Sarko 2007-2012 - le Best of épisode 19 : la règle des trois tiers

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of ! 

En ce 12 Avril 2012, N°19 : la règle des trois tiers

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Le 5 février 2009, lors d'une de ces conférence de presse avec journalistes complaisants et en multidiffusion, que le Président aime tant, Nicolas Sarkozy faisait une annonce choc : « cela fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle (...) Sur 100 de bénéfice, il devrait y en avoir 33 qui reviennent au salarié, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise parce qu'une entreprise, cela doit investir pour continuer à être compétitif ». Il convient de replacer cette annonce dans son contexte. Nous sommes en pleine tourmente financière et pourtant, quelques entreprises, parmi lesquelles Total, annoncent en ce début d'année 2009, des profits record. Le « Président des riches » se doit de donner des gages à des salariés français touchés par la crise et inquiets pour leur avenir. Il tente donc un de ces incroyables coups de bluff dont il a le secret 

Toute la presse ne retient que cela. Tout le monde en parle. L'opération est réussie. L'idée paraît simple sur le papier. Malheureusement, elle est pour ainsi dire inapplicable compte tenu des normes comptables qui ne prennent pas en compte l'intéressement et la participation dans l'excédent brut d'exploitation des entreprises. Ensuite, elle est irréaliste car, suivant cette règle, Total, par exemple, offrirait à ses salariés plusieurs centaines de milliers d'euros par an d'intéressement. D'ailleurs, l'INSEE publie quelques jours plus tard une étude selon laquelle la part dévolue aux salariés dans les bénéfices représente 5,5% des bénéfices des entreprises en France. Enfin, cette mesure  est très loin d'être appliquée dans les entreprises dont l'état est l'actionnaire principal. La SNCF par exemple a accordé en 2008, une prime équivalente à 1/14ème de ses bénéfices.

Laurence Parisot et le MEDEF sont immédiatement vent-debout contre cette mesure en expliquant que « le profit distribuable se répartit en deux : les dividendes et l’autofinancement. Il n’a donc pas à être divisé en trois. Cela  touche à un principe essentiel, le droit à la propriété ! ». Circulez, y'a rien à voir.

Quelques jours plus tard doivent se tenir des discussions, sous l'égide de l'Elysée, avec les partenaires sociaux, avec au menu, cette mesure. Les syndicats ne veulent entendre parler que d'augmentationdes salaires. Le soir même de ces négociations, Nicolas Sarkozy revient sur nos écrans pour mettre de l'eau dans son vin. Il ne s'agit plus des trois tiers mais simplement d'un « meilleur partage des dividendes ».

Dès le mois de mai, Christine Lagarde, Ministre de l'économie et des finances, enterre la mesure: «On peut proposer des outils, des méthodes, mais on ne peut pas cadrer en disant un tiers, un tiers, un tiers ». Pourtant les partenaires sociaux avaient jusqu'au mois de Juillet 2009 pour trouver un accord sur le sujet. On n’entendra plus parler de la règle des trois tiers …

Opération réussie donc pour Nicolas Sarkozy à court terme : mener le débat,  le détourner de ses propres erreurs et réaliser « un coup » médiatique. Sur le long terme, c'est plus complexe. Les électeurs accumulent les déceptions et cela finit par se voir et déborder … Résultat le 6 mai.       

 

 

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