Voter dimanche, c'est anticiper le changement !

Publié le par l'agora de Bretagne

La primaire citoyenne constitue une formidable rampe de lancement

 

La primaire citoyenne organisée par le Parti Socialiste constitue déjà un succès. A deux jours du premier tour, l'engouement suscité par les débats et cette approche inédite de l'élection phare que constitue la présidentielle dans le processus de la Vème République semblent créer un regain d'intérêt pour la chose démocratique. Sans même discuter de la qualité des débats, on jauge déjà la puissance de la mécanique à l'œuvre. La primaire, dans le dialogue qu'elle ouvre avec les citoyens, est assurément un facteur dynamique qui permet de sortir de l'entre soi politique et des pesanteurs claniques de l'appareil partisan. 

 

Le Parti Socialiste dispose d'un projet travaillé en son sein avec une volonté retrouvée d'ouverture au monde intellectuel. Une démarche peut-être encore balbutiante mais qui a le mérite de provoquer un premier dépassement de l'appareil politique dont les limites en terme de réflexions et de propositions sont bien connues. Le constat est là et somme toute largement partagé, le temps des partis, avec la multiplication des échéances électorales est accaparé par la préparation tactique et stratégique des élections pour espérer être consacrer à la crédibilité et au fonds des propositions. 

 

Malgré les nombreuses insuffisances du projet socialiste, la primaire interpelle les électeurs en ce sens où elle leur donne la possibilité d'opérer un premier choix : définir celui ou celle le ou la plus à même d'incarner l'alternative ou la ou le meilleur candidat, celui d'ores et déjà en capacité de rassembler. Les candidats socialistes l'ont bien compris, la séquence ne consiste surtout pas en un combat fratricide mais bien à se montrer le plus à même à porter le projet qu'ils ont réfléchi et écrit ensemble. Cette situation ne les conduit pas pour autant à s'interdire toute originalité. Ils ont pour eux la reconnaissance du groupe, l'assurance qu'ils partagent globalement les mêmes valeurs et bien entendu un même projet mais avec des variantes véritables au sein d'un parti, d'un mouvement qui, avec la primaire, sont révélées au grand jour et intellectuellement « entendables », « recevables ». 

 

Ce n'est pas tant les différences profondes entre les candidats qui émergent mais bien une approche différenciée sur l'ordonnancement des priorités et la manière de les traiter. Ce qui est ici en jeu est d'abord la constitution d'un capital confiance, la capacité personnelle à, sans la trahir, s'autonomiser par rapport à la famille politique dont on est issue pour tutoyer l'universel, la subtilité qui consiste à laisser entrevoir une gouvernance véritable, basée sur des choix, mais ouverte dans sa  mise en œuvre. 

 

Ce qui se joue avec cette primaire est finalement la crédibilité du projet du Parti Socialiste, qui même imparfait en ressort bonifié car vécu, et la confiance que les électeurs désireux de changement placeront dans l'un ou l'une des candidat-e-s. Une chose est certaine, dimanche, personne, ou alors à la marge, ne se déplacera pour voter contre l'un ou l'autre des candidats mais bien pour celui ou celle qui lui semble le mieux placé pour porter un projet commun largement discuté lors des débats télévisés ou de la campagne de terrains. C'est bien sur le terrain et dans l'adversité respectueuse -les rares coups bas ne parvenant pas entacher la démarche- que cette responsabilité se  construit et se gagne.

 

Finalement, à deux jours du premier tour de la primaire, il y a déjà deux vainqueurs : la démocratie et le projet socialiste qui ne demande qu'à être intelligemment abondé par les autres composantes de la gauche, communiste et écologiste, pour être le plus cohérent possible dans l'action. Le projet socialiste constituera bien la trame de l'alternance de gauche et, à ce stade, on peut d'ores et déjà regretter que l'ensemble de ses composantes n'ait pas fait le choix de débattre pour aboutir à un compromis actif qui est l'essence même du modèle de gouvernance démocratique. Les retrouvailles de second tour auront bien lieu mais probablement dans une logique de rapport de force -le score réalisé- plutôt que dans une dynamique programmatique issue d'un projet socialiste élargi. A moins que le ou la candidate issu des urnes de la primaire ouvre le jeu de la discussion ce qui le renforcerait assurément.

 

Personne ne peut dire quel sera le niveau de participation à la primaire, même s'il n'est pas interdit d'être optimiste. Mais il est à peu près certain que le vainqueur jouira d'une légitimité qui aura à gauche la puissance d'un rouleau compresseur. Bien que rien ne soit acquis, il n'est pas interdit non plus d'imaginer que le candidat de la gauche socialiste arrive en tête au soir du premier tour de la Présidentielle. Il est même d'ailleurs souhaitable qu'il en soit ainsi pour battre Nicolas Sarkozy ou le candidat de la droite et aussi éloigner l'écueil d'une extrême droite, véritable rapace de la vie démocratique aussi imparfaite et frustrante puisse-t-elle paraître dans un contexte de crise. 

 

Encore faudra-t-il être à la hauteur de l'espoir né de la primaire dans les mois qui nous séparent du printemps ! A la gauche française dans sa diversité de faire la démonstration qu'elle n'est pas, image éculée, la plus idiote d'Europe. Cette élection présidentielle doit être celle du changement, en aucun cas l'aboutissement d'un réflexe conservateur de gauche qui se traduirait par des récompenses électoralistes décernées à des publics cibles effrayés par le volontarisme destructeur de Nicolas Sarkozy. 

 

Ce rendez-vous doit permettre à la gauche de franchir un cap. Un coup dans le rétroviseurs lui permettra de savoir d'où elle vient pour mieux aller de l'avant et mesurer le chemin qui lui reste à parcourir pour retrouver la confiance du peuple et ne pas le décevoir. En 2012 et les années qui suivront, la gauche progressiste et écologiste n'a pas le droit à l'erreur. Mais avant tout, dimanche, il faut se rendre aux urnes et voter pour insuffler cette dynamique de changement vital pour la démocratie. La primaire citoyenne constitue ainsi une rampe de lancement tout à fait inespérée, un véritable ballon d'oxygène, qu'il convient d'embrasser sans rechigner.  

 

par Christophe KERGOSIEN et Pierrick MORIN 

 

logo changement

Publié dans POLITIQUE

Commenter cet article

Bretwa 08/10/2011 20:40


Bonjour, à propos de politique, j'ai créé il y a peu plus d'un mois un site, Ratiopol : http://www.ratiopol.fr. Gratuit et sans publicité il a pour objectif d'influer sur les politiques de nos
dirigeants. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et critiques constructives.