Sortir du nucléaire en 20 ans est théoriquement possible

Publié le par l'agora de Bretagne

agora-de-bretagne-hollande-nucleaire.jpgBenjamin DESSUS de l’association Global Chance en fait la preuve

Sortir du nucléaire en 20 ans est théoriquement possible

 

Par Christophe KERGOSIEN



L’accident nucléaire de Fukushima a rouvert le débat sur les risques liés à ce processus de production d’électricité. En Allemagne, Angela MERKEL a fait le choix d’accélérer la sortie du nucléaire entérinée de manière consensuelle en 2000. Ce pays produit 22 % de son électricité à partir de la transformation de l’uranium là où la France compte une production de 75 % ! Le mix électrique n’est par conséquent pas du tout le même comme n’est pas identique la question sous-jacente du choix industriel. Là où en Allemagne l’électricité nucléaire est considérée comme une énergie de transition, elle constitue en France le cœur du système électrique français. Les objectifs allemands d’ici 2020 sont clairs. Johannes KINDLER, vice-président allemand du Conseil des régulateurs européens de l’énergie nous les rappelait récemment dans la lettre de la Commission de régulation de l’énergie (n°25), http://www.google.fr/search?q=Johannes+Kindler+CRE&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a  :

 

- une réduction de 10 % de la consommation d’électricité

- le développement des renouvelables pour atteindre 35 % de la production d’électricité

- le renforcement des capacités de production au gaz et au charbon en ajoutant aux 8 000 MW entrant en service en 2013 10 000 MW supplémentaires d’ici 2020.

 

Parallèlement, un programme de recherche sera activé, complété par le développement des infrastructures de transport et de distribution. 

 

Benjamin DESSUS est un ingénieur et économiste français. Il anime avec d’autres experts énergéticiens comme le polytechnicien Bernard LAPONCHE l’association Global Chance dont la sagacité de ses membres s’exerce sur les systèmes énergétiques. Il vient de produire une note en date du 21 juin 2011 dans laquelle il fait la démonstration qu’une sortie du nucléaire en 20 ans est tout à fait crédible en France (http://www.global-chance.org/IMG/pdf/SortirDuNucleaireEn20ans.pdf). Il part de la réalité du paysage énergétique français et décrit la transition qu’il juge possible et raisonnable chiffres à l’appui.

 

En s’inspirant de l’exemple allemand, il projette un arrêt des réacteurs nucléaires après une durée de vie moyenne de 33 ans. Ainsi, en 2020, l’arrêt des réacteurs construits de 1977 à 1985 se traduirait par une perte de production de 230 TWh. La production d’électricité nucléaire ne serait plus que de 180 TWh à cette date.

 

En jouant sur la sobriété des usages spécifiques d’électricité (hors chauffage donc), une éradication progressive du chauffage électrique et un remplacement des chauffes eau électriques dans le résidentiel et le tertiaire, un effort substantiel d’économies dans l’industrie et l’agriculture, il estime le besoin final en électricité à 332 TWh auquel il faut ajouter une électricité de production de l’ordre de 60 TWh.

 

Pour répondre à ce besoin, il s’appuie sur les objectifs du Grenelle de l’environnement :

 

- 70 TWh d’hydraulique,

- 53 TWh d’éolien,

- 5 TWh de photovoltaïque,

- 15 TWh de biomasse

 

Soit au total une perspective de 143 TWh d’origine renouvelable. Ajouté aux 180 TWh d’électricité nucléaire restant en 2020, il manquerait encore à cette date 69 TWh de production. La compensation se ferait par la production d’électricité d’origine fossile, notamment à partir de centrales à cycle combiné gaz.

 

Selon Benjamin DESSUS, il serait tout à fait possible de maintenir les besoins électriques français à 340 TWh en 2031 sans recours au nucléaire. Mais il faudrait encore produire 70 TWh d’électricité grâce à des cycles combinés gaz.

 

Et de conclure : « Une sortie du nucléaire en 20 ans semble envisageable si elle est fondée sur un programme ambitieux et pérenne d’économie d’électricité et de promotion de l’électricité renouvelable. Elle impose un effort important de redistribution entre les français et des politiques incitatives fortes à la sobriété d’achat et de comportement en même temps qu’une politique industrielle centrée sur l’efficacité des outils et les énergies renouvelables ».

 

Benjamin DESSUS a le grand mérite de décrire les conditions d’une sortie plausible du nucléaire, il va au-delà du seul argument électoraliste. C’est sur cette base qu’il serait intéressant d’envisager la négociation entre les écologistes et le candidat socialiste à l’élection présidentielle. Cela revient à définir les grandes orientations en faveur d’un nouveau système électrique basé sur la demande et non plus sur l’offre comme c’est encore le cas aujourd’hui. Mais ce débat, bien qu’il soit prioritaire en France, ne peut s’exonérer d’une réflexion plus large sur les choix énergétiques de la France, la fin du pétrole représentant un horizon certainement plus problématique pour les sociétés qui ne s’y préparent pas. En optant pour une autre politique énergétique, à confort égal pour l’usager, la France cheminerait sur les pas de l’Allemagne et permettrait certainement de préparer un destin énergétique tout à fait original et prometteur à l’échelle européenne. Ce serait, après le charbon, un nouveau socle pour la réalisation de l’idéal européen à la peine depuis plus d’une décennie.

Ce qui compte n’est pas tant finalement la durée d’une sortie du nucléaire que la nécessité d’en acter le principe et d’engager dès maintenant et objectivement les moyens pour construire un autre système électrique, et plus loin un autre horizon énergétique, territorialisé et européen. Martine AUBRY dit vaguement oui à la sortie du nucléaire quand François HOLLANDE refuse de se prononcer sur le principe mais affiche la volonté de réduire à 50 % sur une décennie la part du nucléaire dans le mix électrique français ce qui correspond à l’effort entrepris outre-Rhin. Cet entre-deux n’est pas satisfaisant mais la négociation doit permettre une avancée positive à la condition qu’elle se fasse, au-delà des mots, sur une volonté claire et des bases concrètes. Plus que l’engagement symbolique, c’est la question du mode d’emploi et les conséquences d’une telle évolution qui intéressent les Français.

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