Sarko 2007-2012, le Best-of, J-6 : "la République irrespirable"

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements ou symboles de la période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

En ce 27 Avril 2012, N°7 : La République irrespirable

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"Je veux une République irréprochable ». Voilà ce que déclarait Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007.

Héritié politique de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, il n'a pourtant rien d'une blanche colombe. Mais il martèle ce message à l'adresse des électeurs du FN ... déjà.

Cinq ans plus tard, la République irréprochable est devenue irresponsable et irrespirable. Sans revenir sur le Bling-bling, fort peu présidentiel, que nous avons déjà évoqué ici ; sans développer plus avant les affaires comme l'affaire Bettencourt/Karachi/Clearstream, qui feront l'objet d'une autre chronique tant leur caractère tentaculaire méritent qu'on s'y attarde ; cette chronique se penche plutôt sur ces « petites affaires » qui traduisent ce que François Bayrou qualifiait « d'abus de pouvoir » en 2008 ou ceux que quelques ténors de l'UMP avaient qualifié de « carabistouilles ».

Épisode le plus marquant : l'affaire de l'EPAD. Symbolique par son caractère grotesque, elle l'est aussi tant le chef de l'état n'a eu de cesse de vanter la méritocratie tout au long de sa précédente campagne présidentielle. Or la nomination du fils du chef de l'état à la tête de l'organe de gestion du plus puissant quartier d'affaire de France, à l'âge de 23 ans, a fait tomber la France à un niveau de népotisme atteint seulement dans quelques dictatures africaines. L'EPAD, c'est 115 millions d'euros de budget et près de 500 000 emplois induits. Mais qu'il y aurait-il de choquant à ce qu'un gamin de 23 ans, peinant à obtenir sa licence de droit et ayant pour seul fait d'arme politique d'avoir été « élu » sur le siège de son père au conseil général des Hauts de Seine à l'âge de 21 ans, n'en prenne la présidence ? Et alors … n'est-il pas surhomme, comme son père ?

Nicolas Sarkozy, tout juste élu à la Présidence aura aussi su faire jouer son pouvoir de nomination pour se débarrasser des gêneurs ou pour récompenser quelques amis proches. On peut citer Henri Proglio, très proche du Président, bombardé à la tête d'EDF pour un salaire indécent … et cumulable évidemment. Stéphane Richard, que Nicolas Sarkozy admire beaucoup depuis qu'il a fait fortune chez Natixis, nommé à la tête de France Telecom (où l'on aura aussi trouvé un strapontin pour Christine Albanel). La phrase prononcée par Nicolas Sarkozy lors de la remise de la légion d'honneur à Stéphane Richard est restée dans les mémoires : « tu es riche, tu as une belle maison, tu as fait fortune... Peut-être y parviendrai-je moi-même ». Puis il y aura Pierre Mariani nommé à la tête de Dexia ou Laurent Solly que Nicolas Sarkozy pistonnera chez TF1. L'an dernier c'est Anne Lauvergeon qui était évincée brutalement de la tête d'Areva pour avoir oser s'opposer à Henri Proglio, le patron d'EDF, trop proche du « patron ». Le dernier épisode du même genre a été la vraie fausse nomination de Jean-Louis Borloo à la tête de Véolia, histoire de lui faire avaler la pilule de sa non-candidature à l'Elysée. Dans cette série noire, le plus glauque restera la nomination de François Pérol à la tête de la fusion Banque Populaire-Caisse d'Epargne. Fusion qu'il avait lui même orchestrée depuis l'Elysée et son poste de secrétaire général adjoint. Ou comment se créer un job sur mesure depuis le sommet de l'Etat …

Les nominations de complaisance se sont aussi faites pour des raisons plus politiques. Christine Boutin fût éjectée du gouvernement mais Nicolas Sarkozy, grand seigneur, lui confiera ensuite une mission sur « les conséquences sociales de la mondialisation », rémunérée 9500 euros par mois, plus voiture avec chauffeur, secrétariat et bureau. Pierre Charon, ami proche et responsable de la communication de la première dame, fût éjecté après une gaffe sur les « rumeurs » sur le couple présidentiel. Nicolas Sarkozy aura quand même su lui trouver deux strapontins pour le récompenser de sa fidélité : au conseil économique et social d'abord mais aussi par le biais d'une mission sur le « grand Paris ». Mission que Pierre Charon mettra à profit pour piéger l'UMP aux sénatoriales. Là encore, les salaires avoisinent les 10 000 euros par mois.

Enfin, cette rubrique sur les affaires de copinage et de piston ayant touché l'entourage du chef de l'état ne serait pas complète sans évoquer Jean-Charles Marchiani et Bernard Tapie. Le 26 mai 2009, Jean-Charles Marchiani, ancien Préfet du Var, est condamné à trois ans de prison pour "trafic d'influence par personne dépositaire de l'autorité publique". Marchiani est un proche de Charles Pasqua, il doit donc bien détenir un ou deux dossiers sensibles dans un coffre quelque part. Nicolas Sarkozy lui a accordé la grâce présidentielle en octobre 2009.

Bernard Tapie lui, aura bénéficié d'un très, très généreux « arbitrage », Cette procédure permettra à Bernard Tapie de récupérer, très rapidement, près de 400 millions d'euros d'argent public, suite à l'action qu'il avait intenté sur l'affaire Adidas. Il semble en effet que M.Tapie ait été le dindon de la revente d'Adidas par le Crédit Lyonnais, alors qu'il dormait tranquillement en prison. Les voies légales prenant beaucoup de temps et coûtant beaucoup d'argent, Bernard Tapie avait tout intérêt à négocier. Cette procédure a donc été mise en œuvre dès 2007, avec beaucoup de zèle, sur demande express de Christine Lagarde. Le fait que Bernard Tapie, supposé homme de gauche, ait soutenu fortement Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007 est bien sûr parfaitement étranger à cette décision. Pourtant, en 2011, juste avant la nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI, la Cour de Justice de la République, lance une enquête contre elle. Elle est suspectée d'avoir d'avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage, bien qu'ayant eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et alors que ses services l'y avaient incitée. Le tribunal arbitral, juridiction privée, condamnera le consortium de réalisation (CDR), structure publique qui gérait le passif du Crédit lyonnais, à verser à « Nanard » ses 400 millions d'euros … Merci qui ?

La République irréprochable est donc restée dans les cartons. Là aussi, les français, notamment ceux qui dénoncent le « tous pourris » en chœur avec le FN (qui a pourtant été pris la main dans le sac dans toutes les villes qu'il a eu à gérer), pourraient bien s'en souvenir au moment de donner un nouveau blanc seing de 5 ans à Nicolas Sarkozy. A quel poste, « Prince Jean», Bernard Tapie ou Claude Allègre pourraient-ils bien prétendre dans le cas contraire ? Ce pourrait être un petit jeu de pronostic assez amusant … pour rire jaune.

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