Sarko 2007-2012, le Best-of épisode 17 : Le discours de Toulon 1

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 14 Avril 2012, N°17 : Le discours de Toulon

agora-superman_teaser_jpg.jpg

Nous sommes le 25 septembre 2008. La crise des subprimes, de crise immobilière américaine devient crise financière et économique mondiale. Nicolas Sarkozy fait alors ce qu'il sait faire le mieux : il s'agite et organise de grand show médiatique où il tente de s'imposer comme le Superman, de la France, de l'Europe et du Monde. Il réunit, à Toulon, les parlementaires UMP pour prononcer un discours qui rappelle, à maints égards, le discours de Jacques Chirac à Johannesbourg sur l'environnement : une sortie de piste médiatique préméditée d'un responsable ne croyant pas un mot de ce qu'il dit et qui a fait tout le contraire depuis le début de sa carrière politique. Ce jour là Nicolas Sarkozy prononce un discours que Jean-Luc Mélenchon ou John Maynard Keynes n'auraient pas renié1.

Ce discours mérite d'être relu dans son intégralité mais quelques perles sont restées dans les mémoires. « L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle »et « l'économie de marché c'est le marché régulé […] ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres ». Dans ces passages, Le Président semble comme touché par la grâce, inspiré par Jean Jaurés ou Léon Blum, qu'il invoquait déjà lors de sa campagne de 2007. Mais cela ne dure pas et très rapidement, il enchaîne par un exposé sur les fondements et l'histoire du capitalisme qui lui rendent subitement le nez rouge dont il ne se sépare que momentanément. « Le capitalisme c'est ce qui a permis l'essor extraordinaire de la civilisation occidentale depuis sept siècles. ». Sept siècle ! Mince … il semble donc que Philippe Le Bel ou Jeanne D'Arc aient vécu la fondation du capitalisme !

Nicolas Sarkozy accumulera, ce soir là, les déclarations martiales dont il a le secret. « L'autorégulation pour régler tous les problèmes, c'est fini. Le laissez-faire, c'est fini. Le marché qui a toujours raison, c'est fini ». Il s'engage donc, dès 2008 à encadrer les rémunérations les plus élevées, à réglementer les activités des banques, à dénoncer les paradis fiscaux ou à contrôler les agences de notation. Chacun peut, en essayant de se remémorer les projets de loi ou de résolutions internationales qui auraient dû traduire dans le concret ces déclarations, et en tirer la conclusion qui s'impose : il n'en reste rien. Pourtant Nicolas Sarkozy n'hésitera pas à déclarer un an plus tard que « Les paradis fiscaux, le secret bancaire. C’est terminé.»sur la base d'une fragile et malhonnête liste grise de paradis fiscaux que Monaco a quitté en signant quelques accords bilatéraux avec Liechtenstein ou Andorre ...

 

Nicolas Sarkozy, s'autoproclamant « Président de l'Union » au motif que la France préside pour un an l'Union Européenne, promet ensuite de « proposer des initiatives » au niveau continental. Sans doute pensait-il déjà aux multiples conférences de presse qu'il mènera avec Angela Merkel, trois ans plus tard, devant une zone euro à l'agonie, pour annoncer que la Grèce est sauvée ... re-sauvée … et encore, et encore …

 

Il enchaînera sur une apologie de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), des 30 000 suppressions de postes de fonctionnaires par an, de la réforme de l'hôpital, de la refonte de la carte judiciaire, des restructurations militaires et annoncera la réforme des collectivités territoriales qui pèsent tant sur le fonctionnement des communes et des départements aujourd'hui. Nicolas Sarkozy n'hésite donc pas à associer dans un même discours une remise en cause totale du libéralisme financier et une apologie de la démolition de force publique. On dénonce les dérives de la spéculation, d'une finance qui serait le cancer de l'économie productive pour en arriver, au moment des solutions, à la remise en cause des services publiques, notamment du service publique d'éducation qui paiera le prix le plus fort à la RGPP. La cohérence est contestable. A moins que Nicolas Sarkozy ait eu conscience dès fin 2008, qu'il ne pourrait rien contre la finance mondiale et qu'il fallait se plier à ses désidératas et démanteler les services et les politiques publiques.

 

Ce qui ressemble à la conclusion de ce discours mérite de passer à la postérité : « Dans la situation où se trouve l'économie je ne conduirai pas une politique d'austérité qui aggraverait la récession. Je n'accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Mon objectif est de rendre du pouvoir d'achat aux Français non de leur en prendre ». Nous sommes en 2011 et chacun sait ce qu'il est advenu de ces belles promesses.

 

La fin de son discours sera orienté vers l'économie verte du 21ème siècle qui devait naître avec le principe pollueur payeur, le Grenelle de l'environnement et la modestie énergétique. Nous avons déjà traité ici de la relation creuse de Nicolas Sarkozy à l'écologie pour ne pas nous étendre plus avant sur cette énième escroquerie d'un discours qui, s'il avait été prononcé par un Président de gauche, renouant avec l'esprit Keynesien d'une économie au service de l'homme et régulée, serait passé à la postérité. Avec le recul, dans la bouche de Nicolas Sarkozy, ce discours sonne comme un bras d'honneur à tout ceux qui paient aujourd'hui les conséquences de la crise et de l'austérité, notamment les jeunes qui s'inquiètent de voir notre planète se mourir et qui paient le plus lourd tribu au chômage et à la RGPP, notamment au travers du démantèlement de l'éducation nationale réclamée par la finance mondiale à un pays qui a eu le tort en 1945, de mettre en place les fondements d'une république sociale et solidaire.

 

1 http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/25/le-discours-de-nicolas-sarkozy-a-toulon_1099795_823448_1.html

Commenter cet article