N°25 : Sarkozy et l’Histoire

Publié le par l'agora de Bretagne

A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'Agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de la période Sarkozyste. L'Agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of ! 

 

En ce 3 Avril 2012, N°25 : Sarkozy et l’Histoire

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Nicolas SARKOZY a un rapport très particulier à l’Histoire. Un rapport émotionnel. Revenons sur les mesures en rapport avec l’Histoire qu’il a pris lors de son quinquennat.

 

Il y a eu l’épisode des enfants de la Shoa. En 2008, NSarkozy voulait confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français morts dans les camps de concentration, à un élève de CM2 français. Cette annonce avait été faite au dîner annuel du CRIF, ce qui permet d’identifier clairement le caractère politicien de la proposition. Cette mesure a été jugée potentiellement traumatisante pour les enfants concernés (9, 10 ans) par des éducateurs. Ce qui importe, en matière d’enseignement de l’Histoire, ce n’est pas l’émotion suscitée par le caractère injuste, barbare, violent, important de l’évènement mais au contraire l’établissement et l’analyse objective des faits permettant de cerner les causes et les conséquences pour en déduire les méthodes qui permettent d’éviter que ne se reproduisent les drames, de « tirer les leçons » de l’Histoire. Il est évident qu’on ne peut rester complètement insensible à une catastrophe comme la Shoa. Cette émotion est la conséquence de l’agression dont l’évènement est coupable vis-à-vis de nos valeurs, et provoque la « mise en marche » de la société pour qu’elle écrive l’Histoire future en évitant ces régressions. Ce sont bien sur ces valeurs et sur la raison, promue par les philosophes des Lumières, qu’il convient de construire l’avenir. Ressusciter l’émotion, 60 ans plus tard, ne peut que troubler cette réflexion qui doit nécessairement succéder à l’émotion irrépressible qui suit immédiatement l’évènement.

Dans la série « récupération de figures historiques », il y eut aussi le jeune résistant martyr, communiste, Guy Môquet, où là encore Nicolas Sarkozy voulait imposer aux enseignants français sa vision et sa manière d’enseigner l’Histoire et la transformer en émotion. On se souvient aussi des appels à Jaures et Blum que N.Sarkozy, candidat de l’UMP en 2007, lançait au cours de sa campagne présidentielle. L’UMP utilisera aussi dans des clips, les images de François Mitterand et d’Helmut Koll, main dans la main. N.Sarkozy tente d’instrumentaliser des figures importantes de l’Histoire de France, pour essayer de s’installer dans leur costume… pourtant bien trop grand pour lui. On se souvient qu’il a voulu en 2010, toujours dans le même esprit, faire entrer Albert Camus au Panthéon même si « La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible », selon Jean-Yves Guérin, cité dans le "Nouvel Observateur". La famille du grand écrivain s’en était d’ailleurs émue.

En 2012, N.Sarkozy s’est attaché à l’écriture d’une loi contre la négation du génocide arménien. Les précédents de lois mémorielles, loi Gayssot contre la négation de la Shoa et loi Taubira sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l'Humanité, avaient un sens dans la mesure où une partie, très minoritaire mais non nulle, de la population française, tentaient d’utiliser la négation de ces faits historiques pour provoquer la division, la haine et troubler la paix sociale. On se souvient de l’affaire du détail de Jean-Marie Le Pen. Mais qui en France, nie l’existence d’un génocide en Arménie perpétré par la Turquie en 1915 ?  A ma connaissance, cela ne représente pas un « problème » dans la société française. Si la diaspora turque avait été plus importante en France, cela aurait pu être un problème de paix sociale, de conflit entre les immigrés turcs et les personnes d’origine arménienne, mue par des relents de nationalisme les éloignant de l’objectivité nécessaire à l’analyse de l’Histoire. Mais ce n’est clairement pas le cas aujourd’hui. Il nous faut donc conclure que cette loi n’a d’autre objectif « qu’essayer d’écrire l’Histoire ». En quoi une loi pourrait-elle empêcher des individus de manquer d’objectivité ou de connaissances historiques ? Tout cela n’est que manipulation de l’opinion. Finalement, le Conseil constitutionnel a retoqué, le 23 janvier, cette loi mal inspirée et mal écrite : « Le Conseil a jugé qu'en réprimant la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ». Une loi peut réprimer l’abus de la liberté d’expression (Loi Gayssot) mais en aucun cas l’exercice de cette liberté elle-même.

 

Enfin, on se souvient que celui qui est encore Président de la République a tenté, plus récemment, d’exalter la mémoire de la pucelle d’Orléans, sans doute pour commencer sa chasse sur les terres du Front National en vue des élections présidentielles. Jeanne d’Arc étant une des principales figures historiques, considérées comme « patriotes » par excellence avec De Gaulle, Vercingétorix et Charles Martel, même si à gauche on préfèrera sans doute les soldats de la bataille de Valmy. Le Pen voit en ces personnages de l’Histoire de France, des personnes qui ont lutté pour repousser « l’envahisseur » et détourne leur message pour en faire des épouvantails contre l’immigration. N.Sarkozy, au-delà de récupération de voix frontistes, s’inscrit ici dans une lignée plus politicienne, consistant à se placer dans le sillage de grands personnages qui ont « fait » la France. Au vu du bilan Sarkozyste, on serait tenté de se dire qu’il a plus défait la France du 20ème siècle (Laïcité, droits sociaux, séparation des pouvoirs, décentralisation, liberté d’expression, indépendance des médias, …) qu’il n’a « fait » la France du 21ème.

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