Sarko 2007-2012, le Best-of épisode 21 : la sécurité

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of ! 

 

En ce 10 Avril 2012, épisode 21 : La sécurité : des images, de l'émotion et des chiffres pour masquer un échec patent

 

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En 2002, Nicolas Sarkozy est nommé Ministre de l'Intérieur. Jacques Chirac vient d'être réélu dans des circonstances bien particulières, face à Jean-Marie Le Pen. Le Président de la République est en bout de course. Il repart pour un mandat de 5 ans dont chacun pressent qu'il sera le mandat de trop pour celui qui a déjà échoué au bout de 2 ans dans son premier passage à l'Élysée. Nicolas Sarkozy affute déjà son ambition. Les médias le présente dès le soir de l'élection, et dès sa nomination à la place Beauvau, comme le successeur du vieux lion de Corrèze, lui qui fut son fils prodigue.

A partir de 2002, Nicolas Sarkozy se met en tête de devenir le Jack Lang du Ministère de l'Intérieur et fera de la lutte contre l'insécurité le marqueur de son volontarisme politique et son tremplin vers l'Élysée. Entre 2002 et 2012, il aura été en charge de la sécurité des Français, de manière quasi continue pendant 10 ans. Aujourd'hui, le bilan est terrible pour l'actuel Président. 

Chacun a en mémoire la débauche de moyen et surtout le coup de projecteur médiatique sans précédent qui ont marqué ses premiers mois à Beauvau, avec l'aide des médias amis, notamment TF1, avide d'images racoleuses où la BAC interpelle de petits délinquants de banlieue, en slip au petit matin, pour alimenter son journal de 20h. Nicolas Sarkozy promet pêle-mêle l'impunité zéro mais aussi de « nettoyer les banlieues au Karcher » et de les « débarrasser de la racaille ». Malgré le regroupement de toutes les forces de sécurité intérieure sous son ministère (gendarmerie et police), Nicolas Sarkozy ne saura pas endiguer la montée des atteintes aux personnes qui cimentent le sentiment d'insécurité chez les français.

Il aura, par contre, mis en place une politique du chiffre visant à faire monter artificiellement le taux d'élucidation des crimes et délits en usant habillement de « main courante » pour dérouter les affaires insolubles pour la police. Il aura tout aussi artificiellement fait monter le taux d'activité des forces de sécurité en leurs fixant des objectifs en nombre d'interpellations et de PV notamment. Cela donnera lieu à une frénésie de procès-verbaux routiers et à une pénalisation à outrance des petits délits, notamment lié aux stupéfiants : il est si facile d'interpeller des adolescents en train de « dealer du shit » aux pieds des immeubles … démanteler l'ensemble du réseau c'est une autre affaire. Cette hyper- pénalisation et cette politique du chiffre ont été mises en place au détriment de la politique de prévention et de la police de proximité. Chacun se souvient de ce préfet de police, de Haute-Garonne, humilié devant les caméras pour avoir organisé des matchs de football en banlieue. Sur ces dix années, le chiffre qui aura le plus servi Nicolas Sarkozy et ses amis et successeurs à Beauvau (Brice Hortefeux et Claude Guéant), aura été celui de la baisse tendancielle des atteintes aux biens. Les vols de voitures, proportionnellement très importants dans les plaintes il y a 10 ans, ont baissé régulièrement du fait de la généralisation des systèmes anti-démarrages électroniques. Évidemment, Nicolas Sarkozy s'est auto proclamé responsable de cette baisse et s'est arrogé, sans vergogne, ce succès de l'industrie automobile.

Le deuxième marqueur de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy est la frénésie de texte de loi. Il aura érigé en système, le principe « un fait-divers, une loi ». Cette manie aura duré sept ans, entre 2005 et 2012, les délinquants sexuels et les remises de peine auront été la cible de six lois. Ces lois auront toutes été la réponse à un fait divers ayant marqué l'opinion :

·         Le meurtre de Nelly Cremel en 2005, assassinée par deux hommes dont l'un était en liberté conditionnelle alors qu'il avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité

·         A l'automne 2005, deux nouvelles affaires concernant des violeurs récidivistes condamnés à de longues peines mais ayant bénéficié de remises de peine, provoque l'écriture d'une loi sur la récidive.

·         En 2007, Francis Evrard, à peine libéré, est soupçonné d'avoir enlevé et violé un enfant de 5 ans à Roubaix. Une nouvelle loi sur la récidive est réclamée par le Président à Rachida Dati, alors même que les décrets d'application de la précédente ne sont pas encore sortis. Nicolas Sarkozy demandera alors à la garde des sceaux de proposer que des criminels jugés dangereux par des experts puissent être maintenus en détention au delà de la peine prononcée. Projet de loi introduira aussi la notion de « peines planchers », qui fixe une durée minimale d’incarcération sans possibilité de remise de peine pour les récidivistes les plus dangereux. Entre temps, Nicolas Sarkozy aura théorisé, durant la campagne présidentielle, le caractère supposé génétique de la délinquance et de la pédophilie. Cette loi, sera partiellement censurée par le conseil constitutionnel.

·         En 2009, après l'affaire Marie-Christine Hodeau, Nicolas Sarkozy relancera la piste de la castration chimique des délinquants sexuels

·         En 2010, Natasha Mougel est assassinée dans le Nord alors qu'elle faisait son jogging. Nicolas Sarkozy déclarera alors : « sa totale détermination à tout mettre en œuvre pour qu'une telle tragédie ne puisse se reproduire et pour améliorer dans les plus brefs délais les mesures de contrôle et de suivi des auteurs de crimes sexuels qui présentent un danger pour la société. ». Après 8 ans passés en responsabilité de la sécurité des Français, cela pourrait paraître un tantinet outrancier.

·         En 2011, Tony Meilhon perpètre un crime odieux sur la jeune Leaticia, à Pordic (44). Cette affaire relancera l'UMP sur la piste des récidivistes mais il s'avèrera finalement que Tony Meilhon n'avait jamais été condamné pour agression sexuelle auparavant. Ce dernier avait néanmoins fait de la prison et avait purgé l'intégralité de sa peine, ce qui n'avait pas entraîné de contrôle judiciaire. Cette situation conduira Nicolas Sarkozy à s'en prendre directement aux magistrats qui l'avaient libéré.

·         Finalement, le meurtre de la jeune Agnès par un de ses camarades de classes, pourtant connu pour des faits de viol dans le sud de la France et « éloigné » par la justice des mineurs, mais sans que le collège d'accueil du jeune homme ne soit informé de sa dangerosité, donnera lieu à la dernière salve de projet de loi « émotionnel » de l'ère Sarkozy.

Cette surenchère de texte de loi a fini par lasser jusque dans les rangs de l'UMP. Beaucoup sont encore inappliqués aujourd’hui.

Sur les dernières années du quinquennat, les députés UMP, Eric Ciotti en tête, n'auront plus qu'un mot à la bouche en matière de sécurité : la vidéosurveillance. Son efficacité est clairement mise en cause aujourd'hui quand son coût est jugé exorbitant. La vidéo surveillance apparaît surtout comme une manière de réduire les forces de sécurité tout en rassurant le « bourgeois » des centres-villes.

Le bilan sécuritaire de Nicolas Sarkozy se résume donc à une méthode, « la frénésie législative », un leitmotiv, « l'émotion », un paravent, « la politique du chiffre » et un souvenir persistent malgré le travail des agences de communication et l'agitation médiatique du responsable : les émeutes de 2005 qui ont enflammé le pays et qui auraient du signifier, dans toute démocratie mature, la fin de la carrière politique du Ministre de l'Intérieur de l'époque, pour incompétence et inconscience manifeste … Mais c'est la France : il a été promu deux ans plus tard, au terme d'une campagne où son adversaire féminine aura été critiquée par l'UMP et certains médias pour sa supposée … incompétence.

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