Sarko, 2007-2012, le Best-of, j-4 : les révolutions arabes

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 1er mai 2012, J-4: Les révolutions arabes ou comment passer (encore) à côté de l'Histoire

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Nous avons déjà parlé ici du rapport émotionnel qu'entretient Nicolas Sarkozy avec l'Histoire. Nous avons aussi évoqué sa manière si … particulière, de traiter l'Afrique et son passé. Dire que les révolutions arabes, qui ont démarrées en Tunisie en décembre 2010, n'avaient pas été anticipées par le gouvernement et les services de renseignements français serait en dessous de la vérité. 

Les premiers mouvements ont eu lieu à Sidi Bouzid, en Tunisie. Le 17 décembre Mohamed Bouazizi s'immole par le feu après la confiscation de ses marchandises par les autorités. La révolution tunisienne prendra essentiellement la forme de manifestations pacifiques et de sit-in qui visaient essentiellement à protester contre le chômage et la précarité des jeunes, y compris des jeunes sur-diplômés. Après un mois de manifestations en continue dans tout le pays, Ben Ali est contraint de quitter de le pouvoir et le pays. Il se réfugie en Egypte … comme un symbole.

Dès le début des manifestations de Sidi Bouzid, Michèle Alliot-Marie, Ministre des affaires étrangères rencontre son homologue tunisien. La France, par sa voix, appelle au calme en déclarant que les manifestations de Sidi Bouzid ne sont « dans l'intérêt de personne » (!) et va jusqu'à proposer l'aide de la France au gouvernement tunisien : « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Cette position provoque un tollé en France même si le soutient à la dictature Ben Ali est très ancien et « transcourants ».

Quelques jours plus tard, des mouvement sont lancés en Algérie, au Yemen ou en Jordanie. Et en Janvier ce sont l'Egypte et la Syrie qui s'enflamment. Les émeutes égyptiennes provoqueront le départ d'Hosni Moubarak mais aussi la mort de 840 citoyens égyptiens sous la répression des fidèles du régime. La révolution Syrienne sera elle aussi réprimée dans le sang par Bachar El Assad et les massacres continuent encore aujourd'hui. En février la Libye se révolte à son tour et le colonel Kadhafi, lui aussi, n'hésite pas à pointer ses armes sur son propre peuple. Finalement, en mars, voyant les insurgés perdre du terrain, Nicolas Sarkozy finira par réagir …

Cette réaction sert aujourd'hui d'argument au candidat sortant pour justifier son hostilité prétendue aux régimes dictatoriaux d'Afrique du Nord et à Kadhafi en particulier. Mais cette offensive Libyenne, qui permettra la capture et l'exécution du « Guide de la révolution Libyenne », est intervenue après tant de polémiques et avec tant de retard qu'elle apparaît clairement comme une tentative d'épouser le sens de l'histoire ... a posteriori.

Les voyages complaisamment offerts par les régimes dictatoriaux d'Afrique du Nord à divers ministres, au moment même des premières manifestations feront les gros titres et provoqueront, le départ de Michèle Alliot-Marie du gouvernement. La France passera aussi à côté de la révolution égyptienne.

Pire, la droite sarkozyste poussera, quelques semaines plus tard, le ridicule jusqu'à tomber dans une dérive xénophobe, islamophobe et anti-immigration. Chacun se souvient de ces bateaux surchargés de tunisiens en détresse qui commencèrent à accoster en Europe, notamment sur l'île de Lampedusa. Nicolas Sarkozy n'avait alors pas hésité à pointer les conséquences majeures sur « les flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme », en ajoutant que « c'est toute l'Europe qui serait en première ligne ». Flux migratoire incontrôlable ? 20 000 tunisien paniqués ? Vraiment ?

La ligne jaune sera franchie par Chantal Brunel qui déclarera : « les Français trouvent qu'on débat beaucoup mais qu'il n'y a pas d'actes concrets (...). Il n'est pas normal qu'on ne [les] rassure pas sur toutes les populations qui viennent de la Méditerranée. Après tout, remettons-les dans les bateaux ! ». L'intéressée persistera quelques jours plus tard au micro de BFM : « Je maintiens les propos. Quel est le problème ? Nous avons à faire face à des réfugiés clandestins. J'ai fait un raccourci, j'ai utilisé le terme de "bateaux", bon... Bien sûr, parce qu'ils sont arrivés par la mer, il ne s'agit pas de les mettre dans les mêmes bateaux qui les ont amenés, mais dans des bateaux. Il faut bien les ramener dans leur pays. Notre pays n'a pas vocation à accueillir, comme disait Rocard, toute la misère du monde. Maintenant si on ne peut plus utiliser le terme "bateaux" parce que Marine Le Pen l'a fait, où allons-nous ? Il est bien évident que j'ai résumé (...) ma pensée par un raccourci que je regrette. Mais qu'allons-nous faire de tous ces réfugiés clandestins ? ».

L'intervention libyenne ressemble fort, dans ce contexte, à une session de rattrapage et de rétropédalage, à un an des élections présidentielles françaises. On en peut que se réjouir de la chute de Kadhafi, tout cela ne saurait faire oublier l'incroyable erreur d'appréciation et d'anticipation commise par Nicolas Sarkozy qui a décidément un problème avec l'Histoire. Et que dire des dérives qui ont suivi concernant un afflux massif de réfugiés nord-africain qui n'a même pas eu lieu ? Nicolas Sarkozy, que Kadhafi qualifiait d'ami juste avant sa chute, a peut-être un peu trop frayé avec les régimes corrompus et dictatoriaux d'Afrique pour avoir tout simplement accepté les révolutions arabes. Il comptait sur Moubarak, Kadhafi, El Assad et Ben Ali pour être les fers de lance de son Union pour la Méditerranée. On en entend plus parler, bien évidemment. Tel un culbuto, il s'est rapidement remis pour embrayer sur ce qui sera l'axe de sa campagne électorale un an plus tard : xénophobie et expérience internationale. Pas sûr que les citoyens français aient tous la mémoire aussi courte.

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