement la tutelle de sa fortune.

Une autre affaire n'en est qu'au stade de la « presse » pour l'instant. Celle qui traite du possible financement de cette même campagne victorieuse de 2007 par le dictateur libyen, feu le Colonel Kadhafi. Les déclarations de Mouammar Kadhafi et de son entourage ne laissaient planer que peu de doute. Les dernières révélations de Mediapart confirment cette hypothèse. Kadhafi, depuis renversé, aurait financé la campagne Sarkozyste à hauteur de 50 Millions d'€. Reste à la justice d'être saisie.

Nous avons déjà évoqué ici les petites affaires de la « République loin d'être irréprochable », comme celle de l'arbitrage de Bernard Tapie ou les errements de nombreux ministres, dont cinq (Joyandet, Woerth, Alliot-Marie, Blanc, Jouyet) ont été contraints de démissionner pour « raison judiciaire », ce qui est un record. Dans cette possible dernière chronique « avant FH », nous nous attardons uniquement sur les énormes scandales et les affaires tentaculaires.

S'il en est une qui est tentaculaire c'est l'affaire dite « Karachi ». En 2002, un bus explose dans un attentat, à Karachi, Pakistan. À son bord, 11 français qui travaillaient sur l'assemblage d'un sous-marin vendu par la France au Pakistan et qui périront dans l'attentat. Toutes les hypothèses sont envisagées jusqu'à ce qu'un scenario s'impose. Ce scenario est celui évoqué dans le dossier « Nautilus » de la DCN. Nautilius expose le mécanisme des retro-commissions qui permettaient à tous les acteurs de ce type de contrat de mettre un peu de beurre dans les épinards. En 1994, date de signature des contrats considérés, Edouard Balladur est premier Ministre, mais c'est Jacques Chirac qui détient les clés du RPR et donc des finances nécessaires à toute campagne électorale. Edouard Balladur qui veut être candidat en 1995, contre son ancien mentor, est « à sec ». Le mécanisme de retro-commission visiblement habituel sur les contrats de la défense peuvent donc lui permettre de financer sa campagne. Mais en 1995, c'est Jacques Chirac qui est élu. Il décide de suivre le rapport Nautilus et de faire le ménage immédiatement. Il stoppe le versements des retro-commissions vers le Pakistan. L'attentat de Karachi fait partie des représailles. Edouard Balladur présente alors des comptes de campagnes bidonnés au Conseil Constitutionnel et l'affaire finit par éclater et les langues par se délier. Le Ministre du budget de l'époque et membre de l'équipe de campagne resserrée du candidat Balladur, s'appelle Nicolas Sarkozy.

Toutes ces affaires démontrent que Nicolas Sarkozy a bien appris de ses deux mentors : Jacques Chirac et Charles Pasqua. La vision du pouvoir du Président actuel paraît claire : il est le centre du monde et par conséquent, il « doit » parvenir au pouvoir quel qu'en soit le prix et quelle que soit la manœuvre utilisée. Cela ne peut être que bon pour la France. En cela, il est le digne héritier du Prince de Machiavel en se prenant pour le Messie à qui le pouvoir doit revenir. Le cynisme est son moteur et pas seulement « en se rasant ». Karachi, Bettencourt et Kadhafi sont des affaires qui concernent le financement de campagne électorales. L'une perdante mais l'autre gagnante. Récemment, même au sein du conseil constitutionnel, les langues ont commencé à se délier sur 1995. Les comptes de campagne d'Edouard Balladur et de Jacques Chirac auraient dû être rejetés. Cela aurait forcé de nouvelles élections. La campagne de 2007 est d'autant plus trouble qu'elle fût gagnante. Elle aussi aurait sans doute dû être refaite. A moins que la scandale de 95 n'eut mis un terme définitif aux pratiques de financements occultes des campagnes électorales françaises.

Nicolas Sarkozy aura été, de 1995 à 2007, un acteur central de deux élections présidentielles, et si on se retourne vers les circonstances de celles de 2002, de trois. Tout citoyen français devrait aujourd'hui se demander si Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy lui même auraient jamais dû être élu. « La fin justifie les moyens ». Oui mais demain, peut-être, une autre citation, celle de Nicolas … Machiavel dans « l'art de la guerre », pourrait être appropriée : « Le riche désarmé est la récompense du pauvre ». Nicolas Sarkozy battu ne serait plus protégé par son immunité, ni par son pouvoir, ni par ses « riches amis » qui auront tôt fait de retourner leur veste. Contrairement à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy est encore suffisamment jeune pour être amené à répondre de ses actes devant les tribunaux pour ces agissements. Pour la République irréprochable qu'il réclamait lui même, ce serait, semble-t-il, un minimum. Puisque Nicolas Sarkozy n'a pas tenu ses promesses de 2007. Les citoyens français pourraient, dans leur majorité, être tentés de lui rappeler au moins celle là et de la mettre en pratique eux même.

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