Vers un « new deal écologique » automobile

Publié le par l'agora de Bretagne

Par Christophe KERGOSIEN

 

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L’association des collectivités sites d’industrie automobile (acsia) vient d’éditer un livre blanc intitulé, « Enrayer le déclin du site automobile France ». Les travaux ont été coordonnés par Philippe BONNIN, président délégué de l’association et maire de Chartres-de-Bretagne. 

 

On connait les difficultés rencontrées par la filière automobile tout particulièrement par PSA dont le site d’Aulnay est clairement en sursis tout comme celui de La Janais même si cela est moins évident pour ce dernier. Ce libre blanc tombe au bon moment, au lendemain des législatives qui clôturent un cycle électoral qui a vu la victoire de François HOLLANDE et du Parti Socialiste. Pas de doute, il devrait occuper une bonne place sur le chevet du ministre du Redressement productif confronté depuis un mois à la multiplication des plans sociaux. Il est aussi intéressant de constater que le président de l’acsia n’est autre que le tout nouveau ministre de l’Economie, Pierre MOSCOVICI.

 

Des livres blancs sur la filière automobile, il y en a eu. Alors dirons certains, un de plus ou un de moins, qu’est ce que ça change ? Et bien l’analyse de la compilation de l’acsia rompt avec la langue de bois habituelle et certains mirages entretenus pour maintenir la satanée confiance des consommateurs sans laquelle les ventes chutent. Les auteurs de ce livre blanc sortent du bois en observant tout simplement quelques données économiques de base en les mettant en face des stratégies industrielles arrêtées pour constater leur échec. L’illusion du très démagogique débat de la Présidentielle sur notre industrie menacée par l’étranger tombe très vite pour revenir plus sérieusement aux responsabilités économiques et politiques internes à la France car tout simplement des choix ont été faits et il convient de les assumer. Ainsi la concurrence des PECO (pays de l’est européen) et de la Turquie, positionnés sur les petits modèles d’entrée de gamme est la conséquence du choix français d’externaliser cette production dans ces pays qui se traduit dans la balance commerciale par des importations massives. De la même façon, se concentrer sur l’Allemagne pour la concurrencer sur les gros modèles a montré toutes ses limites ce que les chiffres des Douanes révèlent très clairement. Ce sont bien les délocalisations organisées hier pas PSA qui menacent aujourd’hui la survie du site d’Aulnay. 

 

En menant ce qu’ils appellent « une réelle expertise indépendante » et en abordant « les vrais problèmes de compétitivité », les auteurs entendent contribuer à la « sortie de la spirale du déclin » du secteur automobile français. On perçoit à la lecture de ce livre blanc que deux solutions s’offrent à nous : fermer les yeux sur la stratégie actuelle et ses conséquences sur la structuration de l’outil industriel, attitude qui se traduira par un accompagnement de fin de vie (l’idée de M. MONTEBOURG de relancer la très libérale prime à la casse est ainsi funeste car elle ne permettra au mieux qu’une petite respiration avant la mort) ou bâtir une nouvelle stratégie en tenant compte de la réalité du marché automobile et des évolutions à venir (qui elle aussi n’en doutons pas se matérialisera dans un premier temps par des disparitions d’emplois et certainement des fermetures de sites).  

 

Au stade où nous en sommes, il y a fort à craindre que les salariés payent les pots cassés des erreurs stratégiques antérieurs. Mais il faut aussi être conscient que s’il n’y a pas adaptation claire et coordonnée avec le soutien des pouvoirs publics, c’est l’ensemble de la filière qui risque de disparaître. Or, les syndicats de salariés ne semblent pas être dans cette posture, ils campent sur une position purement défensive des emplois et des conditions de travail. Compréhensible mais insuffisant semble-t-il. 

 

Ce que les auteurs nomment le « new deal écologique » automobile dans le cadre d’une approche plus globale sur la mobilité durable apparaît pourtant comme la voie de la sagesse, celle qui va créer demain de nouvelles valeurs, celle qui est en phase avec le marché européen. PSA vient de sceller un accord avec Général Motors, l’un des Big Three américain sauvé par l’Etat au pays du libéralisme ! Ce sont des milliards que BUSH d’abord puis OBAMA ensuite ont injecté dans l’appareil industriel totalement vacillant face à l’offre de Toyota. Les Big Three sont passés de la production de gros modèles énergivores symboles de l’Amérique toute puissante à la production de petits modèles moins consommateurs mais plus intelligents avec les technologies de communication embarquées. Cette réorientation a coûté excessivement chère au pouvoir public et aux salariés (pertes d’emploi, renégociation à la baisse des conditions de travail) mais elle a permis aux Big Three de sortir de la tourmente pour espérer s’inventer un nouvel avenir industriel.

 

Il n’y a donc pas de fatalité sauf à s’enfermer dans une posture conservatrice. On attend avec impatience l’écriture et la description de cette nouvelle stratégie car le temps est compté. On ne peut que vous inviter à lire ce livre blanc très éclairant de l’ascia.


Livre blanc ACSIA - juin 2012
par l'agora de Bretagne

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