Sarko 2007-2012, le Best-of, épisode 16 : "Travailler plus pour gagner plus"

Publié le par l'agora de Bretagne

      A l'occasion des élections présidentielles, et pour se détendre (ou se faire peur c'est selon), l'agora de Bretagne vous offre un petit voyage dans le temps. Revenons en 30 jours sur 30 évènements symboliques de période Sarkozyste. L'agora de Bretagne est heureuse de vous proposer, Sarko 2007-2012, le Best-of !

 

En ce 16 Avril 2012, N°16 : « Travailler plus pour … rien ! »

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Le « tripalium » était un instrument de torture que les romains utilisaient pour punir les esclaves rebelles. C'est de cet « outil » que vient, étymologiquement, le mot travail. Pour les ancêtres de nos amis transalpins, travailler consistait donc à torturer, à « travailler au corps ». Le travail est aussi un terme utilisé aussi pour les accouchements ce qui confirme l'association de la douleur au travail. On sait aussi que les grecs anciens, durant l'antiquité, faisaient travailler leurs esclaves et se consacraient eux, aux plaisirs et aussi à leur devoir au sein de la vie démocratique de la cité. Cette forme de démocratie censitaire était donc réservée à ceux qui pouvaient s'affranchir du labeur quotidien.

En 2007, Nicolas Sarkozy a récupéré avec succès, la valeur travail. En effet, à notre époque, le travail est une valeur positive. D'abord parce que le travail, la capacité à travailler, est la seul richesse que la très large majorité des gens peuvent valoriser et vendre sur le « marché du travail » et représente donc un passeport pour une vie sociale normale. Ensuite, le travail est considéré comme une valeur positive car il est devenu synonyme de courage, par opposition à la paresse. Le candidat de l'UMP, en 2007, propose donc aux français de « travailler plus, pour gagner plus ». Dans le viseur de Nicolas Sarkozy, il y a bien évidemment, les fameuses 35 heures, mises en place par la gauche en 1997. L'autre objectif de Nicolas Sarkozy, c'est d'être le Président du « Pouvoir d'achat ». La droite a toujours considéré que les masses laborieuses n'avaient rien de mieux à faire que travailler, inspirée peut-être par Voltaire dans Candide : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin». La gauche, elle, a cherché à faire en sorte que les progrès techniques et l'amélioration de la productivité permettent de « libérer l'homme du travail » pour lui donner accès à la culture et à la démocratie même si Karl Marx considérait le travail comme « libérateur » pour l'homme. Lui, voulait supprimer le salariat.

« Travailler plus pour gagner plus ». Qu'en est-il 5 ans plus tard ? Analysons simplement les chiffres sur ces deux aspects : le pouvoir d'achat et la quantité de travail.

La quantité de travail peut s'observer sous trois aspects : le nombre d'emplois, donc l'évolution du chômage ; le nombre d'heures travaillées et le nombre d'heures par actif occupé et par an. Toutes ces statistiques associées traduisent une seule et même tendance : celle de la quantité de travail qui est disponible pour les français. Le nombre d'heures par actif occupé est plus complexe à analyser mais compte-tenu du fait que l'attaque de l'UMP visait les « 35 heures », il est intéressant de traduire cela en chiffre précis.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi (catégorie A à E) est passé de 3500000 en novembre 2007 à 4800000 en novembre 2011. Le taux de chômage passant d'un peu moins de 8% en 2008 à, peu ou prou, 10% aujourd'hui.

Selon l'OCDE, le nombres d'heures travaillées en moyenne par actif occupé en France était de 1 556 en 2007, 1 560 en 2008 et 1 554 en 2009. En 2011, ce nombre était à nouveau de 1554 h par an, par actif occupé.

Le nombres totales d'heures déclarées en France aura été en 2011 légèrement inférieur (environ 1%) à ce qu'il était en 20071. Le nombre d'heures travaillées totale se situe aujourd'hui à son niveau de décembre 2001. Or c'est bien ce volume qu'il faut augmenter si l'on veut lutter contre le chômage sans réduire le durée du temps de travail individuelle (via les RTT en France, le chômage technique en Allemagne, les temps partiels en Hollande ou encore les « sous-emplois » comme dans les pays anglo-saxons). Sur la durée du quinquennat, le nombre total d'heures travaillées aura baissé de 1,5%, alors qu'entre 1998 et 2002 par exemple, il avait progressé de 800 millions d'heures par an ...

Le pouvoir d'achat, qui permet d'avoir une vision de l'évolution des salaires par rapport à l'inflation notamment n'a progressé que de 0,64% par an en moyenne entre 2006 et 2011. Au cours du quinquennat précédent, de 2001 à 2006, la hausse moyenne avait été deux fois plus forte (+1,3% par an). Enfin, il y a eu 330 000 pauvres de plus en 5 ans.

Cette avalanche de chiffre est un peu rébarbatives mais quelques conclusions simples s'imposent :

  • le chômage a progressé nettement

  • le pouvoir d'achat n'a que très peu progressé

  • le nombre total d'heures de travail disponibles a baissé légèrement sur le quinquennat pour revenir à son niveau de 2001 (vous savez, juste après les 35 heures)

  • un salarié à temps plein travaille le même nombre d'heures à l'année qu'en 2007

Le « travailler plus, pour gagner plus » s'est donc soldé par un échec. Sur les deux aspects. Nous n'avons pas travaillé plus et nous n'avons, bien entendu, pas gagné plus. Oh ! Évidemment, il y a eu la crise. Cette fameuse crise. Mais chacun sait que le chômage en Allemagne n'a pas autant progressé qu'en France et que la reprise a été plus forte aux États-Unis. Enfin, les mesures de début 2012 visant à augmenter la TVA ne sont pas prises en compte dans ces chiffres. Évidemment, ceux qui paient l'ISF (qui a été divisée par deux) ou ceux qui ont bénéficié préalablement du bouclier fiscal auront vu leur revenus augmenter … mais il est difficile de prôner la récompense de l'effort en abaissant les impôts qui ne touchent que les rentiers, non ? 

Pourquoi cette stratégie ne pouvait-elle pas marcher de toute façon ? Cela mériterait un article pour ne pas dire un livre entier (au passage, la TVA sur les livres va elle aussi augmenter). La théorie du « travailler plus, pour gagner plus » s'appuie sur deux idées reçues : « la croissance appelle la croissance » et « les «35 heures » sont responsables d'une hypothétique perte de compétitivité française dans la mondialisation ». Or les 35 heures ont été la dernière mesures à avoir permis la création de centaines de milliers d'emplois en France, tout simplement parce que cette mesure prenait intelligemment en compte le fait que la croissance du PIB dans notre pays est inférieure, depuis 30 ans, aux gains de productivité annuels, ce qui réduit le nombre total d'heure de travail disponibles mécaniquement. Il convient d'ajouter que la population et l'espérance de vie augmentent en parallèle. Moins de travail donc, pour plus de travailleurs potentiels … la division ne semble pas être à la portée des mathématiciens de l'UMP. La sacro-sainte « croissance » ne reviendra qu'avec un bond en avant productif c'est à dire technologique. Pour l'instant, la quantité de travail nécessaire pour produire notre « confort » actuel diminuent d'année en année et on peut comprendre que si on est capable de produire plus avec toujours de moins de travail à la clé, c'est plutôt une bonne nouvelle pour les travailleurs à condition que cette richesse produite soit partagée honnêtement.

Finalement, Nicolas Sarkozy aura été fidèle aux théories classiques de la droite qui considèrent que la chômage est très largement volontaire car trop bien indemnisé et que le seul dévouement qui vaut est celui qui consiste à consacrer son temps, son énergie et son intelligence au culte du grand capital (de qui ?). Tout le reste n'étant que paresse et perversion. On se souvient que la droite expliquait déjà en 1936 que si les travailleurs bénéficiaient de congés payés, ils les passerait à boire. Ces théories nous ont conduit dans le mur et ont été, une nouvelle fois, battue en brèche. Les français sauront-ils, cette fois, s'en souvenir et le comprendre ?

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